(Milwaukee, Wisconsin) Bob Kunst a parcouru en voiture les 2000 km qui séparent Miami de Milwaukee afin de dire en personne aux démocrates ce qu’il pense d’eux.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Or, à son arrivée dans la plus grande ville de l’État du Wisconsin à la veille de la convention du Parti démocrate, il n’y a croisé sur les trottoirs aucun vendeur de macarons ou de t-shirts ornés des visages de Joe Biden et de Kamala Harris, aucun délégué coiffé de canotier dans un bar ou un restaurant, aucun politicien célèbre dans un lobby d’hôtel.

À quelques employés municipaux près, le centre-ville de Milwaukee était déserté.

Peu importe : l’homme de 78 ans au ventre rebondi a appuyé quatre affiches le long d’une barrière métallique qui entoure le Wisconsin Center, site des quelques activités de la convention qui se dérouleront localement de lundi à jeudi, dont les discours des élus de l’État.

PHOTO RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE

Bob Kunst, avec son affiche qualifiant le ticket démocrate à la présidentielle de « duo démoniaque »

Sur l’une des affiches, le ticket historique du Parti démocrate était qualifié de « duo démoniaque ».

« Je suis ici en tant que démocrate pour dire aux démocrates qu’ils ont permis au parti de tomber sous la coupe d’une frange extrémiste à un degré insensé », a déclaré Bob Kunst, qui a admis avoir voté pour Donald Trump en 2016.

Invité à donner un exemple des positions extrémistes du parti qui officialisera mercredi et jeudi les candidatures de Kamala Harris et de Joe Biden à la vice-présidence et à la présidence, il a répondu : « Commençons par le fait que les démocrates parlent du “virus de Trump” plutôt que du “virus de la Chine”. Nous avons déjà perdu plus de 168 000 Américains. Des millions d’autres sont au chômage. La menace est mondiale. C’est la Troisième Guerre. Et plutôt que de lutter contre le virus avec l’ensemble du pays, ils disent : “Non, tapons sur Trump pour la neuf millionième fois.” »

« Un geste désespéré »

Ce sera une drôle de convention. Ou du moins une convention sans précédent. Les orateurs s’adresseront aux Américains de façon virtuelle des quatre coins des États-Unis. Certains parleront en direct, y compris Joe et Jill Biden, de même que Kamala Harris, Barack Obama et Hillary Clinton. D’autres enregistreront leur discours, dont Michelle Obama et Bill Clinton.

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La convention démocrate se tiendra à partir d’aujourd’hui à Milwaukee, dans l’État du Wisconsin. 

D’autres encore ne prendront pas de risque. Ils enregistreront leur allocution, au cas où des problèmes techniques les empêcheraient de s’exécuter en direct. Bernie Sanders, qui doit prononcer lundi soir un discours depuis Burlington, au Vermont, tombe dans cette catégorie.

Le Parti démocrate avait choisi de tenir sa convention nationale au Wisconsin pour se faire pardonner l’erreur commise par Hillary Clinton en 2016.

La candidate démocrate n’avait pas mis les pieds une seule fois dans cet État clé du Midwest après avoir remporté l’investiture démocrate. Elle devait le perdre, à la grande surprise de son équipe, par 0,77 point de pourcentage.

La pandémie de coronavirus aura changé tous les plans des démocrates. Ils ont d’abord déménagé le site de la convention du Fiserv Forum, amphithéâtre sportif pouvant accueillir 18 000 personnes, au Wisconsin Center, endroit plus modeste. Puis ils ont fait une croix sur la présence des politiciens, délégués et invités de l’extérieur de l’État.

Au bout du compte, Donald Trump et Mike Pence seront les seuls élus de premier plan qui braveront le coronavirus cette semaine pour visiter le Wisconsin. Le président doit prononcer un discours lundi à Oshkosh, quelques heures avant le début de la convention démocrate. Le vice-président interviendra pour sa part mercredi à Darien pendant le discours de Kamala Harris.

« C’est un geste très désespéré, mais un geste désespéré qui mettra des vies en danger. C’est une des raisons pour lesquelles nous n’avons pas une convention en personne », a déclaré le lieutenant-gouverneur démocrate du Wisconsin Mandela Barnes lors d’une conférence téléphonique.

« Un cimetière »

En milieu d’après-midi dimanche, le centre-ville de Milwaukee a montré certains signes de vie. Une vingtaine de personnes, appartenant pour la plupart au troisième âge, se sont réunies dans un terrain de stationnement dominé par un panneau publicitaire sur lequel on pouvait lire « 3 % des dépenses militaires américaines pourraient mettre fin à la faim dans le monde ».

Laura Kukor-Shea se trouvait parmi ce groupe de manifestants pour la paix. Elle aurait bien aimé que les délégués, invités et journalistes de la convention démocrate se trouvent par milliers à Milwaukee pour lire cette semaine le message du panneau publicitaire.

« Mais je comprends la raison pour laquelle ce n’est pas possible, et je pense qu’il faut tout faire pour protéger la santé des gens », a dit la femme de 61 ans en tenant un drapeau orné du signe de la paix. « En fait, nous sommes plus déçus du fait que Bernie Sanders ne soit pas le candidat présidentiel du Parti démocrate. Je suis une partisane convaincue de Bernie. »

PHOTO RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE

Laura Kukor-Shea

Je crois que nous devons sortir Trump de la Maison-Blanche, mais je pense que Bernie aurait été le meilleur pour le faire. Il a les meilleures politiques et il milite pour la paix depuis toujours.

Laura Kukor-Shea

Non loin de là, Ahmed Yaffai, propriétaire d’un magasin d’alcool, se réjouissait de voir un peu de monde au centre-ville de Milwaukee un dimanche après-midi.

« Il y a trois mois, le centre-ville était un cimetière », a dit le commerçant de 49 ans, qui s’est installé à Milwaukee en 2005 après avoir vécu à Brooklyn pendant plusieurs années. « S’il n’y a pas de touristes dans le quartier, je suis mort. Je ne peux pas survivre seulement avec la clientèle locale. Cette semaine, j’aurai au moins la chance de voir un peu d’action. »

Le maire de Milwaukee, Tom Barrett, estime à 200 millions de dollars les pertes de revenus découlant de la décision de réduire l’empreinte locale de la convention démocrate. Reste à voir l’effet politique.