Le conseil municipal de Minneapolis a voté pour la dissolution des forces de police de la ville. Qu’est-ce que ça implique ? Explications.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Qu’est-ce que la dissolution du service de police veut dire ?

Les membres du conseil municipal de Minneapolis ne sont pas encore arrivés à un consensus pour ce qui est de la structure qui remplacera le service de police, et signalent que l’étape actuelle n’est que le début d’un processus de réforme. Dimanche, les membres ont voté par une majorité pour entreprendre la dissolution du service de police, et allouer des sommes supplémentaires à l’éducation et au traitement des problèmes de santé mentale et de pauvreté – des enjeux dont s’occupent principalement les policiers, avec des résultats catastrophiques, selon le conseil municipal.

Christian Leuprecht, professeur agrégé de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s, estime que ce débat sur le rôle des services de police est salutaire. « Les politiciens n’aiment pas aborder cette question, car les syndicats des policiers sont puissants, et finissent souvent par gagner, dit-il. La crise actuelle met de l’avant un nouvel appétit pour la réforme, et c’est une bonne chose. »

Est-ce une première ?

Non, plusieurs villes américaines ont par le passé dissous des services de police particulièrement problématiques gangrenés par des accusations de racisme et de violence.

Il y a quelques années, la ville de Camden, au New Jersey, a entrepris cette démarche. Une nouvelle force policière a pris sa place, cette fois dirigée par le comté, et la majorité des policiers ont gardé leur emploi. Le corps policier a été démilitarisé, les patrouilles à pied ont remplacé les patrouilles en voiture. Jusqu’ici, l’expérience semble fonctionner : les crimes violents sont en forte baisse dans la ville.

D’autres villes emboîteront-elles le pas ?

Impensable il y a quelques jours à peine, l’idée semble faire son chemin rapidement aux États-Unis. Maintes formules sont avancées. Ce mardi, David Grosso, membre du conseil municipal de la Ville de Washington, DC, compte proposer quatre amendements pour « démilitariser » le service de police et en « réduire la taille » du service de police. M. Grosso veut notamment rendre illégale l’utilisation des balles de plastique, mieux baliser l’usage du gaz lacrymogène et réduire la taille du corps policier, qui passerait de 3863 policiers à 3500.

Le maire de New York, Bill de Blasio, a lui aussi dit qu’il réduirait le budget du service de police et qu’il réallouerait les fonds à des organismes sociaux qui travaillent auprès des jeunes non blancs, mais n’a pas encore précisé les sommes impliquées.

Christian Leuprecht note que les gouvernements ont fait des coupes dans les programmes sociaux depuis une vingtaine d’années, et que les policiers sont souvent les premiers à être appelés, tout simplement parce qu’ils offrent un service 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. « Une bonne partie des gens en uniforme vous diraient que la majorité des appels n’ont rien à voir avec des enjeux des forces de l’ordre. Et, comme contribuable, utiliser la police pour répondre à des défis sociaux et de santé mentale est la façon la plus coûteuse et la plus compliquée d’agir. »

À Montréal, l’idée est-elle envisagée ?

Rien ne laisse penser que la Ville est sur le point de faire un geste radical concernant son service de police.

Côté budget, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a pu jouir d’une hausse remarquable des moyens financiers mis à sa disposition par la Ville ces dernières années. Le budget du SPVM est en effet passé d’un peu plus de 500 millions il y a 10 ans à 665 millions cette année, soit une hausse de 33 %. Il s’agit d’une augmentation deux fois plus élevée que l’inflation.

En campagne électorale, Valérie Plante avait promis de bannir l’utilisation des balles de plastique par le SPVM. Rien n’a été annoncé jusqu’ici sur cet enjeu.

Une politique encadrant les interpellations policières est attendue le 8 juillet, à la suite des recommandations d’un rapport accablant sur le profilage racial au SPVM commandé par la Ville en 2019.