Avortement, droits des minorités sexuelles, port d’armes à feu : la candidate de Donald Trump à la Cour suprême a refusé de donner son avis à la deuxième journée d’audience au Congrès

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Durant un échange lors de la deuxième journée d’audience au Congrès, la juge Amy Coney Barrett, candidate au poste de juge à la Cour suprême, a montré aux sénateurs le bloc-notes vierge qu’elle avait devant elle.

Mme Barrett voulait illustrer le fait qu’elle ne s’appuyait sur aucune note pour répondre. Ce bloc-notes immaculé aurait tout aussi pu symboliser l’étendue des renseignements que la candidate était disposée à fournir.

Tour à tour, Mme Barrett a refusé de donner son avis sur des enjeux-clés, comme le droit des femmes à l’avortement, les droits des minorités sexuelles et le port d’armes à feu, entre autres.

« Les juges ne peuvent pas dire : ‟J’ai un but dans ma vie, j’adore ou je déteste les armes à feu, j’aime ou je déteste l’avortement” et imposer leur volonté comme des figures royales », a-t-elle déclaré devant les sénateurs chargés de confirmer sa nomination.

PHOTO CAROLINE BREHMAN, ASSOCIATED PRESS

Amy Coney Barrett a répété qu’elle ne laisserait pas ses opinions politiques ou croyances religieuses influencer ses décisions.

Questionnée par la sénatrice démocrate Amy Klobuchar au sujet de l’illégalité d’intimider des électeurs aux bureaux de scrutin, la juge Barrett n’a pas répondu, affirmant qu’elle ne pouvait se prononcer sur une situation hypothétique.

Amy Coney Barrett a aussi refusé de dire à la sénatrice démocrate Dianne Feinstein si le président Donald Trump pouvait repousser unilatéralement la tenue de l’élection présidentielle – alors qu’il n’en possède pas les pouvoirs.

« Eh bien, sénatrice, si jamais cette question m’était posée, j’aurais besoin d’entendre les arguments des plaideurs, de lire des mémoires, de consulter mes juristes et de parler à mes collègues et de passer par le processus de rédaction d’opinions », a répondu la juge Barrett.

La candidate a répété qu’elle ne laisserait pas ses opinions politiques ou croyances religieuses influencer ses décisions. « Notre foi est importante pour nous, a-t-elle dit au sujet d’elle et de sa famille. Mais ce sont mes choix, et je n’ai jamais essayé de les imposer aux autres », a dit la juge âgée de 48 ans, mère de sept enfants, dont deux ont été adoptés, et qui a reconnu posséder une arme à feu.

« Ridicule »

À CNN, Jeffrey Toobin, analyste juridique et journaliste au New Yorker, a dit que cette position était intenable.

« L’idée selon laquelle les opinions de Mme Barrett, qui a déjà appuyé une campagne publicitaire contre le droit à l’avortement, n’auront aucune influence sur la façon dont elle abordera les cas d’avortement, je veux dire, c’est tout simplement ridicule », a-t-il dit.

M. Toobin a rappelé que Donald Trump a plusieurs fois mentionné qu’il allait choisir un candidat ou une candidate qui allait s’opposer au droit à l’avortement.

« C’est pour cela qu’elle a été choisie, a-t-il enchaîné. Donald Trump l’a répété à maintes reprises. Alors l’idée que son point de vue sur l’avortement est une sorte de mystère est, si je peux être impoli, une blague. »

Un sondage réalisé au début du mois d’octobre montre que 62 % des Américains sont en faveur du maintien du droit à l’avortement.

Les républicains ont signalé qu’ils entendaient voter pour la nomination de la juge avant la tenue de l’élection présidentielle, le 3 novembre.

Minoritaires au Sénat, les démocrates ne devraient pas réussir à empêcher la juge Barrett de cimenter la majorité conservatrice à la Cour suprême, qui serait alors de six juges sur neuf avec elle.

Les audiences sur la nomination d’Amy Coney Barrett se poursuivent ce mercredi.

– Avec l’Agence France-Presse