(North Charleston) En Caroline du Sud, bastion conservateur, l’influent sénateur Lindsey Graham, proche de Donald Trump, est au coude-à-coude avec son rival progressiste afro-américain de vingt ans son cadet, offrant aux démocrates une chance de s’emparer d’un siège républicain convoité au Sénat.  

Michael Mathes
Agence France-Presse

Moins financé que son adversaire, associé à Donald Trump et ses choix politiques en matière d’immigration, la réélection de Lindsey Graham ne coule plus de source dans un État où le parti républicain contrôle pourtant les postes politiques clés au niveau local, et les deux sièges de représentants au Sénat depuis quinze ans.  

Avec Donald Trump donné battu dans les sondages, les démocrates espèrent faire remporter les élections sénatoriales dans plusieurs États le 3 novembre afin de reprendre le contrôle de la chambre haute du Congrès.

La Caroline du Sud fait soudainement partie de ces nouveaux terrains d’affrontement, même si M. Graham assure que lui et Donald Trump l’emporteront dans deux semaines.  

« Aller simple »

« Lindsey Graham a peur », « il est nerveux et il a raison de l’être », soutient le démocrate Jaime Harrison devant une foule réunie samedi à North Charleston pour un rassemblement de campagne sous forme de « drive-in », pandémie oblige.  

« Les habitants de Caroline du Sud sont sur le point de lui remettre un aller simple pour rentrer chez lui ! », s’exclame le candidat de 44 ans, sous les klaxons approbateurs de ses partisans.  

Une victoire de M. Harrison, qui prône des politiques axées sur la diversité et l’inclusion, provoquerait une onde de choc dans le paysage politique américain.  

La Caroline du Sud, marquée par son passé esclavagiste, deviendrait en effet le premier État à être représenté par deux élus noirs au Sénat au même moment, avec le républicain Tim Scott.  

« Je sais ce que c’est d’être dans la galère », explique ce diplômé de la prestigieuse université de Yale, évoquant son enfance dans un milieu modeste.  

« Des cendres, nous renaîtrons comme un phénix », assure cet ancien chef du parti démocrate de Caroline du Sud, qui devait parfois faire ses devoirs dans le noir lorsque ses parents n’avaient pas les moyens de payer la facture d’électricité.  

Stationnement déserté

« Aidez-moi à payer pour le bus », plaisante de son côté Lindsey Graham, 65 ans, en descendant de son véhicule de campagne, devant une poignée de supporteurs sur un stationnement quasi désert près de Charleston.  

La remarque amère souligne le succès de son rival, M. Harrison ayant réussi à lever la somme record de 57 millions de dollars au troisième trimestre.  

Comment Lindsey Graham, figure importante du parti républicain, a-t-il pu se retrouver en difficulté dans son fief conservateur ?

Des démocrates et quelques républicains pointent comme éléments d’explication les nombreuses volte-face de l’élu.  

Le sénateur détestait Donald Trump en 2016, puis s’est rallié à lui après sa victoire à l’élection présidentielle. M. Graham avait aussi juré de s’opposer à la confirmation d’un nouveau juge à la Cour suprême lors d’une année électorale, avant de pousser pour la confirmation de la juge Amy Coney Barrett, désignée en septembre par le président, avant l’élection de novembre.  

« Lindsey Graham s’est tiré une balle dans le pied. C’est pour cela que c’est serré », analyse Johnnie Cordero, du parti démocrate de Caroline du Sud.  

« Je pense que les républicains vont lui pardonner », commente Debra Bays, 68 ans, qui fait du porte-à-porte pour la campagne de Donald Trump et du sénateur Graham. « Les choses changent avec le temps ».  

Lindsey Graham affiche aussi son assurance quant à sa réélection. « Plus on se rapproche du jour du scrutin, plus il y a des comparaisons, entre où irait le pays sous la direction (de Donald Trump) par rapport à celle du parti démocrate, et je pense que les choses s’améliorent pour nous chaque jour », a-t-il affirmé à l’AFP.  

Mais la Caroline du Sud évolue. Des immigrés s’y installent et la domination du parti républicain s’érode.  

Les électeurs démocrates voient en Jaime Harrison un candidat se battant pour la justice, notamment l’accès à la santé pour chaque Américain.  

« Il est comme une bouffée d’air frais », indique Don Doyle, 74 ans. « Et il donne du fil à retordre à Lindsey ».