(New York) La Chine a annoncé jeudi une reprise très limitée des vols internationaux la semaine prochaine, après une menace de Washington de suspendre des vols de compagnies chinoises aux États-Unis, dans un contexte de vives tensions entre les deux pays.

Luc OLINGA avec Sébastien RICCI à Pékin
Agence France-Presse

Premier touché par le nouveau coronavirus, le pays asiatique avait drastiquement réduit fin mars ses liaisons avec le reste du monde, par crainte de nouvelles contaminations depuis l’étranger.

Pékin autorisait les compagnies à assurer un vol par semaine depuis et vers un pays étranger.  Mais sur la base d’une liste des compagnies aériennes en activité en date du 12 mars. Or, de nombreuses compagnies étrangères, notamment américaines, ne desservaient plus la Chine à cette date du fait de la pandémie.

De facto, seules quatre compagnies aériennes chinoises exploitent actuellement des vols entre les États-Unis et la Chine contre zéro pour leurs rivales américaines. Washington y voit une entrave à la concurrence.

Fin mars, le géant asiatique a également fermé ses frontières à tous les détenteurs de visa, y compris les titulaires de permis de résidence. Et nombreux sont ceux qui se retrouvent ainsi bloqués à l’étranger et dans l’impossibilité de rentrer en Chine après leur départ au plus fort de l’épidémie.

Le pays autorise cependant depuis peu un retour au compte-gouttes de certains ressortissants - sud-coréens, allemands, singapouriens - dont la présence est indispensable au redémarrage économique.

À compter du 8 juin, toutes les compagnies pourront assurer un vol par semaine en provenance et à destination de la Chine, même celles qui ne volaient plus le 12 mars, a indiqué dans un communiqué l’Autorité chinoise de régulation du trafic aérien (CAAC).

Les passagers devront faire l’objet d’un dépistage du nouveau coronavirus à leur arrivée sur le sol chinois.

’Pas d’obstacles’

Les compagnies aériennes pourront obtenir un second vol hebdomadaire si aucun des passagers n’est testé positif à la COVID-19 pendant trois semaines sur une même liaison, a ajouté la CAAC.

Cette décision intervient au lendemain de l’annonce d’une prochaine suspension par l’administration du président américain Donald Trump des vols de compagnies chinoises à destination des États-Unis.

Cette interdiction, qui doit prendre effet le 16 juin, vise à répondre au refus des autorités chinoises d’autoriser les compagnies aériennes américaines à reprendre leur activité en Chine malgré le déconfinement, a annoncé mercredi le ministère des Transports.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a exprimé jeudi lors d’une conférence de presse ses regrets et déclaré que la CAAC avait fait part aux autorités américaines d’une « protestation officielle ».

Interrogé pour savoir si les compagnies américaines pouvaient désormais déposer des demandes de reprise de vol vers la Chine, M. Zhao a répondu que la CAAC et le ministère américain des Transports maintenaient une « communication étroite ».

« Les deux parties ont fait des progrès », a-t-il assuré, disant espérer que « les États-Unis ne créent pas d’obstacles » à la résolution du différend.

L’interdiction américaine affecte sept compagnies chinoises, dont les mastodontes Air China et China Eastern Airlines, mais ne concerne pas les avions-cargos.

Hong Kong

Delta Air Lines et United Airlines avaient suspendu en février et en mars leurs vols depuis et vers la Chine en raison de la pandémie de COVID-19. Il s’agissait également pour elles de se conformer aux restrictions de voyages annoncées début février par Washington.

Les deux compagnies américaines souhaitaient reprendre leur activité en Chine ce mois-ci.

Avant l’épidémie, en début d’année, les compagnies aériennes américaines et chinoises assuraient environ 325 vols par semaine entre les deux pays.

Washington s’est néanmoins dit mercredi prêt à infléchir sa décision si Pékin faisait un geste vis-à-vis des groupes américains.

Les relations sino-américaines se sont récemment envenimées, avec la multiplication de pommes de discorde, dont la dernière en date et la plus brûlante concerne Hong Kong.  

La Chine a décidé d’imposer à l’ex-colonie britannique une loi controversée sur la sécurité nationale qui a provoqué une levée de boucliers de la part de certains pays occidentaux.

Les États-Unis considèrent désormais que le territoire ne bénéficie plus de l’autonomie promise par Pékin et ont commencé en conséquence à revenir sur le statut préférentiel qu’ils accordaient à cette place financière majeure.