Rien ne sert de suivre la course pour la présidentielle dans chacun des États américains. La plupart sont déjà acquis à l’un ou l’autre des candidats et la vraie bataille se déroule plutôt dans une poignée d’États-clés, déterminants pour obtenir le chiffre magique de 270 grands électeurs. En voici 10 à suivre d’ici le 3 novembre… et peut-être dans les jours qui suivront.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

1. Floride

PHOTO LYNNE SLADKY, ASSOCIATED PRESS

Une femme dépose son bulletin dans une boîte à lettres consacrée au vote par correspondance, à l’extérieur d’un site de vote par anticipation, où des travailleuses électorales sont à l’œuvre, à Miami Beach, le 20 octobre.

« Floride, Floride, Floride. » Lors de la soirée électorale de 2000, le regretté journaliste de NBC Tim Russert avait inscrit le nom de cet État trois fois plutôt qu’une sur un tableau blanc pour signifier que l’issue du scrutin présidentiel se jouerait là. Vingt ans plus tard, le Sunshine State est de nouveau appelé à jouer un rôle important, voire déterminant, dans une élection présidentielle. Si Joe Biden peut y faire l’économie d’une victoire, Donald Trump, en revanche, ne peut se passer des 29 voix de l’État au collège électoral s’il veut atteindre le chiffre magique de 270 requis pour être réélu. Or, à neuf jours du vote, le candidat démocrate jouit d’une légère avance dans les sondages en Floride. Il pourrait s’agir d’un mirage. N’empêche : le président aurait raison de s’inquiéter de l’érosion de ses appuis chez les nombreux retraités de l’État, qui jugent sévèrement sa gestion de la pandémie de coronavirus.

Collège électoral 29 voix

Moyenne des sondages Trump 45,5 % Biden 49 %

2. Pennsylvanie

Si Donald Trump triomphe en Floride, il pourrait revenir à la Pennsylvanie et à ses 20 grands électeurs de déterminer le vainqueur de l’élection présidentielle de 2020. Le Keystone State fait partie du trio d’États où le candidat républicain a surpris les démocrates en 2016 et acquis une majorité des voix au collège électoral, les deux autres étant le Michigan et le Wisconsin. Quatre ans plus tard, le président mise sur une participation accrue des électeurs blancs de la classe ouvrière pour compenser une perte d’appuis chez les électrices de la banlieue et une mobilisation plus grande des électeurs noirs. Le hic, c’est que Joe Biden ne peut lui servir de repoussoir, comme cela avait été le cas d’Hillary Clinton en 2016. Né dans l’ancienne ville industrielle de Scranton, dans le nord-est de l’État, l’ancien vice-président ne manque pas d’exploiter ses origines et son affinité avec la classe ouvrière.

Collège électoral 20 voix

Moyenne des sondages Trump 44,2 % Biden 50,4 %

3. Michigan

PHOTO DON CAMPBELL, ASSOCIATED PRESS

Des partisans de Joe Biden et Kamala Harris font la promotion du duo démocrate, dans la Rue Principale de St. Joseph, petite ville du comté de Berrien, au Michigan, le 20 octobre. « Nous sommes mieux que cette présidence », dit en substance la pancarte installée sur un poteau.

S’il remporte la victoire en Pennsylvanie, Joe Biden pourrait mettre fin aux derniers espoirs de Donald Trump d’être réélu en le battant également dans l’État du Michigan, qui dispose de 16 des 538 voix du collège électoral. Le Wolverine State est le troisième État-clé le plus important dans la stratégie de Donald Trump. Dans l’hypothèse d’une défaite en Pennsylvanie, aucune voie ne peut vraisemblablement le ramener à la Maison-Blanche pour un deuxième mandat qui ne passe pas par le Michigan. Comme en Pennsylvanie, le président misera sur une forte participation des électeurs blancs de la classe ouvrière. Mais ses attaques contre la gouverneure démocrate de l’État, Gretchen Whitmer, pourraient se retourner contre lui. Lors d’un rassemblement récent, il n’a pas cru bon corriger ses partisans qui scandaient « Enfermez-la ! » à propos de cette élue ciblée par des extrémistes de droite qui voulaient l’exécuter après l’avoir kidnappée et jugée.

