(Washington) Le président Donald Trump a affirmé jeudi soir que son rival démocrate à la présidentielle, Joe Biden, serait le fossoyeur de « la grandeur de l’Amérique » s’il était élu.

Agence France-Presse

Selon le candidat investi ce même soir par le Parti républicain, l’élection du 3 novembre se jouera entre « le rêve américain » et un « programme socialiste de destruction du précieux destin » des États-Unis.

« Joe Biden n’est pas le sauveur de l’âme de l’Amérique, il est le destructeur des emplois de l’Amérique », a ajouté M. Trump, en référence à une expression souvent employée par l’ancien vice-président de Barack Obama.

« Si on lui en offre l’occasion, il sera le fossoyeur de la grandeur de l’Amérique », a résumé Donald Trump, qui avait plus tôt accepté la nomination de son parti comme candidat à un second mandat « avec un cœur plein de reconnaissance et un optimisme sans limites ».

« Nous allons reconstruire la plus forte économie de l’Histoire », a promis le président républicain, s’exprimant à un pupitre installé dans les jardins de la Maison-Blanche, face à une assemblée de quelque 1500 invités.

À moins de 70 jours de l’élection, le discours du président américain clôture une convention républicaine organisée sous forme de « spectacle Trump », largement virtuel en raison de la COVID-19.

Il intervient dans un contexte de superposition de crises – sanitaire, économique, sociale – et de tensions raciales qui rendent l’issue du scrutin du 3 novembre d’autant plus imprévisible.

Depuis plusieurs jours, la petite ville de Kenosha (Wisconsin), où un jeune Afro-Américain, Jacob Blake, a été grièvement blessé par des policiers, est le théâtre de manifestations et de violences.

« Je suis le seul rempart entre le rêve américain et l’anarchie, la folie et le chaos » : si l’on se fie à ses déclarations de ces derniers jours, le 45e président de l’histoire devrait dresser le sombre tableau d’une Amérique sous la menace d’une présidence « socialiste ».

Et se saisir du dossier pour attaquer son adversaire démocrate.

« La semaine dernière, Joe Biden n’a pas dit un mot sur la violence et le chaos dans lesquelles plongent des villes à travers le pays », a lancé mercredi soir, en guise de prélude, le vice-président Mike Pence depuis Baltimore.

« Huile sur le feu »

Le candidat démocrate a par avance dénoncé ce qu’il estime être une exploitation cynique d’évènements tragiques de la part du président.

« Il voit cela à travers le prisme des bénéfices politiques qu’il peut en retirer », a-t-il affirmé sur MSNBC. « Il espère plus de violence, pas moins. Il met de l’huile sur le feu ».

Cette nouvelle mobilisation contre les violences policières et le racisme soulève cependant des questions délicates pour l’ancien sénateur.

Il devra trouver le ton juste, sur fond de pressions contradictoires venues de sa droite et de sa gauche au sein de son propre parti.

S’il a condamné les « violences inutiles », il a aussi exprimé sa solidarité avec les manifestants et dénoncé une nouvelle fois le « racisme généralisé » qui mine la société américaine.

Largement devancé dans les sondages nationaux, donné battu dans de nombreux États-clés, Donald Trump répète que les enquêtes d’opinion ne reflètent pas l’état d’esprit de l’Amérique et se dit convaincu qu’il créera la surprise, comme en 2016.

Sur les trois jours écoulés, la grand-messe républicaine a largement passé sous silence la pandémie qui a fait quelque 180 000 morts aux États-Unis.

Or les Américains n’apprécient guère la façon dont Donald Trump gère cette crise sanitaire sans précédent.

Selon la moyenne des sondages établie par le site FiveThirtyEight, 58,2 % désapprouvent sa réponse face à la pandémie (38,7 % approuvent).

Le sujet sera au cœur de l’intervention de Kamala Harris, colistière de Joe Biden, qui sera chargée de mener la contre-offensive côté démocrate. Elle s’exprimera quelques heures avant le discours de Donald Trump.

Le choix de la Maison-Blanche, bâtiment fédéral chargé en symboles, pour un discours éminemment politique, au service d’un seul parti, a fait grincer des dents.  

Mais l’ancien homme d’affaires de New York, qui a balayé d’un revers de manche les questions éthiques soulevées par ses détracteurs, est ravi de son choix.

« C’est un lieu où je me sens bien, c’est un lieu où le pays se sent bien ».  

Un feu d’artifice viendra clôturer cette soirée dont le président espère faire un tremplin vers la victoire.