(New York) Jusque-là, elle avait offert une image de flegme et de politesse toute britannique, apparaissant à l’écran depuis une petite salle de la prison fédérale de Brooklyn, où elle est détenue depuis le 6 juillet.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Non coupable, votre honneur », a-t-elle répondu lorsque la juge lui a demandé comment elle entendait plaider aux six chefs d’accusation qui pèsent sur elle depuis son arrestation au New Hampshire, le 2 juillet.

Cheveux tirés en arrière et vêtue d’un chandail à col rond brun, elle n’a même pas bronché en entendant une victime présumée la décrire comme « une prédatrice sexuelle » qui « n’a jamais manifesté aucun remords pour ses crimes haineux ».

Mais Ghislaine Maxwell, accusée d’avoir recruté des mineures pour le criminel sexuel Jeffrey Epstein, a baissé la tête à plusieurs reprises et essuyé des larmes du revers de son index gauche pendant que la juge expliquait son refus de la libérer sous caution en attendant son procès.

« Le tribunal estime que le gouvernement s’est acquitté de sa charge de démontrer par une prépondérance de preuves que l’accusée risque de fuir et qu’aucune combinaison de conditions ne pourrait garantir sa présence au procès », a déclaré la juge Alison Nathan, dont l’image était également projetée sur un grand écran.

« Mme Maxwell présente un risque réel et important de fuite », a-t-elle ajouté en évoquant les ressources financières de l’ancienne collaboratrice d’Epstein, ses trois passeports et une habileté démontrée de se fondre dans la nature.

PHOTO ARCHIVES REUTERS

Ghislaine Maxwell, en 2013

Coronavirus oblige, les journalistes, assis sur des chaises distancées à deux mètres, ont suivi cette audience virtuelle sur des écrans installés dans deux salles du tribunal fédéral de Manhattan. Avant de les y admettre, les responsables de la sécurité avaient pris leur température.

Pas de collaboration

En plaidant non coupable, Ghislaine Maxwell, 58 ans, a rejeté d’emblée toute collaboration avec la justice américaine. Ses avocats avaient demandé à la juge Nathan de permettre à leur cliente de rester dans un hôtel de luxe de Manhattan en attendant son procès, moyennant une caution de 5 millions de dollars et la remise de ses trois passeports – américain, britannique et français –, entre autres.

Le maintien de sa détention jusqu’à son procès, dont le début a été fixé au 12 juillet 2021, pourrait inciter la fille de l’ex-magnat des médias britannique Robert Maxwell à changer d’idée. Chose certaine, son ancien compagnon n’avait pas survécu à une telle épreuve. Cinq semaines après son arrestation et son inculpation pour trafic de mineures, Jeffrey Epstein avait été retrouvé sans vie dans la cellule de la prison fédérale de Manhattan, où il était détenu en attendant son procès. Le médecin légiste de New York avait conclu à un suicide par pendaison.

Ghislaine Maxwell a notamment été inculpée de trafic de mineures, d’incitation à la prostitution, sur une période allant de 1994 à 1997, et d’avoir menti sous serment en 2016 dans le cadre d’une procédure civile. Elle est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de 35 ans.

Annie Farmer, qui a accusé Maxwell d’être une « prédatrice sexuelle » et d’avoir abusé d’elle avec Epstein dans un ranch du Nouveau-Mexique alors qu’elle avait 16 ans, a lu sa déclaration pendant l’audience sans toutefois dévoiler son visage. Une autre victime présumée, qui s’est présentée sous le pseudonyme Jane Doe, a fait lire sa déclaration par la procureure fédérale Alison Moe.

« Sans Ghislaine, Jeffrey n’aurait pas pu faire ce qu’il a fait », a déclaré Jane Doe, qui a dit avoir rencontré la présumée rabatteuse d’Epstein alors qu’elle avait 14 ans.

« Pas un monstre »

Mark Cohen, l’avocat de Ghislaine Maxwell, avait tenté en vain de convaincre la juge Nathan qu’il était « irréaliste » de maintenir sa cliente en détention en plein cœur d’une pandémie, et ce, jusqu’en juillet 2021.

Il avait également fait valoir qu’il était erroné de prétendre que Maxwell représentait un risque de fuite puisqu’elle était restée aux États-Unis après l’arrestation et l’inculpation d’Epstein, il y a un an.

« Notre cliente n’est pas Epstein. Elle n’est pas le monstre que décrivent le gouvernement et les médias », a-t-il dit.

À l’extérieur du tribunal, Katelyn Kopenhaver, artiste de 27 ans, s’est réjouie de la première défaite de Mark Cohen et de sa cliente. Elle se tenait au côté de sa plus récente installation, sur laquelle on pouvait lire « Epstein est le pire type de virus ».

PHOTO BEBETO MATTHEWS, ASSOCIATED PRESS

Katelyn Kopenhaver, artiste de 27 ans, s’est réjouie de la première défaite de Ghislaine Maxwell.

« C’est fantastique ! s’est-elle exclamée. Si elle avait été libérée sous caution, elle aurait pris la fuite. Il n’y a aucun doute là-dessus. »

Jennifer Araoz, qui a déjà affirmé avoir été recrutée à 14 ans par Ghislaine Maxwell et violée à 15 ans par Jeffrey Epstein, a également salué la décision de la juge Nathan de maintenir en détention l’amie de nombreux hommes puissants, dont le prince Andrew.

« Je suis de nouveau capable de respirer en sachant que Ghislaine Maxwell sera en prison au moins jusqu’à son procès en juillet prochain », a-t-elle dit par communiqué. « Sachant qu’elle est incarcérée pour l’avenir prévisible me permet […] de croire que nous sommes sur la bonne voie. »