Les manifestations contre le racisme et la violence policière inquiètent les autorités sanitaires américaines, qui redoutent une nouvelle flambée d’infections à la COVID-19 alors que la pandémie continue de faire de nombreuses victimes dans le pays.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Le directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), Robert Redfield, a sonné l’alarme il y a quelques jours devant le Congrès américain en prévenant qu’il était « malheureusement » possible qu’un tel scénario se produise.

Il a dit espérer que les manifestants iraient se faire tester en temps opportun pour s’assurer qu’ils n’ont pas été contaminés et réduire les risques de transmission à grande échelle.

Un groupe de spécialistes en santé publique américains a mis de l’avant une série de lignes directrices pour minimiser la propagation du nouveau coronavirus tout en permettant à la population « de protester contre l’injustice ».

Le DDavid Eisenman, qui est l’un des instigateurs de l’initiative, se félicite de constater que nombre de manifestants portent le masque, une des mesures fortement recommandées.

Le fait qu’il leur est souvent impossible de maintenir une distance sécuritaire avec les autres participants augmente cependant sensiblement la possibilité de contagion, dit le professeur de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Les forces de l’ordre doivent agir de manière à protéger les manifestants contre le coronavirus, dit le DEisenman, qui s’inquiète notamment de la manière dont certaines arrestations sont pratiquées.

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Arrestation de masse lors d’une manifestation à Minneapolis, le 31 mai

« On voit des gens dont le masque a été rabaissé, qui sont menottés et placés au coude à coude dans des espaces restreints », relève l’expert, qui s’attend à pouvoir évaluer l’impact sanitaire des manifestations sur la pandémie dans les prochaines semaines.

Autorités sur le qui-vive

Les cas d’infection à Los Angeles et en Californie sont en hausse en raison du déconfinement amorcé dans l’État et les autorités demeurent sur le qui-vive pour éviter une recrudescence susceptible de mettre à l’épreuve la capacité du réseau de la santé, relève le DEisenman.

À l’échelle nationale, le nombre de décès officiels liés à la COVID-19 continue globalement de diminuer depuis la mi-avril aux États-Unis. Le nombre de nouveaux cas d’infection se maintient par ailleurs depuis quelques semaines autour de 20 000 après avoir atteint un sommet supérieur à 30 000.

Un ex-commissaire de la Food and Drug administration, Scott Gotlieb, a précisé la semaine dernière à la chaîne CNBC que ce nombre demeurait trop élevé et que le pays restait vulnérable à une nouvelle flambée dans les mois qui viennent.

Même s’ils ne répondaient pas tous aux critères définis pour aller de l’avant, les États américains ont tous entrepris la phase de déconfinement, selon les CDC.

Certains d’entre eux ont assisté depuis à une augmentation marquée du nombre de cas d’infection détectés, qui s’explique en partie par l’intensification du dépistage.

L’Arizona a notamment vu le total quotidien de cas doubler depuis une semaine, ce qui n’a pas entamé la détermination du gouverneur Doug Ducey à poursuivre la levée de mesures de distanciation physique.

« Je suis convaincu que nous avons pris les décisions les plus responsables et les mieux avisées en étant guidés tout au long du processus par la sécurité publique », a-t-il précisé.

Les CDC veulent s’assurer à l’échelle du pays que les Américains continuent de suivre les directives des autorités sanitaires et ont promis de poursuivre leurs mesures de sensibilisation.

« Nous continuerons à relayer le message au meilleur de nos capacités », a indiqué Robert Redfield.