(Washington) Sur les chapeaux de roue : quelques jours après avoir quitté l’hôpital où il était soigné pour son infection au coronavirus, Donald Trump a affirmé qu’il envisageait de participer à un rassemblement de campagne dès samedi en Floride, un État-clé pour la présidentielle du 3 novembre, alors même que les démocrates mettent en doute sa capacité à gouverner.

Elodie CUZIN
Agence France-Presse

« Je pense que je vais essayer de faire un rassemblement de campagne samedi soir, si on a assez de temps pour l’organiser, mais nous voulons avoir un rassemblement, probablement en Floride, samedi soir », a dit sur Fox News M. Trump, dont la voix était par moments enrouée.

PHOTO SAUL LOEB, AFP

Le médecin de la Maison-Blanche, Sean Conley

Peu auparavant, son médecin avait ouvert la porte à son retour à des activités publiques samedi, affirmant que le président avait « globalement extrêmement bien réagi au traitement » contre la COVID-19.

Samedi marquera le dixième jour depuis que le milliardaire républicain a été testé positif, et « sur la base de la trajectoire des diagnostics avancés que l’équipe mène, je m’attends à ce que le président puisse reprendre ses activités publiques à ce moment-là sans risque », a affirmé le médecin de la Maison-Blanche Sean Conley, sans indiquer s’il avait été testé négatif.  

Mené dans les sondages par son rival démocrate Joe Biden à 26 jours de la présidentielle, le tribun veut reprendre sa campagne, brusquement interrompue par la maladie, le 2 octobre.  

Hospitalisé vendredi soir, il était rentré trois jours plus tard, dans une mise une scène théâtrale, à la Maison-Blanche.  

Après plusieurs vidéos débridées postées sur son compte Twitter, Donald Trump avait donné jeudi matin son premier entretien depuis ce diagnostic.  

Une interview décousue de plus d’une heure sur Fox Business, dans laquelle il avait, pèle-mêle, qualifié de « monstre » la démocrate Kamala Harris – première colistière noire qui pourrait devenir la première femme vice-présidente des États-Unis – de « déficient intellectuellement » Joe Biden, mais aussi, de manière très inhabituelle, pris à partie deux de ses ministres les plus loyaux, Mike Pompeo et Bill Barr.  

Quant au coronavirus, qui a fait plus de 210 000 morts aux États-Unis, le président, âgé de 74 ans et cliniquement obèse, avait réaffirmé qu’il se sentait en grande forme.

Doutes sur les capacités de Trump-

Donald Trump souffre « d’une dissociation de la réalité qui serait amusante si elle n’était pas si meurtrière », a réagi la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, en rappelant le lourd bilan des États-Unis, pays le plus endeuillé du monde par la pandémie.  

Puis, coup de tonnerre, elle a annoncé qu’elle allait présenter, vendredi, une loi pour créer une commission afin d’enquêter sur les capacités de Donald Trump à diriger les États-Unis.  

Cette commission entre dans le cadre du 25e amendement de la Constitution américaine, qui prévoit que le président cède les rênes du pouvoir à son vice-président s’il n’est plus en situation de gouverner.  

Nancy Pelosi présentera le texte en conférence de presse au Congrès, vendredi à 14 h 15 GMT.  

Une véritable déclaration de guerre aux républicains, qui ont réagi avec une virulence rare en accusant la démocrate d’envisager un « coup d’État ».   

L’issue de cette initiative reste ainsi très incertaine, Donald Trump bénéficiant d’un large soutien dans son parti notamment au Sénat, où il est majoritaire.  

« J’estime que les citoyens doivent connaître l’état de santé du président », avait martelé Nancy Pelosi, bête noire de Donald Trump.  

« C’est Nancy la Folle qui devrait être en observation. Ils ne l’appellent pas la Folle pour rien ! », a réagi Donald Trump sur Twitter.  

Confusion sur les débats

Le ton est aussi monté entre les équipes de Donald Trump et de son rival démocrate Joe Biden autour de leurs prochains débats, revirements et rebondissements ajoutant à la confusion dans une campagne présidentielle déjà bouleversée par la pandémie.

Après avoir jugé « inacceptable » de participer à un débat virtuel la semaine prochaine, Donald Trump a exigé de débattre deux fois en personne contre son rival : le 22 octobre comme prévu et lors d’une rencontre supplémentaire le 29, à cinq jours seulement de la présidentielle américaine.

Une proposition immédiatement rejetée par l’équipe de Joe Biden.  

Rendre le débat du 15 virtuel vise à « garantir la sécurité de tous les participants », avait justifié la commission indépendante d’organisation.

Au grand dam des démocrates, le locataire de la Maison-Blanche avait fait l’annonce choc de son diagnostic moins de trois jours après avoir débattu, en personne, avec Joe Biden, 77 ans.  

Ayant de nouveau été testé négatif jeudi, le démocrate s’est rendu dans l’Arizona, l’un des États-clés qui pourraient tomber dans l’escarcelle démocrate et faire basculer le résultat le 3 novembre.