Devant le centre médical militaire Walter Reed, à Washington, le médecin Sean Conley s’est voulu rassurant. « L’état de santé du président a continué de s’améliorer », a-t-il annoncé dimanche. Après une « sévère fièvre » vendredi et deux épisodes où le taux d’oxygène de Donald Trump était sous la normale, la fièvre a disparu et son taux d’oxygénation frisait désormais les 100 %. Si son état de santé continue de s’améliorer, a déclaré le DConley, le président pourrait rentrer à la Maison-Blanche dès lundi, soit trois jours après avoir été admis à l’hôpital.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Donc, tout va bien ?

Pas si vite, dit le DMichel de Marchie, intensiviste à l’Hôpital général juif de Montréal. « Le médecin n’a fondamentalement rien dit. Ce n’est pas de la médecine, c’est une manipulation politique. »

« Dans la phase initiale de la COVID-19, ça peut prendre deux à trois jours avant que les symptômes se manifestent. La question principale est : quand a-t-il été déclaré positif ? Et quand a-t-il commencé à avoir des symptômes ? Normalement, la COVID-19 est stable avant de dégringoler. » Si Donald Trump a effectivement reçu son diagnostic jeudi, « on peut s’attendre à ce que les choses se détériorent, si elles doivent se détériorer, demain [lundi] ou après-demain [mardi]. Soit entre deux et quatre jours après la manifestation des symptômes. »

PHOTO JACQUELYN MARTIN, ASSOCIATED PRESS

Le Dr Sean Conley, médecin de la Maison-Blanche, dimanche, à l’hôpital militaire Walter Reed

Plusieurs questions sont en effet restées en suspens après le second point de presse en autant de jours des médecins de l’hôpital militaire. L’absence de fièvre, par exemple, qui pourrait être perçue comme un signe de guérison, n’impressionne pas le Dde Marchie, qui note que M. Trump reçoit de la dexamethasone. « Les stéroïdes comme la dexamethasone masquent la température. Ça ne veut donc rien dire. »

Pour pouvoir se prononcer sur l’état de santé de président, le Dde Marchie aimerait notamment en savoir plus sur l’état de ses poumons avec les radiographies (rayons X) et tomodensitométrie (CT-scan). Il aurait aussi besoin de connaître le taux sanguin de protéine C réactive (taux CRP), un marqueur inflammatoire. Si ce dernier est trop haut, « il faut s’attacher la ceinture ». D’autres paramètres importants sont les taux de fibrinogène et de lactate déshydrogénase (LDH). « Ils sont à l’origine de phénomènes inflammatoires qui peuvent être très importants », dit le Dde Marchie.

« Si vous me dites que son CRP est à 150, je serai inquiet. Si vous me dites que les tests aux rayons X sont normaux, mais que le scan est anormal, je vous dirai qu’on doit garder un peu le patient à l’hôpital. » L’absence de fièvre est parfois une source d’inquiétude pour le médecin intensiviste, « surtout pour les personnes âgées parce que leur réaction inflammatoire est atténuée ».

Dimanche, Sean Conley a refusé de décrire l’état des poumons de Donald Trump. « Nous avons fait des observations attendues, mais rien de majeur d’un point de vue clinique », a-t-il déclaré.

« Vous voyez ? dit le Dde Marchie. Les données qu’on nous donne sont très fragmentaires. Mais la médecine, ce n’est pas de travailler avec des données fragmentaires. Autrement, on avance à tâtons. »

Pas d’essoufflement, pas de problème ?

Le DKarl Weiss, microbiologiste et infectiologue également à l’Hôpital général juif, note pour sa part que le président, dans sa vidéo publiée samedi, était « pâle, mais n’était pas essoufflé ». Un bon signe, dit-il, qui lui laisse croire que le pire est probablement passé. « Je crois qu’il est sorti de l’auberge, à 99 % », dit le médecin.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’en gardera pas de séquelles, souligne le médecin. « Il sera fatigué, c’est sûr », dit-il.

[Trump] pourra-t-il faire une campagne présidentielle ? Même pour quelqu’un de 50 ans, c’est quelque chose de difficile.

Le DKarl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l’Hôpital général juif

Outre la dexamethasone, que Donald Trump a commencé à prendre samedi, les médecins lui ont également administré l’antiviral remdesivir, qui empêche la réplication du virus SARS-CoV-2. Vendredi, à son arrivée à l’hôpital, le président a également reçu un cocktail expérimental de la société Regeneron.

Les injections par intraveineuse de remdesivir, pour ne mentionner que ce médicament, doivent durer cinq jours. L’équipe médicale a indiqué que le traitement pourrait se poursuivre à la Maison-Blanche si M. Trump quittait l’hôpital lundi. « On peut faire beaucoup de choses à la Maison-Blanche », a dit la porte-parole du président, Alyssa Farah.

Devant les journalistes dimanche, le médecin Sean Conley a révélé une information qu’il n’avait pas dévoilée lors de son point de presse de la veille : vendredi, à la Maison-Blanche, l’état de santé de Donald Trump s’était dégradé au point de requérir une supplémentation en oxygène, pendant environ une heure. Le président a été hospitalisé vendredi soir.

« J’étais inquiet d’une progression potentiellement rapide de la maladie, j’ai recommandé au président une supplémentation en oxygène », a dit Sean Conley, qui affirme que Donald Trump n’était toutefois pas essoufflé. Le médecin a reconnu qu’il n’avait pas révélé cet incident la veille pour projeter une image « optimiste ».

Les médecins sont également restés vagues sur les taux de saturation en oxygène sous la normale notés vendredi et samedi. Son taux est tombé à 93 %, soit légèrement sous la normale, qui se situe entre 95 % et 100 %. Il était dimanche de 98 %, a précisé le DConley.

Si le président devait sortir de l’hôpital dès lundi, le Dde Marchie craint l’impression que cela pourrait laisser sur la gravité de la maladie. « Ça me fait excessivement peur. La nature humaine étant ce qu’elle est, les gens diront : “c’est pas si pire, regardez le président !” »

« Regardez les courbes : on est seulement en octobre, qu’est-ce qui va se passer cet hiver ? C’est ce qui est le plus désolant d’un point de vue de santé publique. Il faut faire comprendre aux gens que c’est sérieux et que si Donald Trump peut s’en tirer, ça ne veut rien dire, c’est une maladie qui peut tuer. »

– Avec l’Agence France-Presse