(New York) Herschel Walker souffrira d’apprendre l’existence du nouveau livre de Michael Cohen, qui contient de nouvelles allégations sur le racisme présumé de son bon ami Donald Trump.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Lors de la récente convention du Parti républicain, l’ancien footballeur professionnel a fait partie de la pléthore d’orateurs de couleur qui ont cherché à dissiper l’idée que le 45e président des États-Unis est raciste.

« Je ne suis pas un acteur, un chanteur ou un politicien. Je suis Herschel Walker. La plupart d’entre vous me connaissent comme joueur de football, mais je suis aussi un père, un homme de foi et un très bon juge de caractère », a déclaré l’Afro-Américain de 58 ans.

« Cela me fait mal à l’âme d’entendre les noms terribles dont les gens accablent Donald. Le pire est “raciste”. Je prends comme une insulte personnelle le fait que les gens pensent que j’ai une amitié de 37 ans avec un raciste. Les gens qui pensent cela ne savent pas de quoi ils parlent. En grandissant dans le Sud profond, j’ai vu le racisme de près. Je sais ce que c’est. Et ce n’est pas Donald Trump. »

Grâce à ce témoignage, dont maintes versions ont été livrées par des personnalités de couleur pendant la convention républicaine, Herschel Walker a participé à un des volets les plus importants — et difficiles — de la stratégie électorale du camp Trump.

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Herschel Walker, ancien footballeur professionnel, a exprimé son soutien au président Donald Trump lors de la récente convention du Parti républicain, le 24 août dernier.

Ce volet nécessite la construction de ce que les stratèges de marketing appellent une « structure de permission ». Dans un contexte politique, l’approche consiste à donner à certains électeurs des raisons émotionnelles ou psychologiques d’opter pour un candidat qui les met mal à l’aise de prime abord. Les démocrates y ont eu recours en faisant défiler lors de leur propre convention de nombreux républicains, dont l’ex-secrétaire d’État Colin Powell, l’ex-gouverneur d’Ohio John Kasich et la femme d’affaires Meg Whitman.

Obama et les « pays de merde »

L’exécution de cette stratégie ne se déroule pas toujours dans l’harmonie. Le documentariste Michael Moore et d’autres progressistes ont ainsi jeté les hauts cris, la semaine dernière, après que le ticket démocrate s’est félicité d’avoir reçu l’appui de l’ancien gouverneur républicain du Michigan Rick Snyder, un des responsables du scandale de l’eau contaminée à Flint.

« Que ça soit clair : je voterai pour Biden. Mais je ne mentirai pas pour Biden », a tweeté le réalisateur de Fahrenheit 11/9 en dénonçant « le parti et la campagne qui semblent travailler stupidement contre nous ».

Mais les stratèges républicains font face à une difficulté plus grande encore. Ils doivent donner aux électeurs de la banlieue, et notamment aux femmes, des raisons de croire que Donald Trump n’est pas raciste, et ce, au moment même où ce dernier continue à faire l’objet d’accusations de racisme pour des déclarations passées ou actuelles.

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Michael Cohen, ancien avocat personnel du président Donald Trump, en décembre 2018

Michael Cohen, ancien avocat personnel du président, ne peut revendiquer une crédibilité à toute épreuve. Après tout, il a lui-même plaidé coupable à divers crimes, dont celui d’avoir violé les lois sur le financement électoral en participant au versement d’argent à deux maîtresses présumées du candidat républicain pendant la campagne présidentielle de 2016. Mais les propos qu’il prête à Donald Trump dans Disloyal : A Memoir, livre à paraître mardi, sont connus.

Selon des extraits publiés par le Washington Post et CNN, Donald Trump refuserait de croire qu’un homme de couleur comme Barack Obama ait pu être admis à Columbia et à Harvard, deux des universités américaines les plus prestigieuses, sans l’aide des « foutus » programmes de discrimination positive.

Lors d’une de ses tirades contre son prédécesseur, Donald Trump aurait exprimé son mépris « pour toutes les personnes noires ». « Nomme-moi un pays dirigé par une personne noire qui ne soit pas un pays de merde. Ce sont tous de foutues toilettes », aurait-il dit.

« Un criminel déshonoré »

Ce mépris n’a pas épargné Nelson Mandela, selon Michael Cohen. Après la mort du président d’Afrique du Sud, en 2013, Donald Trump lui aurait reproché d’avoir « bousillé tout le pays ».

« Maintenant, c’est un pays de merde. Que Mandela aille se faire foutre. Il n’était pas un leader », aurait dit la vedette de la télésérie The Apprentice au sujet du héros de la lutte contre un régime d’apartheid qui l’a emprisonné pendant 27 ans.

La porte-parole de Maison-Blanche a démenti en bloc les allégations de l’ex-avocat du président.

Michael Cohen est un criminel déshonoré et un avocat radié, qui a menti au Congrès. Il a perdu toute crédibilité, et il n’est pas surprenant de voir sa dernière tentative de profiter de mensonges.

Kayleigh McEnany, porte-parole de la Maison-Blanche

Le livre de Michael Cohen paraît au milieu d’une campagne présidentielle où Donald Trump semble s’attaquer lui-même à la « structure de permission » que ses stratèges tentent de construire. Vendredi, le président a ordonné la suppression des formations contre le racisme dispensées dans l’administration fédérale, n’y voyant rien de plus que de la « propagande clivante et anti-américaine ».

Au début de la semaine dernière, il a de nouveau déclaré que Joe Biden chargerait le sénateur afro-américain du New Jersey Cory Booker de mettre en œuvre un programme de logement qui encouragerait les personnes de couleur à s’établir en banlieue. Selon lui, un tel programme contribuerait à la destruction des banlieues américaines.

Or, il n’y a aucune indication que le président Biden confierait l’implantation d’un quelconque programme de logement à Cory Booker, qui a lui-même brigué la présidence.

Mais le sénateur croit comprendre où Donald Trump veut en venir.

« Je pense vraiment que c’est quelque chose d’aussi simple que “Laissez-moi trouver une personne noire, et je peux essayer d’effrayer les gens de la banlieue” », a-t-il dit lors d’une entrevue à MSNBC.

C’est moins subtil que la stratégie déployée par l’équipe de réélection du président pendant la convention républicaine. Mais c’est probablement plus proche du vrai Donald Trump.