(Dunmore et Washington) En promettant 700 milliards de dollars pour relancer l’économie américaine, Joe Biden a présenté jeudi un ambitieux plan de relance de la production américaine après la crise du coronavirus, qui défie le programme économique de Donald Trump, son adversaire à la présidentielle du 3 novembre.

Timothy CLARY et Cyril JULIEN
Agence France-Presse

L’ex-vice-président américain, en tête dans les sondages nationaux, a voulu marquer un grand coup pour relancer sa campagne bouleversée depuis plus de trois mois par l’épidémie dans un secteur, l’économie, où il est à la traîne face au milliardaire républicain.

Son plan, baptisé « Reconstruire mieux » (Build Back Better), est « audacieux, pratique et concentré sur la construction d’une économie du futur » qui sera « faite en Amérique, entièrement en Amérique », a-t-il affirmé après la visite d’une usine à Dunmore, petite ville de Pennsylvanie d’où est originaire son père.  

Cet État clé du nord-est fait partie de la « Ceinture de la rouille », ces régions frappées par la désindustrialisation et le chômage qui s’étaient offertes à Donald Trump en 2016.

Ce programme prévoit de retrouver les emplois effacés par la crise de la COVID-19 qui a décimé l’économie américaine comptant fin juin 18 millions de chômeurs, et de créer plus de cinq millions d’emplois supplémentaires grâce à des investissements publics massifs sur quatre ans.

400 milliards de dollars seront ainsi alloués « pour acheter des produits et du matériel dont notre pays a besoin pour moderniser les infrastructures, reconstituer nos stocks et améliorer notre sécurité », a-t-il dit. 300 autres milliards iront à la Recherche et au développement (R et D), ainsi que dans les innovations technologiques comme les énergies renouvelables et les véhicules électriques.

« Les Chinois dépensent des milliards de dollars pour tenter de s’approprier la technologie du futur, nous restons là les bras croisés », a-t-il affirmé.

L’argent du gouvernement « sera utilisé pour acheter des produits américains et soutenir les emplois américains », a assuré Joe Biden, devant une assistance clairsemée, distanciation physique oblige.

« Renverser les priorités »

Il a aussi promis une indépendance accrue face aux fournisseurs étrangers, une aide aux petites entreprises, notamment celles tenues par les minorités raciales, une plus grande liberté pour les salariés d’adhérer à un syndicat et une hausse du salaire horaire pour les travailleurs jugés « essentiels » pendant la pandémie.

« Cela ne suffit pas de les saluer, il faut les payer », a-t-il lancé.

« Je n’accepte pas la vue défaitiste selon laquelle les forces d’automatisation et de mondialisation nous rendent incapables de garder des emplois bien payés aux États-Unis et d’en créer plus », a aussi affirmé l’ancien bras droit de Barack Obama, populaire dans l’électorat ouvrier et qui a le soutien de plusieurs organisations syndicales.

Pour financer son projet et « ne pas encourager » les entreprises à délocaliser, il a notamment annoncé le doublement de la taxe sur les bénéfices des sociétés à l’étranger.

Relocalisations, priorité à la production nationale, protection contre les pratiques commerciales « injustes » pour l’Amérique, M. Biden a repris certains des arguments économiques sur lesquels Donald Trump avait bâti sa victoire en 2016.  

Mais l’ex-magnat de l’immobilier « est la mauvaise personne pour diriger le pays », a affirmé Joe Biden, fustigeant l’« incompétence » du gouvernement face aux trois crises majeures actuelles : la pandémie qui a fait plus de 133 000 morts, la crise économique qui a suivi et la « blessure profonde du racisme systémique » dans le pays.

« Un tiers » du plan d’aide financière massif adopté par le Congrès au printemps « est allé aux grandes entreprises, ce sont les grandes gagnantes », a affirmé le démocrate. « Il est temps de renverser les priorités et d’aider les petites entreprises », notamment détenues par les minorités.

La solution aux inégalités raciales « n’est pas juste une question de réforme policière », a-t-il dit en écho au mouvement de colère national contre les violences policières. « Nous devons avoir un programme pour refermer le fossé de la richesse ».

L’équipe de campagne de Donald Trump a dénoncé le plan Biden, estimant qu’il allait « annuler tous les gains que nous avons générés ensemble et nous plonger dans une catastrophe économique ».