La décision du procureur général des États-Unis, William Barr, d’encourager les procureurs fédéraux à se pencher activement sur des allégations de fraude électorale est « politique » et « partisane », et vise à soutenir Donald Trump dans sa campagne pour tenter de renverser le résultat annoncé de l’élection présidentielle. Elle n’a cependant pratiquement aucune chance de priver le président désigné, Joe Biden, de sa victoire, explique un ancien conseiller juridique à la Maison-Blanche.

Marc Thibodeau
Marc Thibodeau La Presse

« Le département de la Justice ne doit pas être utilisé pour favoriser la cause d’un candidat particulier dans le cadre d’une élection présidentielle », dit Richard Painter, professeur de droit de l’Université du Minnesota, qui a servi comme conseiller juridique à la Maison-Blanche dans les dernières années de la présidence de George W. Bush.

Il paraît peu probable, affirme-t-il, que le FBI décide « de jouer le jeu » et enquête de façon énergique à ce stade du processus électoral sur des allégations de fraude lancées sans preuves substantielles par le camp républicain, ce qui limite la capacité d’action des procureurs fédéraux à ce sujet.

Le professeur s’inquiète de la possibilité que l’intervention du procureur général contribue à miner la confiance de la population américaine envers le système électoral.

Un sondage paru mardi dans Politico indique que 70 % des républicains considèrent que l’élection n’a pas été équitable, contrairement à 35 % avant la tenue du vote.

M. Barr a envoyé lundi une note aux procureurs fédéraux dans laquelle il relève que la pratique traditionnelle, en matière d’allégations de fraude électorale, est généralement d’attendre que les résultats aient été certifiés par les autorités des États concernés avant d’enquêter pour éviter d’influer sur le processus.

Cette approche « passive » marquée par une intervention tardive peut cependant mener à des situations « où des inconduites électorales ne peuvent de façon réaliste être corrigées », a-t-il souligné en prévenant les procureurs d’écarter d’emblée toute allégation « fantaisiste » ou « invraisemblable ».

Le responsable de la division des crimes électoraux du département de la Justice, Richard Pilger, a démissionné de son poste en réaction à l’annonce de la nouvelle politique.

Dans un courriel envoyé à ses collègues, il a relevé qu’elle rompait avec une pratique « de non-interférence » vieille de 40 ans concernant la période précédant la certification des résultats par les autorités locales.

Un avocat de la campagne de Joe Biden cité mardi par le Washington Post, Bob Bauer, a déclaré que l’intervention de William Barr favoriserait en fait les allégations fallacieuses de fraude qu’il prétend vouloir éviter.

« C’est exactement le type d’allégations que le président et ses avocats font chaque jour et qui sont rejetées du revers de la main par un tribunal après l’autre », a-t-il souligné.

M. Painter se dit convaincu que le procureur général est intervenu à la demande de Donald Trump, qui lui a reproché dans les semaines ayant précédé le scrutin de manquer d’agressivité envers le camp démocrate.

William Barr a souvent été critiqué pour sa proximité avec le président sortant, incluant de l’intérieur du département de la Justice. Le camp démocrate lui avait notamment reproché de présenter une version tronquée du rapport du procureur spécial Robert Mueller sur les allégations d’ingérence russe dans l’élection de 2016.

« Une transition en douceur jusqu’à une seconde administration Trump »

PHOTO JACQUELYN MARTIN, ASSOCIATED PRESS

Mike Pompeo

En marge des développements au département de la Justice, Donald Trump a continué mardi sur son compte Twitter à lancer des allégations de fraude sans présenter de preuves.

Imitant de nombreux ténors républicains, le secrétaire d’État Mike Pompeo a cautionné la version du président sortant mardi en conférence de presse en assurant qu’une « transition en douceur jusqu’à une seconde administration Trump » aurait lieu.

Il a déclaré qu’il était « ridicule » de suggérer que le refus du chef d’État de reconnaître le résultat annoncé du scrutin minait la capacité des États-Unis à se poser en juge d’élections se tenant dans d’autres pays.

Tout en multipliant les procédures en cours dans des États-clés de l’élection présidentielle, la Maison-Blanche est intervenue au cours des derniers jours pour empêcher que les fonds et les ressources normalement prévus pour faciliter le processus de transition soient versés à l’équipe de Joe Biden.

Le président désigné, qui a parlé avec beaucoup de chefs d’État étrangers durant la journée, a indiqué mardi lors d’un point de presse au Delaware que cette stratégie de blocage ne l’empêcherait pas de préparer une transition efficace.

Il a déclaré, du même souffle, que l’attitude de Donald Trump était « une source d’embarras » et risque d’influer négativement sur l’héritage politique du président sortant.