(Tulsa) Le maire de Tulsa a décrété un couvre-feu dans un périmètre de plusieurs rues pour éviter les débordements dans cette ville de l’Oklahoma, qui accueille samedi un rassemblement de campagne de Donald Trump.

Agence France-Presse

Le couvre-feu, qui ne concerne que la zone dans laquelle M. Trump doit faire son discours, a débuté jeudi soir à 22 h heures locales et durera jusqu’à dimanche matin, avec une interruption durant la tenue du rassemblement.

Toutes les rues entourant ce périmètre étaient barrées à la circulation par des blocs de béton vendredi matin, a constaté un journaliste de l’AFP.

Effet secondaire de ce couvre-feu inopiné : plusieurs dizaines de partisans acharnés de Donald Trump qui faisaient la queue depuis des jours pour être aux premières loges du rassemblement ont dû plier auvents et tentes, et se déplacer en zone autorisée.

Arborant casquettes « Trump 2020 », drapeaux américains ou signes frappés du portrait de leur idole, ils patientaient vendredi matin sous la pluie, à proximité de grilles de fer installées en travers d’une rue menant à la salle omnisports BOK Center.

Certains reprenaient à leur compte les inquiétudes des autorités quant à la sécurité.

Pour justifier la décision d’imposer un couvre-feu, le maire de Tulsa, G.T. Bynum, a souligné avoir reçu des informations « montrant que des individus appartenant à des groupes organisés ayant été impliqués dans une attitude violente et destructive dans d’autres États prévoyaient de venir (à Tulsa) pour causer des troubles dans et autour du rassemblement ».

Stephen Corley, 19 ans, se dit ainsi plus soucieux des manifestations de « gauchistes extrémistes » et autres « émeutiers » du mouvement Black Lives Matter que de la COVID-19.

PHOTO SUE OGROCKI, ASSOCIATED PRESS

Pas de masque

Comme la quasi-totalité des personnes qui attendent le rassemblement, il s’abstient de porter un masque.

Il en portera toutefois un lors du rassemblement si on le lui fournit « et que c’est obligatoire ». « Je ne vais pas laisser passer la chance de ma vie […] de voir Trump en refusant de porter un masque », explique-t-il.

Le président Trump a lui-même menacé sur Twitter les « manifestants, anarchistes, agitateurs, pillards et les voyous qui vont dans l’Oklahoma ».

« Comprenez que vous ne serez pas traités comme vous l’avez été à New York, Seattle, ou Minneapolis. Ce sera très différent ! », a-t-il écrit, en référence aux manifestations parfois émaillées de violences qui ont eu lieu récemment dans ces villes.

Plus de 100 000 personnes sont attendues entre vendredi et samedi à Tulsa, qui commémore également le 155e anniversaire de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, en 1865.

M. Trump avait initialement choisi la journée de vendredi, le 19 juin ou « Juneteenth » en anglais date symbolique choisie pour commémorer la fin de l’esclavage, pour son meeting à Tulsa mais il l’a reporté au lendemain après une pluie de critiques.

Tammy Willard, coiffeuse à Wichita (Arkansas), s’étonne que des voix s’élèvent encore contre la venue du président.

« Il a déplacé la date par respect pour eux et ils ne sont pas reconnaissants. Comment ça se fait qu’ils ne se soient pas plaints des manifestations, des émeutes et des obsèques de George Floyd, et qu’ils se plaignent de ça ? », dit cette femme handicapée de 52 ans, qui campe en famille depuis mercredi.

« Je veux avoir une chance de le voir en personne pour la première fois, pas seulement le regarder à la télé », explique-t-elle.

La ville de Tulsa est marquée par le souvenir d’une des pires émeutes raciales de l’histoire, où jusqu’à 300 Afro-Américains ont été massacrés par une foule blanche, en 1921.

Cet anniversaire du « Juneteenth » intervient dans un contexte de fortes tensions raciales après la mort de plusieurs Afro-Américains lors d’interventions policières.