Un conseiller du président sortant Donald Trump a appelé dimanche à un « soulèvement » contre la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer – provoquant une pluie d’accusations d’incitation à la violence dans un État où un complot de miliciens d’extrême droite pour enlever et tuer Mme Whitmer a été stoppé par le FBI le mois dernier.

Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Dans un tweet diffusé dimanche dans la foulée de l’annonce de nouvelles mesures au Michigan afin de lutter contre la propagation de la COVID-19, le DScott Atlas, membre du groupe de travail sur le coronavirus de la Maison-Blanche, a déclaré : « La seule façon d’arrêter [ces mesures] est que les gens se soulèvent. Vous obtenez ce que vous acceptez. »

Accusé d’inciter à la violence, le DScott Atlas a tenté de rectifier le tir, écrivant qu’il appelait les gens à voter, et non à prendre les armes.

Une explication « qui n’a aucun sens », estime Samuel Bagenstos, professeur de droit à l’Université du Michigan et ancien sous-procureur général adjoint principal au département de la Justice.

« Il essaie de rétropédaler parce qu’il se fait critiquer ; nous venons tout juste de voter, et il n’y a pas d’élection au Michigan avant deux ans, a dit M. Bagenstos en entrevue téléphonique. Ce que fait Scott Atlas est simple : il jette de l’huile sur le feu. C’est la chose la plus irresponsable que l’on puisse imaginer. Et ça vient d’une personne dont le travail est supposément de régler le problème du coronavirus, au moment où la propagation du virus atteint des sommets aux États-Unis. »

PHOTO TOM BRENNER, REUTERS

Le Dr Scott Atlas, membre du groupe de travail sur le coronavirus de la Maison-Blanche et conseiller de Donald Trump

M. Bagenstos note que le message du DAtlas ressemble à celui diffusé plus tôt cette année par Donald Trump, qui avait écrit « LIBÉREZ LE MICHIGAN » au début des mesures de confinement. Quelques mois plus tard, 14 personnes ont été arrêtées au Michigan à la suite d’un complot pour enlever et assassiner la gouverneure Whitmer, une démocrate qui tient tête à Trump.

Lundi, la gouverneure Whitmer s’est dite « ébranlée » par les propos du DAtlas, un radiologiste controversé qui n’a pas d’expérience dans le domaine des maladies infectieuses.

« Cela m’a réellement coupé le souffle, pour dire la vérité. Je ne vais pas me laisser intimider », a-t-elle affirmé, ajoutant que plus de 20 000 personnes dans son État pourraient mourir de la COVID-19 cet hiver si rien n’est fait pour endiguer la propagation du virus.

Pour le DJon Zelner, professeur adjoint au département d’épidémiologie à l’Université du Michigan, les attaques de l’administration Trump contre la gouverneure Whitmer sont motivées en partie par le sexisme.

« Vous avez une gouverneure d’un grand État important politiquement qui a la témérité de prendre des mesures décisives contre la COVID-19 – en contradiction totale avec ce que l’administration Trump a tenté sans succès de créer jusqu’ici », dit le DZelner en entrevue.

Dimanche, la gouverneure Whitmer a annoncé la mise en place d’une série de restrictions d’une durée de trois semaines dans son État afin de lutter contre le coronavirus, notamment la fermeture de toutes les écoles secondaires, des salles à manger des restaurants et des bars, à partir de mercredi. Les écoles primaires, les garderies, les salons de coiffure, les gymnases et les commerces resteront ouverts.

Ces mesures qui ont provoqué l’ire du DAtlas sont loin d’être extrêmes, note le DZelner. « Il y a une volonté d’équilibrer les considérations économiques avec les besoins très réels de prendre des mesures énergiques contre la hausse de la transmission. En fait, l’étendue des restrictions est bien inférieure à celles qui sont employées dans des endroits où l’épidémie est beaucoup moins grave que celle que nous traversons actuellement au Michigan et dans la plupart des autres États américains. »

Mesures rehaussées

Les États-Unis vivent un pic de transmission du coronavirus, avec une moyenne de plus de 150 000 nouveaux cas d’infection enregistrés par jour depuis une semaine, une hausse de 81 % par rapport aux données enregistrées il y a deux semaines. Plus de 1000 personnes en meurent chaque jour, une donnée en hausse et qui promet de continuer à grimper au cours des prochaines semaines, selon les prévisions des experts, alors que le virus a fait près de 250 000 victimes jusqu’ici aux États-Unis.

Devant l’inaction de la Maison-Blanche, les États prennent de nouvelles initiatives en rang dispersé afin de tenter de maîtriser la pandémie.

Avec le Michigan, l’État de Washington a récemment appliqué une série de mesures. Les salles à manger des restaurants, les gymnases, cinémas, théâtres et musées fermeront dès mardi, et ce, pour une période de quatre semaines.

En tout, 34 États ont imposé le port obligatoire du couvre-visage dans les commerces et les endroits publics intérieurs et les rassemblements publics extérieurs où la distanciation physique ne peut être respectée.

L’endroit le plus touché, en proportion de sa population, est le Dakota du Nord. Un ratio de 2494 cas d’infection par 100 000 habitants y a été rapporté au cours des deux dernières semaines. Les chercheurs de l’Université Johns Hopkins affirment qu’une personne sur 79 au Dakota du Nord a été déclarée positive à la COVID-19 la semaine dernière.

Les salles à manger des restaurants demeurent ouvertes au Dakota du Nord, mais doivent fonctionner à une capacité maximale de 50 %, avec un maximum de 150 personnes à la fois. Longtemps hostile à l’adoption d’une consigne du port obligatoire du couvre-visage, sujet qu’il qualifiait « d’obsession des médias », le gouverneur républicain Doug Burgum vient d’imposer la mesure à l’ensemble de l’État.