(Atlanta) Les adeptes du mouvement conspirationniste QAnon auront une porte-parole à Washington. Les électeurs de la Géorgie ont confié, avec une majorité écrasante de voix, un siège à la Chambre des représentants à Marjorie Taylor Greene.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Q est un patriote, nous le savons très bien, a-t-elle lancé dans une vidéo diffusée sur Facebook en 2017. Nous avons une occasion historique de mettre fin à cette cabale mondiale de pédophiles satanistes, et je pense que nous avons le bon président pour le faire. »

La femme d’affaires de 46 ans, qui s’engage sur son site internet à se battre avec Donald Trump contre les « socialistes de gauche qui veulent détruire » les États-Unis, a battu son rival démocrate à plate couture, mardi soir. Dans le district du nord-ouest de la Géorgie, trois électeurs sur quatre lui ont donné son billet pour Washington.

La future représentante a passé la journée de mercredi à crier à la fraude électorale, à la censure des sociétés de technologie et à la couverture des « fake medias » sur son compte Twitter. Elle s’en est aussi prise au candidat démocrate du Sénat dans la course spéciale qui connaîtra son issue le 5 janvier, Raphael Warnock.

« Rafael [sic] Warnock est un gauchiste RADICAL qui est COMPLICE dans le COUP contre Donald Trump », a tempêté Marjorie Taylor Greene, dont l’équipe a décliné la demande d’entrevue de La Presse, mercredi. « Non merci. Meilleurs vœux », a-t-on signalé dans un courriel.

L’actuel locataire de la Maison-Blanche avait donné à la tenante du discours de QAnon son sceau d’approbation en août dernier, la qualifiant de « future vedette républicaine » dans un tweet. « Marjorie est forte sur tout, et elle n’abandonne jamais – une vraie GAGNANTE ! », a-t-il écrit.

Lors de ce qui a tenu lieu de deuxième débat électoral diffusé sur les ondes de NBC, à la mi-octobre, Donald Trump avait plaidé l’ignorance lorsque l’animatrice Savannah Guthrie lui avait demandé s’il condamnait le mouvement et sa théorie du complot voulant que les démocrates soient à la tête d’un réseau de pédophiles vouant un culte à Satan.

« Je ne sais rien de QAnon », a-t-il affirmé sur le plateau. Quelques mois auparavant, à la Maison-Blanche, le magnat de l’immobilier répondait ceci à la question d’une journaliste qui sollicitait son avis sur QAnon. « Je n’en connais pas beaucoup sur le mouvement, sauf qu’ils m’aiment beaucoup, selon ma compréhension – ce que j’apprécie. ».

« À l’évidence problématique »

Le professeur Dror Walter, de la Georgia State University, voit en l’élection de Marjorie Taylor Greene un symptôme de l’influence que possède le mouvement dans les cercles républicains.

Oui, c’est la première politicienne adepte des théories de QAnon que l’on élit, et c’est à l’évidence problématique.

Dror Walter, en entrevue avec La Presse

« Mais le message, on le voit et on l’entend déjà dans les rassemblements pro-Trump », précise-t-il, arguant que si le président et son camp refusent de le dénoncer, c’est « parce qu’ils ne veulent pas perdre l’appui de cette frange de l’électorat ».

Selon une enquête du Pew Research Center publiée en septembre dernier, environ 40 % des conservateurs qui connaissent QAnon estiment qu’il s’agit d’une bonne chose pour le pays. Chez les démocrates, la proportion de personnes interrogées qui sont de cet avis dégringole à 7 %.

L’entrée en scène prochaine de la politicienne de la Géorgie à Washington a quelque chose d’inquiétant pour l’avenir de la cohabitation entre élus, et elle risque d’accentuer encore plus les clivages, estime le professeur Walter.

Si vous êtes un républicain qui pense que les démocrates sont de méchants pédophiles qui kidnappent des enfants et boivent leur sang pour rester jeunes, comment pouvez-vous travailler avec eux ?

Dror Walter, en entrevue avec La Presse

En 2016, un homme ayant bu les paroles de QAnon s’était présenté avec une arme dans un restaurant qu’il soupçonnait d’être un repaire de pédophiles – le #pizzagate. Une des théories plus récentes ? Si l’entreprise de vente en ligne Wayfair vend à prix d’or certaines armoires dont la marque est un nom de fille, c’est parce qu’on y trouvera un enfant à l’intérieur, et qu’on a donc affaire ici à de la traite sexuelle de mineurs.