Après Portland, d’autres métropoles américaines sont dans la ligne de mire du président. Des villes qui sont toutes sous contrôle de démocrates.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Donald Trump a annoncé lundi qu’il entendait envoyer des agents fédéraux en renfort dans plusieurs villes aux prises avec des problèmes d’insécurité. Il a précisé que des agglomérations comme Chicago, New York, Detroit, Oakland et Baltimore chapeautées par des élus « démocrates » pourraient être ciblées en priorité.

Le président s’est réjoui des résultats obtenus avec cette approche à Portland, en Oregon, faisant peu de cas de l’indignation d’élus locaux qui accusent les agents envoyés récemment par Washington de se comporter comme une « armée d’occupation ».

PHOTO JIM WATSON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président Donald Trump

Les politiciens opposés à cette décision « sont faibles » et « ils ont peur » des gens qui manifestent, a déclaré M. Trump, qualifiant les protestataires d’« anarchistes ».

« On ne va pas laisser tomber New York, Chicago, Philadelphie, Detroit et Baltimore », a-t-il déclaré, accusant leurs dirigeants d’être issus de la « gauche radicale ». « Si Joe Biden devait être élu, […] tout le pays irait en enfer. »

Le secrétaire adjoint à la Sécurité intérieure, Kenneth Cuccinelli, avait déclaré, dimanche, que l’administration n’avait « aucune intention » pour l’heure de retirer les agents envoyés à Portland pour favoriser le retour au calme dans la foulée des manifestations liées au mouvement Black Lives Matter.

Les agents en question, a expliqué M. Cuccinelli, proviennent d’unités de déploiement rapide ayant été constituées pour renforcer la protection de bâtiments et de monuments sous juridiction fédérale, à la demande du président Trump. Ils proviennent notamment des services d’immigration et de contrôle des frontières.

Controverse à Portland

Leur action à Portland a été largement médiatisée aux États-Unis, la semaine dernière, après que des manifestants se sont plaints d’avoir été appréhendés par des agents non identifiés circulant à bord de véhicules banalisés.

  • Des agents fédéraux déployés à Portland

    PHOTO NATHAN HOWARD, REUTERS

    Des agents fédéraux déployés à Portland

  • Des agents fédéraux déployés à Portland

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    Des agents fédéraux déployés à Portland

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Un militant de 29 ans, Mark Pettibone, a raconté à la radio locale qu’il avait été « terrorisé » lorsque des hommes en treillis militaire ne portant aucune identification apparente l’ont arrêté sur la rue et l’ont emporté en camionnette sans lui signifier pourquoi. Il a subséquemment été détenu quelques heures dans un palais de justice de juridiction fédérale et relâché sans autre formalité.

D’autres interventions de nature similaire ont été relevées, suscitant la colère de plusieurs élus, dont le maire de Portland, Ted Wheeler, qui assimile les forces fédérales à « l’armée personnelle de Trump ».

PHOTO NATALIE BEHRING, AFP

Le maire de Portland, Ted Wheeler

« Leur présence n’est pas souhaitée et n’aide pas à améliorer la situation », a relevé le dirigeant de la ville, qui fait face à des manifestations quotidiennes depuis près de deux mois.

Affrontements devant le palais de justice

Plusieurs affrontements ont eu lieu devant le palais de justice fédéral, qui a été la cible de nombreux actes de vandalisme.

Il y a 10 jours, un militant de 26 ans qui se tenait non loin de l’immeuble a été frappé au visage avec une balle « non létale » tirée par un agent fédéral, subissant de graves blessures.

Cet incident ainsi que l’arrestation de Mark Pettibone sont évoqués dans une poursuite annoncée vendredi par la Procureure générale de l’État, Ellen Rosenblum, qui reproche au gouvernement fédéral « d’outrepasser ses pouvoirs en blessant ou en menaçant des manifestants pacifiques » dans les rues de Portland.

  • Des mères ont formé un cordon, le week-end dernier, entre les manifestants et les forces de l’ordre à Portland, scandant « Feds stay clear, moms are here ! », qu’on pourrait traduire par « Agents fédéraux, restez à l’écart, les mères sont là ! »

    PHOTO NOAH BERGER, AP

    Des mères ont formé un cordon, le week-end dernier, entre les manifestants et les forces de l’ordre à Portland, scandant « Feds stay clear, moms are here ! », qu’on pourrait traduire par « Agents fédéraux, restez à l’écart, les mères sont là ! »

  • Des mères ont formé un cordon, le week-end dernier, entre les manifestants et les forces de l’ordre à Portland, scandant « Feds stay clear, moms are here ! », qu’on pourrait traduire par « Agents fédéraux, restez à l’écart, les mères sont là ! »

    PHOTO CAITLIN OCHS, REUTERS

    Des mères ont formé un cordon, le week-end dernier, entre les manifestants et les forces de l’ordre à Portland, scandant « Feds stay clear, moms are here ! », qu’on pourrait traduire par « Agents fédéraux, restez à l’écart, les mères sont là ! »

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La section locale de l’American Civil Liberties Union a également saisi les tribunaux afin de forcer les agents fédéraux à ne pas s’en prendre aux journalistes et aux observateurs légaux qui surveillent leurs actions.

L’organisation rapporte notamment qu’un journaliste a été touché par une dizaine de balles de caoutchouc alors qu’il avait pris soin de s’éloigner suivant une mise en garde donnée à des manifestants.

Rafael Jacob, spécialiste des États-Unis rattaché à la chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, note que le gouvernement fédéral a le droit de déployer des agents dans les circonstances actuelles afin de protéger ses infrastructures et de contrer des crimes de juridiction fédérale.

Les tribunaux pourraient cependant conclure que les méthodes utilisées pour parvenir à ces fins sont illégales, relève l’analyste.

Le caractère politique de l’initiative de la Maison-Blanche ne doit pas être négligé, dit-il, puisque le président américain fait depuis longtemps campagne sur des questions « de loi et d’ordre ».

La cheffe démocrate Nancy Pelosi a déclaré que sa formation n’accepterait pas que les résidants de l’Oregon soient utilisés pour « les jeux politiques de Trump ».