(NEW YORK) Sur une chaîne, les téléspectateurs ont eu droit à l’équivalent politique d’un spectacle de musique heavy metal accompagné de pièces pyrotechniques au cours duquel la vedette, Donald Trump, a refusé de condamner le mouvement conspirationniste QAnon.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Sur l’autre chaîne, ils ont été témoins d’un débat feutré où la tête d’affiche, Joe Biden, a renié la loi de 1994 sur la criminalité dont il avait été l’un des principaux promoteurs et qui allait contribuer à l’incarcération massive des Noirs. « Était-ce une erreur de la soutenir ? », a demandé au candidat démocrate George Stephanopoulos, modérateur d’une assemblée citoyenne tenue à Philadelphie et diffusée sur ABC.

PHOTO OCTAVIO JONES, REUTERS

Le ton conciliant de l'émission d'ABC – avec Joe Biden – était aux antipodes de l’attitude combative, voire agressive, adoptée par le président sur NBC.

« Oui, ce l’était », a-t-il répondu.

Sur le même sujet, il a également déclaré : « Je ne pense pas que quiconque devrait aller en prison pour consommation de drogue. »

PHOTO CAROLYN KASTER, ASSOCIATED PRESS

Le candidat démocrate Joe Biden était sur le plateau d'ABC en compagnie du modérateur et présentateur de nouvelles George Stephanopoulos

Ce ton conciliant était aux antipodes de l’attitude combative, voire agressive, adoptée par le président sur NBC, qui diffusait au même moment une assemblée citoyenne en direct de Miami. Ce duel par chaînes interposées entre Donald Trump et Joe Biden est intervenu six jours après l’annulation du deuxième débat présidentiel. Annulation provoquée par le refus du président de participer à un affrontement virtuel dans la foulée de son diagnostic positif à la COVID-19.

Face à ce refus, l’ancien vice-président et ABC se sont rapidement entendus la semaine dernière sur la tenue d’une assemblée citoyenne à Philadelphie. Le président et NBC ont répliqué mardi en annonçant une assemblée citoyenne à la même heure, décision qui a valu à la chaîne d’être accusée de faire le jeu d’un homme qui refuse de se plier aux règles. La modératrice de NBC, Savannah Guthrie, n’a cependant pas fait de faveurs à Donald Trump. Pendant les 20 premières minutes de l’assemblée d’une heure, elle l’a mis sur la défensive, lui demandant de condamner notamment les suprémacistes blancs et QAnon.

« Je dénonce la suprématie blanche depuis des années, mais vous faites toujours la même chose », a-t-il déclaré sur un ton irrité.

Le président a déclaré qu’il ne connaissait pas ou « très peu » le mouvement complotiste QAnon, qui voit en lui un sauveur capable de mettre fin à un complot ourdi par des pédophiles et des cannibales, démocrates pour la plupart. Mais il s’est dit d’accord avec la mission de ce mouvement qui est qualifié de menace terroriste potentielle par les forces de l’ordre américaines.

Je sais qu’ils sont très opposés à la pédophilie. Ils la combattent avec acharnement. Mais je n’en sais rien.

Donald Trump au sujet du mouvement QAnon

Continuant à explorer la veine complotiste, la modératrice de NBC a pressé Donald Trump d’expliquer pourquoi il avait retweeté plus tôt cette semaine un gazouillis d’un adepte de QAnon affirmant que Barack Obama et les Navy SEAL avaient créé une mise en scène pour faire croire faussement à la mort d’Oussama ben Laden.

« C’était un retweet, je mets ça [sur mon fil] », a répondu le président en haussant les épaules. « Les gens peuvent décider par eux-mêmes. »

« Je ne comprends pas, a répliqué Savannah Guthrie. Vous êtes le président. Vous n’êtes pas l’oncle fou de quelqu’un qui peut retweeter n’importe quoi. »

PHOTO EVAN VUCCI, ASSOCIATED PRESS

Le président Donald Trump et la modératrice et journaliste Savannah Guthrie, jeudi soir, sur les ondes de NBC.

La modératrice n’a pas réussi à arracher une réponse précise à Donald Trump sur la date de son dernier test négatif à la COVID-19. Elle a par ailleurs dû corriger le président lorsque celui-ci a déclaré que les Centres de prévention et de contrôle des maladies avaient conclu que « 85 % des gens qui portent un masque attrapent » la COVID-19.

Le président a adopté un ton plus conciliant en répondant aux questions des électeurs. Mais il n’a guère été plus précis. Il a notamment esquivé une question sur l’avortement, refusant de dire s’il souhaitait l’invalidation de l’arrêt Roe c. Wade le légalisant.

« Je vous dis que je ne veux rien faire pour influencer quoi que ce soit », a-t-il déclaré lorsque Savannah Guthrie a insisté en évoquant la confirmation presque certaine de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême.

Fait remarquable, Donald Trump n’a pas prononcé une fois le nom de Joe Biden.

Le candidat démocrate ne lui a pas rendu la pareille.

« Le président Trump dit des choses insensées », a déclaré Joe Biden en rappelant les propos de son rival sur l’eau de Javel.

Les Américains n’ont pas paniqué. Il a paniqué.

Joe Biden, en parlant de la réaction du président Donald Trump face à la pandémie de coronavirus.

Renouvelant ses critiques sur la façon dont Donald Trump gérait la crise sanitaire, l’ancien bras droit de Barack Obama lui a notamment reproché son refus de défendre haut et fort le port du masque.

« Les mots d’un président comptent, a-t-il dit. Quand un président ne porte pas un masque ou ridiculise les personnes comme moi qui le porte, les gens se disent : “Eh bien, ce n’est pas si important.” »

Interrogé sur une polémique qui a fait surface récemment, Joe Biden n’a pas fermé la porte à une idée populaire au sein de la gauche démocrate, celle d’augmenter le nombre de juges à la Cour suprême dans l’éventualité de la confirmation de la juge Barrett avant l’élection présidentielle. « Cela dépend de la façon dont cela va finir », a-t-il dit après avoir déclaré qu’il n’était pas d’emblée un « partisan » de cette idée. Donald Trump et Joe Biden devraient s’affronter en personne une dernière fois le 22 octobre à Nashville, au Tennessee. Le débat pourrait être l’une des dernières chances du président de changer le cours d’une campagne présidentielle où les sondages les plus récents ne le favorisent pas.