(Washington) Dans le système ultra décentralisé américain, la pandémie de COVID-19 assèche les finances publiques de nombreux États. Et sans aide du gouvernement fédéral, la reprise économique sera poussive et les conséquences dans la vie quotidienne seront durables.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

« Il ne peut pas y avoir de reprise économique sur le plan national si les États et les collectivités locales ne sont pas renfloués », a souligné mercredi le gouverneur démocrate de New York, Andrew Cuomo, lors d’une conférence de presse.  

Les États, qui ont été les plus durement touchés, représentent un tiers du PIB national, a-t-il relevé. « Comment peut-on dire à un tiers du pays d’aller au diable et penser qu’il y aura un rebond économique ? », s’est-il interrogé. « Il n’y a pas de Nation sans États ».

Les États, qui emploient enseignants, policiers et pompiers, « souffrent actuellement d’une combinaison assez toxique d’une baisse de leurs revenus et d’une hausse de leurs dépenses », résume Robert Maxim, expert à la Brookings institution, un centre de réflexion de Washington.

Alors que de nombreuses villes et certains États n’étaient pas encore remis de la récession de 2009, la fermeture de l’économie pour endiguer le nouveau coronavirus les a en effet privés des taxes sur les ventes dans les magasins, les hôtels, bars et restaurants, qui représentent en moyenne quelque 30 % de leurs revenus.  

Parallèlement, la collecte des impôts a été gelée jusqu’au 15 juillet quand les dépenses de santé ont considérablement augmenté.

Cependant, contrairement au gouvernement fédéral, la plupart des États doivent avoir un budget équilibré d’une année sur l’autre, explique Nathan Favero, professeur assistant à l’American University.

« Pas de plan B »

En d’autres termes, ils ne peuvent pas emprunter pour leur budget de fonctionnement.  

En conséquence, soit les États réduisent considérablement leurs dépenses et/ou augmentent les impôts, soit le gouvernement fédéral leur vient en aide.

Dès avril, certains gouverneurs à l’instar du républicain Larry Hogan qui officie dans le Maryland, ont alerté l’administration Trump sur leur incapacité à absorber le choc provoqué par la paralysie de l’économie une fois leur fonds d’urgence épuisé (« Rainy days fund »).

PHOTO ERIC RISBERG, AP

Gavin Newsom

À New York, M. Cuomo a prévenu que sans aide fédérale, les coupes pourraient être de 20 %.

Le gouverneur démocrate de la Californie Gavin Newsom s’est d’ores et déjà résolu à réduire des programmes spéciaux pour les plus démunis et à réduire les subventions à l’enseignement public.

Dan White, directeur de recherches chez Moody’s Analytics a calculé que sans aide fédérale, cela coûterait deux points de pourcentage au PIB national et trois millions d’emplois.

« Il n’y a pas de plan B » pour les États et les collectivités locales, a-t-il commenté dans une note récente. En moyenne, un cinquième de leur budget pourrait disparaître d’ici juin 2021, environ deux fois plus que lors de la récession de 2009.

Et le temps presse, les budgets devant être adoptés d’ici le 30 juin.

La semaine dernière, le président de la Banque centrale américaine, Jerome Powell, avait lui-même rappelé aux Sénateurs que les coupes budgétaires consécutives de 2009 avaient « pesé » sur la croissance pendant des années.

Au total, l’association nationale des gouverneurs (NGA) réclame une aide de 500 milliards de dollars.

Pour le seul État de New York, le manque à gagner fiscal dû à la pandémie a été évalué à quelque 13 milliards de dollars.

Enjeu politique

Mais à l’approche des élections présidentielles de novembre, cette requête est devenue un enjeu politique.

La Chambre des représentants a adopté une proposition de nouveau plan économique de 3000 milliards de dollars incluant 1000 milliards pour les États et les collectivités locales, mais celui-ci n’a aucune chance d’être approuvé.

Dès avril, Donald Trump donnait le ton dans un tweet : « Pourquoi le peuple et les contribuables américains devraient-ils renflouer des États mal gérés (comme l’Illinois, par exemple) et des villes, dans tous les cas dirigées et gérées par des démocrates alors que la plupart des autres États ne demandent pas d’aide ? »

Cette description est un peu simpliste, réagit Robert Maxim. « Par exemple, le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin ont tous des gouverneurs démocrates, mais des représentants républicains à la Chambre », dit-il.

Et comme ils font partie des États les plus durement touchés économiquement et que ce sont aussi des États pivots, leur refuser une aide pourrait se retourner contre Donald Trump, en lice pour un second mandat.

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un processus partisan qui transforme cette aide urgente en un autre match de foot politique », soulignent Larry Hogan et Andrew Cuomo, respectivement président et vice-président de la NGA.

D’autant que les conséquences pourraient être visibles bien des années après la pandémie, souligne Nathan Favero.