Le temps passe, et les options diminuent pour les républicains. À une semaine du vote du collège électoral, qui doit confirmer la victoire de Joe Biden, les républicains ont vu presque toutes leurs tentatives pour faire invalider le résultat du vote rejetées par les tribunaux.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

« Il ne leur reste plus rien, et on constate aujourd’hui que, depuis le début, ils n’avaient aucune preuve de fraude à présenter », observe le professeur de droit à l’Université de Pennsylvanie Kermit Roosevelt. « Ils ont fait plusieurs allégations hors de la cour. Mais une fois devant le tribunal, ils n’ont pas présenté d’argument substantiel pour prouver qu’il y a eu des fraudes, et certainement pas suffisamment pour que ça justifie de renverser les résultats en leur faveur. »

Dans le jargon électoral américain, ce mardi 8 décembre est désigné comme étant la safe harbour date, la date à laquelle les États doivent avoir désigné les grands électeurs qui les représenteront au collège électoral. Après le 8 décembre, il ne sera plus possible de remplacer ces personnes — il s’agit notamment d’une demande récurrente des avocats républicains qui voudraient que ces grands électeurs soient remplacés par des personnes qui voteront pour M. Trump, au lieu de refléter le vote des électeurs de leur État.

Les grands électeurs du collège électoral voteront officiellement le lundi 14 décembre. Selon la loi, les résultats doivent être transmis à Washington avant le 23 décembre (une procédure qui se fait plus rapidement aujourd’hui qu’à l’époque où la nouvelle voyageait à cheval…), pour que le décompte des voix du collège électoral puisse se faire au Congrès le 6 janvier 2021. Le mandat du candidat gagnant doit débuter le 20 janvier à midi.

Après une trentaine de poursuites déposées en vain depuis un mois pour tenter d’invalider les résultats, le 8 décembre devrait donc mettre fin (ou presque) à la plupart des derniers recours encore devant les tribunaux.

La Géorgie a certifié lundi — une fois de plus — ses résultats du scrutin, qui a désigné Joe Biden comme étant le vainqueur dans cet État. C’est la troisième fois que l’État compte et recompte tous les bulletins de vote et confirme la marge de quelque 12 670 voix en faveur du candidat démocrate.

Ce qui n’a pas empêché le président Trump de reprocher lundi au gouverneur de la Géorgie de ne pas procéder à une vérification des signatures apparaissant sur les bulletins de vote. Cette vérification, prétend M. Trump, permettrait de « facilement » confirmer sa victoire.

Le gouverneur Brian Kemp a répété qu’il n’était pas en son pouvoir d’ordonner une telle vérification d’envergure, qui relève plutôt du secrétaire de l’État, Brad Raffensperger. Ce dernier, républicain tout comme Kemp et Trump, a déclaré à plusieurs reprises que rien ne laissait supposer que le contrôle des signatures des bulletins avait été déficient et a demandé lundi au président de cesser de propager des mensonges sur l’intégrité du processus électoral.

De plus, deux tribunaux géorgiens ont rejeté lundi des poursuites déposées par des partisans de Donald Trump pour tenter d’invalider les résultats, notamment parce que les plaignants n’ont pas convaincu la cour de la solidité de leurs preuves.

Ces rejets s’ajoutent à ceux accumulés dans d’autres États-clés, comme le Wisconsin (où le recomptage exigé par les républicains a permis d’accroître la marge victorieuse de Joe Biden), le Michigan (où les républicains ont demandé lundi au plus haut tribunal de l’État d’entendre leurs arguments qui ont été balayés par les tribunaux inférieurs) ou la Pennsylvanie (où un autre recours sur la légalité du vote postal sera entendu mardi).

Des juges fidèles à leurs principes conservateurs

Est-il toujours possible que la Cour suprême des États-Unis soit appelée à entendre la cause ? « Je ne crois pas que c’est une possibilité parce que les recours ont été rejetés de façon très convaincante », dit le professeur Roosevelt. Même si les républicains avaient pu obtenir une seule victoire importante auprès du tribunal d’un État, ils auraient eu besoin de plus de gains pour changer le résultat définitif.

Cette longue saga judiciaire aura notamment permis de constater que les juges nommés par Trump, contrairement aux élus, sont restés plus fidèles à leurs principes conservateurs qu’au président, dit Kermit Roosevelt. « Les juges ont, en fait, agi comme des juges conservateurs, dit-il. Alors, on peut conclure que si Trump a pu prendre le contrôle du Parti républicain, il n’a pas été en mesure de prendre le contrôle des tribunaux. »