(Houston) C’était leur dernière occasion de lui dire adieu : des milliers d’habitants de Houston, notamment du « Third Ward », le quartier où il a grandi, ont bravé lundi le soleil et la chaleur pour rendre hommage à George Floyd, dans la tristesse et le recueillement.

Cyril JULIEN
Agence France-Presse

« Je vous remercie tous d’être venus voir mon frère », a lancé Philonise Floyd dans l’après-midi à l’adresse de la foule. « Cela fait très mal d’être ici, c’est dur et douloureux », a-t-il ajouté, en sanglots.  

Une longue queue avait commencé à se former dès la matinée devant l’église Fountain of Praise, dans le sud de la métropole texane, où s’est tenue la cérémonie d’hommage à l’homme noir de 46 ans dont la mort, le 25 mai sous le genou d’un policier blanc, a provoqué une vague de colère et de manifestations antiracistes.

Certains dans la foule portaient des t-shirts à l’effigie de George Floyd ou barrés de la phrase « Je ne peux pas respirer », qu’il a prononcée lors de son agonie ; d’autres ont levé le poing en arrivant devant le cercueil où repose sa dépouille.  

Pandémie oblige, le port du masque était obligatoire dans l’église et les visiteurs, dont on avait pris la température, n’avaient que quelques secondes pour se recueillir devant le cercueil avant de laisser leur place.

PHOTO ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, AFP

« Je vous remercie tous d’être venus voir mon frère », a lancé Philonise Floyd dans l’après-midi à l’adresse de la foule.

Joseph Qualls a fréquenté le même lycée que George Floyd dans le « Third Ward ». Pour lui, sa mort est d’autant plus douloureuse qu’il l’admirait.

« C’était la première personne que je connaissais dans mon quartier à obtenir une bourse universitaire », explique ce coiffeur de 38 ans.

Kelvin Sherrod, 41 ans, a tenu à venir avec sa femme et ses deux garçons de 8 et 9 ans. Toute la famille porte un t-shirt noir avec l’inscription « I can’t breathe ».

La mort de George Floyd a affecté ses enfants, raconte-t-il. « Ils m’ont dit “qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qu’ils ont fait au monsieur ?” ».

Il était donc « important pour moi d’être ici avec eux », dit cet habitant de Houston. « C’est un moment spécial dans l’histoire et ils se rappelleront qu’ils en ont fait partie ».

« Il y a un problème »

Au milieu de ce deuil, Kelvin Sherrod se dit malgré tout heureux que tant de gens soient venus. « Cela nous rassemble, en tant que pays, peu importe votre couleur de peau ».

Candice, également venue rendre hommage à George Floyd avant ses funérailles mardi, se félicite elle aussi de voir « le pays rassemblé » dans un mouvement de protestation. « Il est temps que ça change et nous devons surmonter l’oppression, les violences policières et le racisme », dit-elle.

Dans la foule, en majorité noire, des Américains blancs tiennent à faire passer un message de solidarité et d’unité.

Sarah Frazzell, 33 ans, est venue avec cinq de ses amis et des bouquets de fleurs pour « soutenir la famille de George Floyd et la communauté noire ». L’importance de la foule « montre à l’Amérique qu’il y a un problème », dit-elle.

La mort de George Floyd est la dernière d’une longue série ces dernières années de décès d’hommes noirs, pour la plupart non armés, tués par des policiers. Comme Eric Garner, mort asphyxié par un agent blanc à New York en 2014.

« Ils ont recommencé, ils ont pris une autre vie », a dénoncé sa mère, Gwen Carr, invitée par la famille Floyd pour les obsèques.  

« C’est pourquoi justice doit nous être rendue », a-t-elle ajouté, en affirmant que les « brebis galeuses » devaient être sorties des rangs de la police américaine.

Pour Kelvin Sherrod, l’attitude de la police face à la minorité noire doit complètement changer.

« On ne sait pas à qui on peut faire confiance », dit-il. « Si les bons policiers ne font pas face aux mauvais, alors on ne peut faire confiance à personne ».

Le chef de la police de Houston, Art Acevedo, venu rencontrer la famille de George Floyd, admet qu’il y a « beaucoup de travail à faire » pour mettre fin à la méfiance mutuelle.

Loin de la foule, assis sur une chaise de camping, parapluie à la main pour se protéger du soleil, Zachary Daniels doute toutefois d’un changement rapide des mentalités.

« La question est de savoir si cela va continuer, ou si nous reviendrons ici pour rendre hommage à une autre vie noire », se demande-t-il.