(New York) Exploitant le décor majestueux de la Maison-Blanche pour accepter la nomination du Parti républicain à titre de candidat présidentiel, une entorse sans précédent aux normes politiques de son pays, Donald Trump s’est livré jeudi soir à une attaque en règle contre son rival démocrate, Joe Biden, l’accusant de vouloir ouvrir les frontières, détruire les banlieues et instaurer le socialisme aux États-Unis, entre autres.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Personne ne sera en sécurité dans l’Amérique de Joe Biden », a déclaré le président au cours d’un discours de 70 minutes prononcé sur un ton monocorde en majeure partie. « Biden est un cheval de Troie pour le socialisme », a-t-il ajouté, reprenant un thème et une image entendus à plusieurs reprises pendant les quatre soirées de la convention républicaine. « Si Joe Biden n’a pas la force de s’opposer à des marxistes aux yeux fous comme Bernie Sanders et ses collègues radicaux, comment pourra-t-il jamais vous défendre ? »

« Joe Biden est faible », a-t-il encore dit.

Le 45e président a prononcé ce discours sur la pelouse sud de la Maison-Blanche devant environ 1500 personnes qui ne portaient pas de masque pour la plupart et ne respectaient pas les règles de distanciation physique. Son discours intervenait à la fin d’une autre journée dramatique de sa présidence, marquée par l’arrivée d’un puissant ouragan en Louisiane et au Texas, ainsi que par les retombées politiques et sportives de l’affaire Jacob Blake au Wisconsin.

Des feux d’artifice ont illuminé le ciel de Washington après la conclusion de son discours.

PHOTO JOSE LUIS MAGANA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le ciel de Washington s’est illuminé après la conclusion du discours de Donald Trump, jeudi soir.

« C’est l’élection la plus importante de l’histoire du pays », a déclaré Donald Trump au début de son allocution qui suivait celles de sa fille Ivanka Trump et de son avocat personnel Rudolph Giuliani, entre autres.

À aucun moment auparavant, les électeurs n’ont été confrontés à un choix plus clair entre deux partis, deux visions, deux philosophies ou deux programmes. Cette élection décidera si nous sauvons le rêve américain ou si nous permettons à un programme socialiste de démolir notre cher destin.

Donald Trump

« Votre vote décidera si nous protégerons les Américains respectueux des lois ou si nous donnerons toute liberté aux anarchistes violents, aux agitateurs et aux criminels qui menacent nos citoyens. Et cette élection décidera si nous défendrons le mode de vie américain ou si nous permettrons à un mouvement radical de le démanteler et de le détruire complètement. Cela n’arrivera pas », a dit le président en faisant l’impasse sur les victimes de la brutalité policière, y compris Jacob Blake, grièvement blessé par un policier de Kenosha, au Wisconsin.

Un bilan à défendre, un adversaire à attaquer

Tout en vantant longuement son bilan en matière d’économie, d’immigration et de politique étrangère, entre autres, Donald Trump a défendu sa gestion de la pandémie de nouveau coronavirus, qu’il a qualifié de « virus de Chine », et promis des jours meilleurs. Sur ce sujet comme sur d’autres, il a présenté plusieurs données trompeuses ou mensongères. « Le plan de Joe Biden n’est pas une solution au virus, mais plutôt une capitulation face au virus », a-t-il notamment déclaré après avoir promis « un vaccin avant la fin de l’année, et peut-être même avant ». Le président a également dénoncé le bilan économique du candidat démocrate.

« Joe Biden n’est pas un sauveur de l’âme de l’Amérique, a-t-il dit. Il est le destructeur des emplois de l’Amérique, et si on lui en donne la chance, il sera le destructeur de la grandeur américaine. Pendant 47 ans, Joe Biden a recueilli les dons des ouvriers, leur a donné des câlins et même des baisers. Et leur a dit qu’il ressentait leur douleur. Et puis il est retourné à Washington et a voté pour envoyer nos emplois en Chine et dans de nombreux autres pays lointains. » Donald Trump s’est aussi vanté d’avoir fait davantage pour les Noirs en trois ans et demi que « Joe Biden en 47 ans ». « Je dis très modestement que j’ai fait plus pour la communauté afro-américaine que tout président depuis Abraham Lincoln, notre premier président américain », a-t-il dit.

