Loin de Washington pour un soir, Donald Trump a vanté vendredi une Amérique « exceptionnelle » dans le cadre majestueux du mont Rushmore, sans s’attarder sur les chiffres alarmants de la COVID-19 dans un pays inquiet qu’il peine à rassembler.

Jérôme CARTILLIER
Agence France-Presse

Très critiqué pour sa gestion de la pandémie, le président américain s’est offert, à la veille de la fête nationale du 4 juillet, une soirée de feu d’artifice et un discours au ton très dur en terrain conquis.

Le tempétueux milliardaire s’est exprimé sous le regard de quatre de ses lointains prédécesseurs, taillés dans le granit, dont il a longuement fait l’éloge : George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln.

Devant une foule scandant « Quatre ans de plus », dans laquelle les masques étaient rares, il s’est posé, à quatre mois de l’élection présidentielle, en défenseur de l’« intégrité » de son pays.

« Nous allons dire la vérité telle qu’elle est, sans nous excuser : les États-Unis d’Amérique sont le pays le plus juste et le plus exceptionnel ayant jamais existé sur Terre », a-t-il lancé.

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Des partisans de Donald Trump attendaient son arrivée le long d’une route, vendredi à Keystone.

En plein débat sur les symboles de l’histoire du pays, et alors que des statues de généraux confédérés ont été jetées à terre par des manifestants antiracistes, il a dénoncé « une campagne visant à effacer notre histoire, diffamer nos héros, supprimer nos valeurs et endoctriner nos enfants ».

Mais « les Américains sont forts et fiers », a-t-il lancé.

Résurgence record

Le milliardaire, qui laisse son vice-président Mike Pence en première ligne face au spectaculaire rebond de l’épidémie, n’a pas caché son enthousiasme pour cet évènement auquel des milliers de personnes ont assisté dans une ambiance estivale, sous un ciel sans nuages.

Mais il n’a que très brièvement évoqué la résurgence de cas de COVID-19 dans le sud et l’ouest qui « met tout le pays en danger », selon les termes d’Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses.

En mauvaise posture dans les sondages, Donald Trump s’en tient depuis plusieurs jours à un seul message : la crise du coronavirus est « gérée », l’économie américaine repart « plus fort et plus vite » que prévu et l’année 2021 sera « historique ».

Pourtant, dans un contraste saisissant avec l’Europe, des records de contaminations sont battus quotidiennement aux États-Unis.  

Quelques minutes avant l’arrivée d’Air Force One, l’Université Johns Hopkins, qui fait autorité, a annoncé que les États-Unis avaient enregistré vendredi 57 683 nouvelles infections dues au coronavirus en 24 heures.

Nombre d’États ont dû mettre le déconfinement sur pause, voire faire machine arrière, refermant à la hâte bars et plages.  

Au début de ce long week-end férié, l’ancien président démocrate Barack Obama a, lui, appelé à un sursaut. « Vaincre ce virus demandera la mobilisation de tous. Portez un masque. Lavez-vous les mains », a-t-il tweeté. « Et écoutez les experts, pas ceux qui essaient de nous diviser. »

« Pas de distanciation sociale »

Le locataire de la Maison-Blanche, qui était accompagné de son épouse Melania Trump, savait pouvoir compter sur un accueil chaleureux dans le Dakota du Sud, État peu peuplé qu’il a remporté en 2016 avec plus de 60 % des voix.

Et la gouverneure républicaine Kristi Noem avait indiqué par avance qu’elle n’entendait pas gâcher la fête.

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Un militant et membre d’une tribu de la région portait une casquette « L’Amérique n’a jamais été grande » lors d’une manifestation contre la soirée organisée au mont Rushmore.

« Nous avons dit à ceux qui sont inquiets qu’ils peuvent rester chez eux », avait-elle expliqué. « Pour ceux qui veulent se joindre à nous, nous distribuerons des masques gratuits, s’ils décident d’en porter un. Mais il n’y aura pas de distanciation sociale. »

Des représentants de tribus sioux ont manifesté pour protester contre l’organisation de cette soirée dans ces montagnes des Black Hills – où les têtes ont été sculptées de 1927 à 1941 – qu’ils considèrent comme sacrées.

Donald Trump parle lui depuis longtemps de sa fascination pour le mont Rushmore. En 2017, il avait même évoqué, en plaisantant, la possibilité que son visage y soit ajouté un jour. Au-delà de toute considération politique, il est cependant peu probable que cela arrive.

« De temps en temps, des individus ou des organisations proposent d’ajouter de nouveaux bustes […], mais cela n’est pas possible », explique à l’AFP Dana Soehn, porte-parole de ce parc national.

« La roche qui se trouve autour des visages [des présidents] ne permet pas de sculpture supplémentaire », explique-t-elle, rappelant par ailleurs que le sculpteur, Gutzon Borglum, voulait représenter les idéaux des 150 premières années de l’histoire américaine – naissance, croissance, développement, préservation – et que son œuvre était par conséquent achevée.