Collège électoral 16 voix

Moyenne des sondages Trump 42,8 % Biden 50,7 %

4. Arizona

PHOTO ROBYN BECK, AGENCE FRANCE-PRESSE

Une militante démocrate fait du porte-à-porte en banlieue de Phoenix pour appeler les électeurs à faire entendre leur voix lors du scrutin du 3 novembre, le 15 octobre.

Contrairement à la Pennsylvanie et au Michigan, l’Arizona n’a pas dérogé à ses habitudes en votant pour le candidat du Parti républicain à la présidence le 8 novembre 2016. C’est ce que cet État du Sud-Ouest avait fait lors de 15 des 16 élections présidentielles précédentes. Certes, Hillary Clinton avait nourri l’espoir de répéter l’exploit de son mari en 1996, mais elle a tout de même perdu par 3,5 points de pourcentage face à Donald Trump. Cela dit, quatre ans plus tard, Joe Biden pourrait surfer sur le désabusement de nombreux électeurs de la banlieue à l’égard du président, en plus de profiter des changements démographiques de cet État où les Hispaniques représentent désormais 25 % de l’électorat. De quoi inquiéter les stratèges du président, qui misent fortement sur le Grand Canyon State et ses 11 voix au collège électoral pour mener leur patron au chiffre magique de 270.

Collège électoral 11 voix

Moyenne des sondages Trump 45,2 % Biden 48,9 %

5. Caroline du Nord

PHOTO TOM BRENNER, REUTERS

Des partisans de Trump assistent au discours du président à Gastonia, en Caroline du Nord, le 21 octobre.

Avec ses 15 voix au collège électoral, la Caroline du Nord revêt une importance encore plus grande que l’Arizona pour Donald Trump. Il faut savoir que ses stratèges ont identifié trois parcours ou scénarios susceptibles d’assurer sa réélection. Deux de ces parcours passent par l’Arizona, alors que les trois doivent absolument inclure la Caroline du Nord pour assurer la réélection du président. Il y a quelques mois, le Tar Heel State semblait acquis à Donald Trump, ayant voté pour le candidat républicain à la présidence à chaque élection depuis 1980, exception faite de celle de 2008, qui avait vu Barack Obama surprendre John McCain par seulement 0,32 point de pourcentage. Or, les sondages donnent une légère avance à Joe Biden. Comme dans d’autres États où Donald Trump a triomphé en 2016, le candidat démocrate doit en bonne partie ses chances de l’emporter à l’appui des femmes ayant fait des études universitaires, et qui ont tourné le dos au président.

Collège électoral 15 voix

Moyenne des sondages Trump 46,2 % Biden 49,3 %

6. Nevada

PHOTO CARLOS BARRIA, REUTERS

On peut apercevoir le reflet du président dans les lunettes de soleil de cette inconditionnelle de Trump, venue l’écouter à Carson City, au Nevada, le 18 octobre.

Quel parcours Donald Trump pourrait-il emprunter s’il perdait à la fois la Pennsylvanie et l’Arizona ? Ce parcours, le plus difficile des trois identifiés par ses stratèges, ne nécessiterait pas seulement qu’il enlève la Caroline du Nord et le Michigan, mais également le Nevada et ses six voix au collège électoral. Le Silver State fait partie d’un trio d’États remportés par Hillary Clinton en 2016 et que Donald Trump espérait ravir aux démocrates en 2020. Le président semble avoir abandonné les espoirs qu’il nourrissait en ce qui a trait au Minnesota et au New Hampshire. Mais il ne peut se permettre de renoncer à ses efforts au Nevada, où il a perdu par 2,4 points de pourcentage il y a quatre ans. Il mise notamment sur le fait que l’État compte une plus forte proportion d’électeurs blancs sans diplôme universitaire que plusieurs autres États-clés, dont la Floride, le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

Collège électoral 6 voix

Moyenne des sondages Trump 43,5 % Biden 50 %

7. Ohio

PHOTO SAM GREENE, ASSOCIATED PRESS

Des partisans du duo républicain Trump-Pence descendent de l’autocar venu les déposer à l’aéroport Lunken de Cincinnati, où le vice-président tient un rassemblement, le 21 octobre.

