Les jeunes électeurs ont été nettement moins nombreux que leurs aînés à voter en 2016. Auront-ils un effet décisif sur le résultat du vote aux États-Unis cette année ? Différentes stratégies tentent de les convaincre de participer au scrutin, mais les obstacles sont nombreux.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« L’enthousiasme est élevé », estime Kevin Ballen. L’étudiant en sociologie à Harvard, âgé de 22 ans, est membre du Campus Vote Project et du Harvard Student Votes Challenge. Son objectif : inciter le plus de jeunes possible à voter, peu importe le candidat de leur choix.

« On a joint chaque étudiant au moins une fois », dit-il fièrement.

PHOTO FOURNIE PAR KEVIN BALLEN

Kevin Ballen, étudiant à Harvard

Ce n’est pas une mince tâche : Harvard compte plus de 36 000 étudiants. Et la pandémie a bousculé les activités habituelles, forçant des milliers d’universitaires à suivre les cours à distance.

« C’est difficile, c’est un défi ! Ce qui fonctionne le mieux, pour inciter les jeunes à voter, c’est d’avoir des conversations avec eux, mais là, il faut le faire virtuellement. On texte, on instagramme, on slacke, on linkedIne », dit Kevin Ballen en conjuguant les différentes applications de réseautage virtuel.

Accès parfois difficile

Ces conversations servent à créer un engouement pour la politique, mais aussi à informer les électeurs. Parce qu’au-delà d’un possible désintérêt des jeunes, l’accès parfois difficile au vote explique certaines statistiques sur le taux de participation dans cette catégorie démographique.

On comptait aux États-Unis en 2016 plus de 46,9 millions de citoyens âgés de 18 à 29 ans, selon les données officielles du Bureau de recensement américain. Lors de la dernière élection présidentielle, leur taux de participation se situait à 46,1 %, comparativement à 61,4 % pour l’ensemble de la population. Les citoyens de 65 ans et plus, un groupe d’environ 48,7 millions de personnes, ont quant à eux voté à 70,9 %.

PHOTO FOURNIE PAR ALONDRA ALVAREZ

Alondra Alvarez, étudiante en communications

Alondra Alvarez, étudiante en communications de 20 ans, votera pour la première fois dans une élection présidentielle, à Detroit, au Michigan. « Je suis très excitée », dit celle qui s’active aussi à inciter ses pairs à voter. Elle sent parfois une gêne chez certains étudiants moins au fait de la politique et des rouages du vote.

Les États-Unis ont un problème qui est probablement unique au monde, c’est qu’il y a tellement de jeunes qui quittent la résidence familiale pour étudier. Ils se retrouvent dans un endroit nouveau où ils ne savent pas comment s’enregistrer.

Mark N. Franklin, professeur retraité ayant étudié la question

Le défi de s’enregistrer

D’un État à l’autre, les règles peuvent varier grandement, à la fois pour s’enregistrer sur la liste électorale et pour voter.

« Plusieurs États rendent les règles pour s’enregistrer trop difficiles, commente dans un courriel John Holbein, de l’Université Duke. Je pense aux 10 États qui ne permettent pas une inscription en ligne. Ou aux 28 États qui n’offrent pas la possibilité de s’enregistrer sur place lorsqu’une personne se présente pour voter. »

La levée de ces embûches dans certains États a eu un effet positif sur le nombre de votes, ajoute le coauteur du livre Making Young Voters.

Les étudiants résidant sur un campus loin de leur circonscription doivent voter par correspondance. Encore là, il peut s’agir d’une simple étape ou de plusieurs : au Mississippi, par exemple, la demande pour recevoir le bulletin par la poste doit se faire devant un professionnel comme un notaire, qui sert de témoin et signe la demande. Ensuite, au moment de retourner le bulletin de vote, un témoin officiel autorisé doit aussi signer au dos de l’enveloppe pour attester de l’identité de l’électeur.

Une différence dans les décisions

La participation des jeunes pourrait faire la différence dans l’élection de l’un ou l’autre des candidats, mais également dans les décisions prises par la future administration.

Si les jeunes votent en masse, nous allons voir les changements que beaucoup de jeunes veulent voir. Des changements sur la protection et les avantages en milieu de travail, par exemple, la qualité de vie dans la communauté, des solutions pour les changements climatiques.

Eli Day, directeur des communications de la coalition progressiste We Make Michigan

Des études montrent une plus grande attention des politiciens au système public d’éducation suivant une mobilisation des jeunes pour se préinscrire à la liste électorale à 16 ou 17 ans, note M. Holbein.

Alondra Alvarez espère d’ailleurs convaincre d’autres jeunes de s’intéresser aux élections en cours en parallèle de la présidentielle. « J’espère vraiment que les gens réalisent que ce n’est pas seulement une élection pour la présidence, il y a beaucoup d’autres enjeux sur le bulletin de vote », dit-elle, en soulignant le vote pour les commissions scolaires.

Kevin Ballen s’intéresse aussi à la politique locale et souhaite un engagement des jeunes au-delà du 3 novembre. Parce qu’il reste beaucoup de travail à faire, estime-t-il. « Continuons à briser les barrières qui empêchent les gens de voter », lance-t-il, espérant un changement dans les lois électorales de différents États.