(Washington) Le rappeur américain Kanye West, qui a tenu des propos confus lors d’une réunion pour sa candidature à la Maison-Blanche, a publiquement dit qu’il avait des troubles bipolaires. Qu’est-ce que la maladie bipolaire ?

Issam AHMED
Agence France-Presse

Kanye West a révélé son propre diagnostic en 2018 dans son album « Ye », et il a confié l’an dernier que la maladie provoquait chez lui des épisodes de délires paranoïaques. Il s’est déclaré candidat à la présidentielle américaine de novembre, et a tenu dimanche une première réunion publique confuse mêlant propos sur les armes, la foi, l’esclavage et l’avortement, pendant laquelle il a fondu en larmes.  

Les troubles bipolaires se caractérisent par une alternance de phases maniaques, quand les patients sont dans un état d’excitation psychique élevé et se sentent exaltés, pensent et parlent vite, et de phases dépressives.

« Ils peuvent presque oublier toute inhibition, au point de par exemple dépenser toutes leurs économies en un jour », dit à l’AFP Andrew Nierenberg, professeur de psychiatrie à Harvard. « Ils peuvent commettre de grandes erreurs de jugement qu’ils ne feraient pas ordinairement, aux niveaux sexuel, relationnel ou professionnel ».

Dans la phase dépressive, à l’inverse, les personnes bipolaires ne trouvent plus de plaisir dans leurs activités habituelles et sont dans un état de souffrance.

Jusqu’à 3 % de la population pourrait avoir la maladie, ce qui la rend plus fréquente que la schizophrénie, mais plus rare que la dépression.

Il existe une grande variété de symptômes parmi les patients, explique Timothy Sullivan, chef du service de psychiatrie du Staten Island University Hospital. Certains sont plus dépressifs que maniaques, pour d’autres c’est l’inverse.

C’est ce qui explique en partie que les diagnostics arrivent tardivement, souvent après six ans ou plus, notamment chez des personnes souffrant de dépression.

Facteurs de risque

La bipolarité est « l’une des maladies mentales les plus susceptibles d’être héritées », dit Katherine Burdick, psychologue à Harvard et au Brigham and Women’s Hospital.

Quand l’un des parents est diagnostiqué, le risque est entre 10 et 20 %, dit-elle.

Les scientifiques cherchent les gènes responsables et tentent de comprendre comment ils peuvent affecter la partie du cerveau gérant les émotions.

D’autres s’intéressent à d’éventuels facteurs environnementaux. Beaucoup de patients, mais pas tous, « ont subi des traumatismes d’enfance, des abus et de la négligence », dit Katherine Burdick.

La toxicomanie est un autre facteur de risque.

Traitements

Le traitement standard se compose de médicaments qui régulent l’humeur, le meilleur étant le lithium, utilisé depuis les années 1940.

Récemment, les experts se sont intéressés au rôle joué par l’interruption des « rythmes sociaux » des personnes. Par exemple, la mort d’un animal domestique peut déclencher un cycle maniaco-dépressif, mais les scientifiques se sont aperçus que ce n’était pas seulement le deuil qui affectait les malades.

« Non seulement la personne a souffert psychologiquement de la perte, mais auparavant ils promenaient le chien, ils faisaient du sport avec, le chien les faisait se lever tôt et leur procurait des interactions sociales », dit Timothy Sullivan.

La plus grande susceptibilité des personnes bipolaires aux perturbations sociales peut les rendre plus vulnérables pendant la pandémie et le confinement. C’est le cas d’une ancienne patiente du docteur Sullivan, qui l’a contacté pendant la pandémie après 10 ans de stabilité.

Lien créatif ?

Les artistes sont surreprésentés parmi les personnes ayant des troubles bipolaires, un sujet décrit dans le livre « Touched with Fire ». Le peintre Vincent Van Gogh a peut-être eu la maladie.

« Les gens créatifs se distinguent par une façon très spéciale de penser, qui passe par des expériences émotionnelles intenses », dit Timothy Sullivan. « Il est possible que cette sensibilité implique les systèmes régulateurs du cerveau, ce qui les rend plus vulnérables aux troubles de l’humeur ».

Certains patients voient leurs troubles comme un atout, même si cela peut coûter aux proches.

Dans une expérience, des chercheurs ont demandé à des patients ayant diverses maladies s’ils aimeraient pouvoir faire disparaître la leur en appuyant sur un bouton, raconte Katherine Burdick.

Résultat : « le seul groupe de patients qui en majorité n’appuie pas sur le bouton est le groupe des patients bipolaires ».

Kanye West en a d’ailleurs parlé comme de son « superpouvoir ».