L’Ohio a longtemps été considéré comme un État-baromètre. Au cours des 13 dernières élections présidentielles, l’État a voté pour le candidat qui allait être élu à la Maison-Blanche. Et jamais un républicain n’a remporté la présidence sans son appui. Mais en remportant la victoire dans le Buckeye State par 8,1 points de pourcentage en 2016, Donald Trump a donné l’impression que cet État-baromètre était devenu un château fort républicain que tout le monde pouvait désormais oublier. Or, les sondages récents indiquent que Joe Biden a des chances de remporter l’Ohio et ses 18 voix au collège électoral. Combinée à sa situation enviable dans plusieurs autres États où le président a triomphé en 2016, dont la Pennsylvanie, l’Arizona et la Caroline du Nord, cette réalité explique pourquoi le candidat démocrate dispose d’un plus grand nombre de façons ou de parcours pour atteindre le chiffre magique de 270 que son rival.

Collège électoral 18 voix

Moyenne des sondages Trump 47,1 % Biden 46,9 %

8. Géorgie

PHOTO JOHN BAZEMORE, ASSOCIATED PRESS

Donald Trump a fait une visite surprise à Macon, en Géorgie, le 16 octobre, alors que le Peach State, traditionnel bastion républicain, est cette année à la portée de son adversaire démocrate.

Quand l’équipe de réélection de Donald Trump a annoncé que le président tiendrait un rassemblement à Macon, dans l’État de Géorgie, le 16 octobre, les analystes et commentateurs sont tous arrivés à la même conclusion : la campagne présidentielle du chef de la Maison-Blanche est vraiment en péril. Il y a deux mois, personne n’aurait pu prédire qu’un candidat républicain aurait à défendre les 16 voix au collège électoral de cet État plutôt conservateur du Sud où seulement deux candidats démocrates à la présidence ont gagné en 44 ans et aucun depuis 1996. Mais les changements démographiques du Peach State, combinés à l’impopularité du président auprès des femmes ayant un diplôme universitaire, ont placé Joe Biden en position de réaliser une des plus grandes surprises électorales de 2020. Et même s’il n’y parvient pas, il aura forcé le président à consacrer une précieuse journée à un État qui aurait dû lui être acquis.

Collège électoral 16 voix

Moyenne des sondages Trump 46,6 % Biden 47,3 %

9. Wisconsin

Il y a au moins deux façons de jauger la stratégie d’un candidat présidentiel dans la dernière ligne droite d’une campagne. Son itinéraire – les États où il choisit de tenir des rassemblements – est la façon la plus évidente. L’autre consiste à examiner son budget publicitaire. Or, si on examine le budget publicitaire de Donald Trump, force est de conclure qu’il a abandonné l’espoir de remporter le Wisconsin et ses 10 voix au collège électoral. Il a retiré toutes ses pubs du Badger State et détourné l’argent économisé vers deux États qu’il ne peut perdre le 3 novembre : la Floride et la Pennsylvanie. Il s’agit d’un revirement inattendu dans la mesure où le Wisconsin était considéré il n’y a pas si longtemps comme un des États où la course entre le président et son rival démocrate devait se jouer dans un mouchoir de poche. Or, Joe Biden y jouit d’une avance plutôt confortable dans les sondages.

Collège électoral 10 voix

Moyenne des sondages Trump 43,9 % Biden 50,9 %

PHOTO BING GUAN, REUTERS

Une électrice vote par anticipation, à Milwaukee, le 20 octobre.

10. Texas

Pour être élu à la Maison-Blanche, Joe Biden n’a pas besoin du Texas et de ses 38 voix au collège électoral. Mais le Lone Star State sera quand même l’un des États à surveiller le 3 novembre, ne serait-ce que pour mesurer la marge de victoire de Donald Trump. On pourra alors voir si les démocrates ont raison de croire que la transformation démographique de cet État conservateur finira par le faire passer un jour du rouge au bleu. Pour mémoire : en 2016, le candidat républicain y a remporté la victoire par 9 points de pourcentage devant Hillary Clinton. Or, des sondages récents donnent les candidats à égalité, alors que d’autres créditent Donald Trump d’une avance. Chose certaine, Joe Biden semble vraiment croire à ses chances. Il a consacré un budget publicitaire d’au moins 6 millions de dollars à cet État qui n’a pas voté pour un démocrate à la présidence depuis Jimmy Carter.

Collège électoral 38 voix

Moyenne de sondages Trump 48,3 % Biden 47 %

PHOTO JAY JANNER, ASSOCIATED PRESS

Une travailleuse électorale, à Austin, capitale du Texas, le 21 octobre

Les moyennes de sondage sont tirées du site FiveThirtyEight.