Le débat entre Mike Pence et Kamala Harris n’avait rien à voir avec celui de leurs patrons, Donald Trump et Joe Biden. Beaucoup plus cordiaux, les aspirants à la vice-présidence se sont moins coupé la parole et un changement de rythme a clairement été observé, même si, là encore, le temps de parole n’a pas été égal. Analyse.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Des données compilées par La Presse démontrent que le vice-président sortant a parlé 114 secondes de plus que la sénatrice californienne. Quant au nombre de prises de parole, Mike Pence a totalisé 35 % d’entre elles, pendant que Kamala Harris s’en est tenue à 29 %. Le reste, 36 %, venait de la modératrice Susan Page.

« C’est surtout la manière dont M. Pence a défoncé son temps qui pose problème, souligne le spécialiste de la politique américaine à la Chaire Raoul-Dandurand, Rafael Jacob. Il n’avait aucune espèce de considération pour la modératrice. » Pour lui, la situation n’a pas changé : la pression est toujours sur les républicains, en retard dans les sondages. « Ça leur prend des coups de circuit », illustre le spécialiste.

Quand on rassemble le vocabulaire utilisé lors des deux débats, on constate que les républicains ont beaucoup parlé de « loi » (25 reprises), de l’« armée » (19 occurrences) et des « forces de l’ordre » (13 fois). Les démocrates, eux, ont d’abord misé sur l’avenir, avec des expressions comme forward, next ou future, utilisées à 23 reprises.

Le camp Biden-Harris a aussi utilisé 31 fois le mot « vote », pour inciter les électeurs à se rendre aux urnes, contre seulement quatre du côté Trump-Pence. Ce dernier fait toutefois de la Chine un argument de campagne, ayant déjà nommé le pays asiatique plus de 25 fois, contre 8 pour les démocrates.

Un président surreprésenté

Pendant le premier débat, Donald Trump avait monopolisé les prises de parole, avec 40 %, contre 32 % pour Joe Biden. L’animateur Chris Wallace avait alors été à l’origine de seulement 28 % des interventions, même s’il est en réalité intervenu deux fois plus que Susan Page (226 contre 119 interventions).

Nos chiffres démontrent aussi que M. Pence s’est régulièrement fait rappeler à l’ordre par la modératrice. Celle-ci lui a lancé « Thank you, Mr. Vice-President » à 41 reprises. À Kamala Harris, ces rappels à l’ordre ont été adressés 23 fois. Pendant ce temps, M. Pence a aussi prononcé plus de 20 fois le nom de Mme Page, en insistant pour terminer son allocution.

Malgré tout, les échanges entre Pence et Harris sont demeurés nettement moins agressifs, signe que les deux camps voulaient à tout prix éviter de reproduire le premier débat présidentiel pour le moins chaotique du 29 septembre. Pendant que la durée moyenne des interventions de Donald Trump et Joe Biden atteignait respectivement 6 et 8 secondes, Mike Pence et Kamala Harris prenaient en moyenne 19 et 22 secondes pour s’exprimer, mercredi.

Harris et Pence sont diamétralement opposés eux aussi, mais ils sont de bien plus habiles communicateurs. C’était un débat. Le premier n’en avait pas été un.

Rafael Jacob, de la Chaire Raoul-Dandurand

En analysant les « sentiments » des interventions, on se rend compte que le débat des aspirants vice-présidents était aussi largement plus positif. Environ 60 % des interventions de Mme Harris et de M. Pence penchaient du côté positif, par le choix des mots notamment. Ces chiffres n’avaient atteint que 42 % et 37 % pour Joe Biden et Donald Trump.

Le crosstalk, soit le fait de couper la parole à l’autre, était aussi beaucoup moins présent que lors du premier débat. On note à peine 10 occasions où cela est survenu, contre 48 lors de l’affrontement Trump-Biden.

NOTRE DÉMARCHE

Pour cet article, Yahya Laraki et Pierre Meslin, du Département Intégration, Analytique & Science de données (IAS), ont analysé les transcriptions des deux premiers débats. En plus d’une analyse statistique quantitative et comparative, ils ont utilisé un modèle d’apprentissage profond entraîné à l’aide de la librairie HuggingFace, permettant d’évaluer le degré de positivité d’une phrase.