Deux anciens délégués généraux du Québec à New York, qui ont occupé le poste le plus important de la diplomatie québécoise aux États-Unis, analysent pour La Presse les récentes tensions raciales et politiques qui secouent le géant américain. Que nous réserve la fin de la présidence Trump ?

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

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Robert Keating et John Parisella, anciens délégués généraux du Québec à New York

Des tensions qui ne datent pas d’hier

Le racisme et les tensions raciales divisent depuis longtemps les États-Unis. Robert Keating, délégué général du Québec à New York en 2008 et 2009, l’a personnellement remarqué lors de rencontres avec des gouverneurs américains. L’évènement avait alors lieu au Mississippi, où près de 37 % des citoyens sont noirs. Pourtant, dans « toute l’organisation [de la conférence], il n’y avait qu’un seul Noir », se rappelle-t-il. Les États-Unis, remarque l’ancien diplomate québécois, sont plus divisés que jamais. Mais cette division a commencé bien avant la présidence de Donald Trump, dit M. Keating, citant le mouvement Tea Party, les évangélistes et « l’obstruction généralisée » des républicains sur les démocrates pendant une bonne partie de la présidence de Barack Obama. « C’est une société malade. Pour une société malade, ça prend un remède, mais lequel ? Celui qu’on a à la présidence, Donald Trump, ne le détient pas », affirme-t-il.

Partisanerie féroce

La partisanerie telle que vécue ces dernières années entre les républicains et les démocrates, explique Robert Keating, dépasse tout ce qu’il y a de comparable au Québec et au Canada. John Parisella, qui a été à la tête de la Délégation générale du Québec à New York de 2009 à 2012, prévient tout de suite les Québécois : « Trump est loin d’être battu », et ce, malgré les nombreuses manifestations qui éclatent aux États-Unis pour dénoncer le racisme et la violence raciale. « Le pays est plus polarisé qu’il n’a jamais été depuis […] les années 60, quand il y avait des manifs contre la guerre au Viêtnam et contre la ségrégation », analyse M. Parisella. Mais « l’histoire démontre que les Américains sont capables du meilleur et du pire », ajoute-t-il avec optimisme. « J’étais étudiant durant les années 60, et je peux vous dire qu’avec la guerre au Viêtnam, l’assassinat des frères Kennedy et celui de Martin Luther King, si vous m’aviez dit que le pays allait s’en sortir plus fort et qu’il allait être là en force lors de la chute du mur de Berlin, j’aurais eu des doutes », dit-il.

Le mécontentement et les élections

Donald Trump a fait son chemin jusqu’à la présidence en misant sur le « mécontentement d’une partie de la population », affirme M. Parisella. Aujourd’hui plus que jamais, alors que les Américains manifestent contre le racisme, le président tente de projeter l’image de celui qui défend la loi et l’ordre. « Contrairement à tous les présidents qu’on a pu connaître depuis la Deuxième Guerre mondiale, qui [adoptaient le rôle d’unificateur du pays], Trump ne voit pas ça comme un rôle qu’il souhaite jouer. Il n’a pas le tempérament ni le caractère pour le faire », analyse M. Parisella. « La division et l’absence d’autorité morale du président Trump, ça fait mal. On était habitués à voir des leaders en temps de crise », poursuit Robert Keating. Les deux anciens diplomates québécois ont désormais les yeux tournés vers l’élection présidentielle de novembre : « Je ne vois pas de solution à court terme, dit M. Keating. Il faut que ceux qui veulent des changements aillent voter. » Et si Donald Trump perd l’élection, affirme John Parisella, la culture démocratique américaine sera plus forte que ses hauts cris et il devra céder sa place à la Maison-Blanche.

Québec s’engage à présenter un plan de lutte contre le racisme

Le gouvernement Legault s’est engagé mardi à présenter un plan de lutte contre le racisme et la discrimination, alors que la mort de George Floyd aux États-Unis mène le Québec à réfléchir sur ses propres problèmes de discrimination et de violence raciale. François Legault estime que la lutte contre le racisme doit d’abord s’inscrire dans le cursus scolaire. « Le racisme n’est pas inné, ça se transmet. Et il faut que l’école serve comme une partie de la solution pour lutter contre le racisme », a dit le premier ministre, mardi, alors que l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité une motion proposée par Québec solidaire pour déplorer « le meurtre de George Floyd par un policier américain ».