(Washington) Le gouvernement républicain de Donald Trump a annoncé mercredi l’envoi d’agents fédéraux dans trois nouvelles villes américaines, Cleveland, Detroit et Milwaukee, dirigées par des démocrates, pour les aider à endiguer une recrudescence de la criminalité.  

Agence France-Presse

« Ces trois villes connaissent une hausse troublante des crimes violents, particulièrement des homicides », a justifié dans un communiqué le ministre de la Justice Bill Barr, très critiqué par l’opposition pour avoir dépêché des policiers fédéraux à Portland, en Oregon, où ces agents s’opposent chaque nuit à des manifestants antiracistes.

PHOTO MANDEL NGAN, AFP

Bill Barr

En parallèle de cette intervention controversée à Portland, l’administration républicaine a lancé une opération dans plusieurs villes démocrates sujettes à une hausse des violences par armes à feu, Kansas City, Chicago ou Albuquerque.

Celle-ci va être étendue aux trois grandes villes industrielles de la région des Grands Lacs, où une centaine d’agents seront dépêchés dans les semaines à venir, selon le ministère, qui déplore une hausse des homicides de 13 % à Cleveland, 31 % à Detroit et 85 % à Milwaukee depuis le début de l’année.

Les élus de ces villes ont déjà exprimé leurs réserves face à ces déploiements qui interviennent alors que Donald Trump, en lice pour sa réélection le 3 novembre, se pose en candidat de « la loi et de l’ordre ».

« La conduite récente des agents fédéraux à Portland, dans l’Oregon, a causé de graves inquiétudes à Milwaukee et dans le Wisconsin au sujet du but et de l’étendue d’une mission des forces de l’ordre fédérales dans notre ville et notre État », ont notamment écrit mardi par anticipation des élus démocrates locaux au procureur fédéral de la circonscription.

Les agents fédéraux déployés à Portland vont entamer leur retrait jeudi

Le gouvernement de Donald Trump a accepté de retirer progressivement, à partir du 30 juillet, les agents fédéraux déployés à Portland, a déclaré mercredi la gouverneure démocrate de l’État de l’Oregon, Kate Brown.

« Après des discussions avec le vice-président et des responsables de l’administration, le gouvernement fédéral a accepté ma demande et va commencer à retirer ses agents », a écrit dans un communiqué Mme Brown.

Le ministre de la Sécurité intérieure par intérim, Chad Wolf, a de son côté souligné dans un communiqué que ses services « continueraient à maintenir notre personnel de maintien de l’ordre supplémentaire à Portland jusqu’à ce que nous soyons sûrs » que le tribunal et autres sites fédéraux « ne seront plus attaqués ».

« Cela a constitué notre mission et notre objectif depuis que ces activités violentes, criminelles, ont commencé », affirme-t-il.

Depuis l’arrivée de ces policiers début juillet, les manifestations antiracistes organisées depuis deux mois dans cette grande ville du nord-ouest se sont beaucoup tendues et des heurts ont eu lieu chaque nuit aux abords du tribunal fédéral. Mardi encore, le ministre de la Justice Bill Barr justifiait cette intervention destinée selon lui à mettre un terme à des « émeutes », brossant un tableau apocalyptique de la situation.

La gouverneure Kate Brown a une interprétation des faits radicalement différente : « Ces policiers fédéraux ont agi comme une force d’occupation, ont refusé de rendre des comptes et ont apporté la violence et le conflit dans notre ville », accuse-t-elle.

La mort de George Floyd, quadragénaire noir asphyxié le 25 mai à Minneapolis par un policier blanc, a déclenché dans tous les États-Unis d’énormes manifestations antiracistes. La mobilisation s’est considérablement affaiblie, mais des poches de contestation ont persisté, notamment à Portland, une ville nettement marquée à gauche et avec une forte histoire contestataire.

Le déploiement d’agents fédéraux, parfois issus des douanes ou de la police aux frontières et arborant toute une panoplie militaire, a eu pour effet de durcir le mouvement à Portland.