Tout en cherchant à témoigner de la « compassion » de son père, Ivanka Trump a salué son bilan. « Je reconnais que son style de communication ne plaît pas à tous et que ses messages sur Twitter sont sans filtre, mais les résultats parlent d’eux-mêmes », a-t-elle déclaré.

Rudolph Giuliani a martelé de son côté un des thèmes favoris du président, celui de l’ordre public.

Faisant allusion à l’augmentation relative des fusillades et des meurtres à New York, dont il a été maire pendant les années 1990, il a mis en garde les Américains contre la tentation de voter pour Joe Biden. « Ne laissez pas les démocrates faire aux États-Unis ce qu’ils ont fait à New York », a-t-il déclaré en faisant fi du fait que le nombre d’homicides à New York est aujourd’hui largement inférieur à celui dont il a pu se vanter après les années les moins violentes de ses mandats à la tête de la ville.

Alice Johnson, bénéficiaire de la grâce présidentielle, a offert un des moments les plus émouvants de la soirée en racontant comment Donald Trump avait mis fin à sa peine d’emprisonnement à perpétuité pour blanchiment d’argent et trafic de drogue, sa première condamnation, après une campagne menée par Kim Kardashian. « Je me suis toujours souvenue que Dieu connaissait mon nom, même dans mes heures les plus sombres. Mais je n’ai jamais pensé qu’un président le connaîtrait », a déclaré cette grand-mère afro-américaine. Plusieurs autres personnes de couleur ont défilé pour vanter la compassion de Donald Trump.

Biden et Harris cherchent la faille

Plus tôt dans la journée, Joe Biden et Kamala Harris ont tenté de devancer les critiques de Donald Trump. L’ancien vice-président a notamment mis en lumière ce qu’il considère comme une faille dans la logique du président.

« Donald Trump dit : “Vous ne serez pas en sécurité dans l’Amérique de Joe Biden.” Mais les vidéos qui sont diffusées sont diffusées dans l’Amérique de Donald Trump », a-t-il déclaré sur CNN en accusant son rival républicain d’« encourager la violence » à des fins politiques.

Si vous voulez parler de sécurité, le plus grand problème de sécurité est celui des personnes qui meurent de la COVID-19. Plus de personnes sont mortes durant le mandat de ce président qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire américaine, au quotidien.

Joe Biden, sur MSNBC, à propos de la gestion de la pandémie par Donald Trump

Lors d’une allocution à Washington, Kamala Harris a dénoncé les violences qui marquent les manifestations contre la brutalité policière. « Nous devons toujours défendre les manifestations pacifiques et les manifestants pacifiques. Nous ne devons pas les confondre avec ceux qui pillent et commettent des actes de violence, y compris le tireur qui a été arrêté pour meurtre », a-t-elle dit après avoir révélé qu’elle et Joe Biden s’étaient entretenus avec la famille de Jacob Blake.

Kenosha, cette ville du Wisconsin où l’Afro-Américain de 29 ans a été atteint de plusieurs balles dans le dos tirées par un policier blanc dimanche, a connu jeudi une deuxième soirée de manifestations pacifiques.

Kyle Rittenhouse, l’adolescent de 17 ans arrêté pour meurtre mardi, a été formellement accusé au cours de la journée d’homicide volontaire au premier degré pour la mort d’Anthony M. Huber, la plus grave des accusations, d’homicide volontaire au premier degré pour la mort de Joseph Rosenbaum, et de tentative d’homicide volontaire au premier degré pour avoir tiré sur Gaige Grosskreutz, en plus d’accusations connexes.

S’il était reconnu coupable d’homicide volontaire au premier degré, il serait passible d’une peine d’emprisonnement à vie.