Douglas se dirige vers l’archipel d’Hawaii. Gonzalo menace les Caraïbes et pourrait poursuivre sa course dans le golfe du Mexique. Hanna pourrait frapper le Texas. Ces phénomènes météorologiques menacent de prendre de l’ampleur au cours des prochains jours. L’organisation de l’aide aux sinistrés, en pleine COVID-19, est un véritable casse-tête aux États-Unis, où les cas actifs sont encore nombreux.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Je suis très inquiet. Je suis très impressionné par ce que font les responsables de la prévention des désastres, mais il y a une limite à ce qui peut être fait », a expliqué au téléphone le directeur sortant du National Center for Disaster Preparedness de l’Université Columbia, à New York, Jeffrey Schlegelmilch.

Le Centre national des ouragans, aux États-Unis, a prévu une saison plus occupée que la moyenne. Elle s’annonce aussi particulièrement hâtive. La tempête tropicale Gonzalo pourrait devenir le premier ouragan de la saison, côté atlantique. Ces phénomènes météorologiques sont nommés en ordre alphabétique et la lettre G est habituellement utilisée à la mi-septembre, moment où survient en moyenne la septième tempête tropicale.

Une dépression tropicale au large du Texas, pour l’instant désignée comme « Huit », pourrait devenir Hanna si elle prend encore de l’ampleur, entraînant des pluies torrentielles et de possibles inondations. Le record de précocité pour la lettre H est détenu par Harvey, le 3 août 2005.

Défis de la COVID-19

Si tous les ouragans n’ont pas les mêmes répercussions et ne mènent pas tous à des évacuations, les Américains regardent d’un œil inquiet les prévisions. Des États comme la Floride, la Louisiane et le Texas, où le nombre des cas de COVID-19 continue de grimper, sont aussi ceux qui risquent le plus de subir les contrecoups des intempéries.

PHOTO FOURNIE PAR JEFFREY SCHLEGELMILCH

Jeffrey Schlegelmilch, directeur sortant du National Center for Disaster Preparedness de l’Université Columbia, à New York

Habituellement, nous avons une façon de faire des évacuations massives et de reloger les gens. Cette année, ce sont des conditions horribles, avec un virus respiratoire qui se transmet facilement.

Jeffrey Schlegelmilch, directeur sortant du National Center for Disaster Preparedness de l’Université Columbia, à New York

D’après les discussions qu’il a eues avec d’autres personnes du milieu, les responsables tenteront d’évacuer des régions plus ciblées, pour déplacer le moins de gens possible — avec les risques d’erreur que cela comporte aussi, a-t-il précisé. Il faudra également évaluer comment transporter des personnes chez qui on a diagnostiqué la COVID-19 sans contaminer les autres.

La Croix-Rouge américaine n’a pas pu répondre aux questions de La Presse, mais a assuré, dans un message envoyé par courriel, que « de nouveaux protocoles [avaient] été créés pour garder tout le monde en sécurité dans cet environnement ». L’organisme a aussi noté qu’il privilégierait les chambres individuelles ou en dortoir, plutôt que les refuges, pour héberger les sinistrés.

Si ces options ne sont pas accessibles, la Croix-Rouge « travaillera avec les autorités sanitaires publiques pour mettre sur pied un processus d’évaluation [de la COVID-19] pour chaque personne entrant dans le refuge », en plus d’offrir des masques et d’assurer la distanciation des lits.

Il n’a pas été possible de savoir si la Croix-Rouge comptait assez de bénévoles dans ses rangs pour répondre aux besoins.

Personnel

Dans un texte publié dimanche par le Daily Beast, Kris Alexander, présenté comme un vétéran ayant travaillé sur ce type de planification, avançait que la majorité des bénévoles d’organismes pour l’aide aux sinistrés avaient plus de 60 ans, ce qui les rend plus vulnérables au coronavirus. Le personnel médical militaire était quant à lui mobilisé au pays dans différents hôpitaux ou cliniques, a-t-il écrit.

La question du personnel inquiétait également M. Schlegelmilch, compte tenu des restrictions de déplacements, des personnes déjà requises par les soins aux malades de la COVID-19 et par le nombre supplémentaire qu’implique la distanciation. « Si les gens doivent être transportés en autocar, par exemple, pour maintenir la distanciation, il va falloir deux fois plus d’autocars, a-t-il illustré. Ça veut aussi dire deux fois plus de chauffeurs… »

M. Schlegelmilch espérait que ses compatriotes verraient, au-delà des divisions d’allégeances politiques, la nécessité de suivre les directives de la Santé publique. « J’espère que nous ne nous mettons pas nous-mêmes dans une situation qui rendra nos vies plus difficiles qu’elles ne doivent l’être », a-t-il dit.