Les partisans de Joe Biden retiendront leur souffle – et évalueront chacun de ses gestes et de ses mots. Ceux qui appuient Donald Trump vont s’attendre à voir le président lâcher ses coups de gueule et ne faire qu’une bouchée du candidat démocrate.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Au bout du compte, il est probable que l’exercice, qui devrait être regardé par jusqu’à 100 millions de personnes, ne change rien à l’issue du scrutin, dans cinq semaines.

C’est la lecture que les experts à qui nous avons parlé font du premier débat entre Trump et Biden, qui aura lieu à 21 h à Cleveland, en Ohio. Diffusé sans publicité sur les ondes des grands réseaux américains, le débat de 90 minutes sera modéré par l’animateur Chris Wallace.

« Tant que Joe Biden fait une prestation correcte et ne lâche rien d’insensé, je crois que le débat n’aura pas d’impact sur les intentions de vote des gens », explique Monika L. McDermott, professeure au département de science politique et spécialiste des élections à l’Université Fordham, à New York.

Là où Biden pourrait faire sourciller, c’est s’il semble prêter flanc aux critiques du président, qui l’accuse de ne pas avoir assez d’énergie et de faire des gaffes. « Je dirais que la pression est sur Biden », dit-elle.

PHOTO MIKE SEGAR, ARCHIVES REUTERS

Joe Biden, candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine

Quant à Trump, les gens qui l’appuient après quatre ans d’une présidence hors norme peuvent difficilement être surpris par ce qu’ils verront et entendront.

Trump peut dire ce qu’il veut, et cela n’a pas d’influence sur sa popularité. Donc je ne crois pas que la pression soit sur lui. Pour ses partisans, il semble intouchable.

Monika L. McDermott, professeure au département de science politique et spécialiste des élections à l’Université Fordham

Les débats ont-ils un impact ?

Si les journalistes et les experts en politique se passionnent pour ces débats et leurs moindres micromoments relayés sur Twitter, leur influence sur les intentions de vote est généralement passagère, au mieux.

Comme le soulignait un récent article du magazine The Atlantic : « Si les élections étaient gagnées en fonction des règles du club de débat, Hillary Clinton serait présidente et Elizabeth Warren serait la candidate démocrate de 2020. »

PHOTO CARLOS BARRIA, REUTERS

Donald Trump, président des États-Unis

L’un des problèmes des échanges avec Donald Trump est sa propension à passer de la vérité aux mensonges, souvent dans la même phrase. Une analyse du Washington Post a calculé que le président avait fait plus de 20 000 déclarations « fausses ou trompeuses » depuis son arrivée au pouvoir. En une seule journée cet été, Trump a fait 62 déclarations trompeuses, selon le quotidien.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a affirmé que Joe Biden devrait éviter les débats, soutenant que Trump « agira probablement d’une manière qui ne respecte pas la dignité de la présidence ».

Biden a répondu qu’il voulait participer afin d’« être un vérificateur de faits en direct pendant le débat ».

Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis et professeur au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal, remarque que les intentions de vote « sont très stables » depuis des mois, en débit d’une actualité bouillonnante.

Il y a eu le livre de Bob Woodward, le scandale de Trump qui insulte les militaires, et quelques petites gaffes de Biden… Mais l’aiguille de l’opinion publique ne bouge pas beaucoup. Il y a peu d’indécis : ils sont à 10 ou 12 %, contre près du double il y a quatre ans.

Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis et professeur au département de science politique de l’UQAM

Les débats des candidats à la présidence sont fort regardés, mais ne changent généralement pas les intentions de vote, dit-il. « À part le débat Kennedy-Nixon de 1960, qui avait été très favorable pour Kennedy, ça n’a généralement pas de gros effets. »

M. Gagnon note que les attentes envers Joe Biden pour les débats sont peu élevées, ce qui pourrait être positif pour lui s’il s’en sort raisonnablement bien.

« On entend toujours dire qu’il ne sera pas bon. Mais chaque fois qu’il prend la parole en public à ce jour, il surpasse les attentes. »

L’élection du 3 novembre, dit-il, est surtout un référendum sur le travail de Donald Trump depuis quatre ans à la Maison-Blanche. « Beaucoup de gens votent Biden parce qu’ils ne veulent plus Trump. Et quand c’est ça, l’objectif, tu es prêt à pardonner bien des petites faiblesses de Biden, des petites erreurs. »

Deux autres débats sont prévus. Ils auront lieu les 15 et 22 octobre. Mike Pence et Kamala Harris, candidats au poste de vice-président, débattront quant à eux le 7 octobre.