(Genève) Une résolution condamnant le racisme systémique et les violences policières a été unanimement adoptée vendredi par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU après le retrait d’une mention ciblant spécifiquement les États-Unis.

Nina LARSON
Agence France-Presse

Le Conseil des droits de l’Homme, instance onusienne basée à Genève et dont Washington s’est retiré en 2018, a adopté par consensus cette résolution présentée par des pays africains dans le cadre d’une réunion d’urgence convoquée après la mort de George Floyd et les manifestations monstres organisées contre le racisme dans le monde entier.

Floyd, un quadragénaire noir, est mort asphyxié lors de son interpellation le 25 mai à Minneapolis.

Dans sa version initiale, la résolution réclamait l’établissement d’une commission d’enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur le « racisme systémique » aux États-Unis. Ce type de commission est une structure de haut niveau généralement réservée aux grandes crises comme le conflit syrien.

Mais le texte a été progressivement édulcoré et ne cible plus nommément les États-Unis, déclenchant l’ire d’ONG.

Il se contente de demander à la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme Michelle Bachelet « de préparer un rapport sur le racisme systémique, les violations du droit international en matière de droits de l’Homme et les mauvais traitements contre les Africains et les personnes d’origine africaine par les forces de l’ordre ».

PHOTO MARTIAL TREZZINI, REUTERSLA HAUT-COMMISSAIRE AUX DROITS DE L’HOMME MICHELLE BACHELET

Le rapport, précise-t-il, devrait en particulier examiner « les évènements ayant provoqué la mort de George Floyd et d’autres Africains et personnes d’origine africaine, dans le but de contribuer à établir les responsabilités et faire justice aux victimes ».

Les ONG de défense des droits de l’Homme ont accusé les États-Unis d’avoir fait pression pour vider le texte d’une grande partie de sa substance.

« En harcelant d’autres pays pour édulcorer ce qui aurait été une résolution historique, et s’exonérer ainsi de toute enquête internationale, les États-Unis tournent le dos encore une fois aux victimes des violences policières et aux personnes noires », a ainsi déploré la puissante American Civil Liberties Union (ACLU).

Sans mentionner les États-Unis, Michelle Bachelet avait dénoncé mercredi devant le Conseil « le racisme systémique » et appelé à « faire amende honorable » pour des siècles d’oppression des populations noires, avec « des excuses officielles » et des « réparations ».

Après une minute de silence observée pour toutes les victimes du racisme, la secrétaire générale adjointe de l’ONU, Amina Mohammed, avait elle relevé dans un message vidéo qu’il était de la « responsabilité » des Nations unies de répondre aux victimes de racisme.

Avant l’ouverture de la réunion mercredi, une vingtaine de hauts fonctionnaires de l’ONU d’origine ou d’ascendance africaine, parmi lesquels le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avaient signé à titre personnel une déclaration estimant que « la simple condamnation des expressions et des actes de racisme ne suffit pas ».