La tension est de nouveau montée d’un cran mercredi entre la Chine et les États-Unis, qui ont suscité l’indignation de Pékin en ordonnant la fermeture d’ici vendredi du consulat à Houston, au Texas.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Le département d’État a indiqué que cette décision inusitée visait à protéger « la propriété intellectuelle américaine et les informations privées des Américains ».

Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, en visite au Danemark, a souligné que les États-Unis ne permettraient pas que la Chine continue de s’adonner à des pratiques d’espionnage.

PHOTO THIBAULT SAVARY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, en rencontre avec la première ministre du Danemark, Mette Frederiksen

« Nous sommes en train de définir très clairement comment le Parti communiste chinois doit se comporter. Si [les autorités] ne s’y conforment pas, nous allons agir pour protéger les Américains, la sécurité nationale, l’économie et les emplois », a-t-il déclaré sans évoquer pourquoi le consulat de Houston était visé.

Un « vaste réseau d’espions »

Le gouvernement a parallèlement mis en ligne mercredi sur Twitter une vidéo accusant la Chine de vouloir profiter « des valeurs et de l’ouverture américaines » pour s’approprier des technologies nécessaires à l’édification d’une armée « de classe mondiale ».

Le département de la Justice avait annoncé mardi l’inculpation de deux pirates informatiques liés au ministère de la Sécurité d’État de Chine qui auraient volé des secrets industriels valant plusieurs centaines de millions de dollars sur une période de plusieurs années.

Le sénateur républicain Marco Rubio a assuré sur Twitter que le consulat visé était au cœur d’un « vaste réseau d’espions » opérant sur le sol américain et n’avait rien d’un établissement diplomatique.

Les pompiers de Houston s’étaient rendus sur place mardi après que des personnes avaient vu des employés brûlant des documents dans l’arrière-cour. Ils ont constaté la présence de fumée, mais n’ont pu entrer dans le bâtiment.

PHOTO MARK MULLIGAN, ASSOCIATED PRESS

Intervention des pompiers au consulat de Chine, à Houston, mardi

La colère de la Chine

Le gouvernement chinois a réagi avec colère mercredi aux allégations d’espionnage et à la demande de fermeture du consulat à Houston, soutenant qu’il s’agissait d’un geste « sans précédent » visant « outrageusement » à exacerber les tensions entre les deux pays.

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Chine cité par les médias d’État a prévenu que des mesures de rétorsion suivraient si Washington ne revenait pas sur sa décision.

Le Global Times, qui joue le rôle de porte-voix du gouvernement, a lancé une consultation en ligne auprès de ses lecteurs pour savoir quel consulat des États-Unis en Chine devrait être visé en mesure de représailles.

Le quotidien, citant « des personnes bien au fait du dossier », a assuré que les États-Unis « n’avaient absolument aucune excuse valable » pour exiger la fermeture du consulat à Houston.

Une geste diplomatique « très grave »

Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine, a indiqué mercredi que l’ordre de fermeture représentait « un geste très grave » sur le plan diplomatique et entraînerait certainement une réponse conséquente de Pékin.

« Les Américains semblent exaspérés, bien qu’il soit connu que des espions opèrent à partir des consulats et des ambassades chinoises », souligne M. Saint-Jacques.

« Leur décision signifie maintenant que tout est permis, alors que tout le monde à ce stade devrait se dire qu’il vaut mieux se calmer », ajoute-t-il.

De nombreux points de friction

La décision relative au consulat à Houston survient alors que les points de friction entre les deux pays se multiplient.

En début de semaine, le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, a annoncé des mesures visant une dizaine de firmes chinoises afin d’empêcher que des technologies américaines puissent être utilisées au Xinjiang dans le cadre de ce qu’il estime être une « répugnante offensive » contre la population ouïghoure.

Plusieurs pays occidentaux, ainsi que des organisations de défense des droits de la personne, accusent Pékin de détenir de manière arbitraire dans des camps plus d’un million de membres de cette minorité musulmane.

Dans un avis rendu public mercredi, un groupe de juristes britanniques a indiqué que les pays occidentaux avaient la responsabilité légale de dénoncer les exactions du régime chinois dans la région.

Washington et Pékin s’affrontent aussi relativement à l’introduction à Hong Kong d’une nouvelle loi sur la sécurité nationale jugée liberticide par les opposants au régime.

Le rôle de la Chine dans la pandémie de COVID-19, qui fait des ravages aux États-Unis, continue par ailleurs de faire débat, le président Donald Trump s’obstinant à parler du « virus chinois ».