(Los Angeles) Alors que l’épidémie de coronavirus s’intensifie aux États-Unis, le besoin de trouver un coupable se fait de plus en plus fort et beaucoup d’yeux se tournent vers une maison de retraite proche de Seattle où 35 personnes ont déjà succombé à la COVID-19.

Andrew MARSZAL
Agence France-Presse

Les familles des victimes, qui ont encore parfois des proches en quarantaine dans l’établissement, exigent des explications du centre Life Care de Kirkland, dans l’État de Washington.

Mercredi, un rapport des autorités sanitaires fédérales a attisé leur colère en montrant comment des infirmiers avaient continué à travailler dans cette maison de retraite médicalisée alors qu’ils présentaient des symptômes de l’infection, sur fond de manque d’équipement et de formation. Le document fait tristement écho aux alertes lancées ces dernières semaines par les familles des pensionnaires sur la désorganisation du centre.

« Il n’y a aucune quarantaine ici. La maladie se propage au grand galop », déclarait à des journalistes Kevin Connolly, dont le beau-père de 81 ans est accueilli au centre.

Mi-février, le site hébergeait 120 personnes. Il n’en accueille désormais plus qu’une quarantaine.

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Carmen Gray parle à sa mère à travers une fenêtre.

« Nous avons des questions, et nous voulons des réponses », lance M. Connolly.

Il veut notamment savoir qui est responsable des multiples retards dans la mise en œuvre de mesures clés qui auraient permis d’endiguer l’épidémie : identification du nouveau coronavirus — initialement pris pour une grippe saisonnière —, tests systématiques pour les pensionnaires et mise à l’isolement strict.

« C’est vraiment désolant », lâche Clancy Devery, gendre d’un homme qui a contracté le coronavirus à la maison de retraite.

« On a l’impression que s’ils avaient accepté de le tester et de le faire sortir de là, comme on l’avait demandé, on ne se retrouverait pas dans cette situation », a-t-il dit au journal Seattle Times.

« On a eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment », résume Scott Sedlacek, lui-même contaminé en rendant visite à son père.

« Risible »

Tout le monde se rejette la responsabilité mais tant la direction du centre que les autorités, locales et fédérales, ont mis du temps à réagir.

La maison de retraite dit avoir signifié le 10 février une recrudescence d’infections respiratoires mais n’a interdit les visites dans l’établissement qu’un mois plus tard. « Les gens ont beau jeu de rejeter toute la faute sur cette maison de retraite », déclare à l’AFP Tim Killian, porte-parole du Life Care Center.

Mais « le gouvernement n’était pas complètement prêt à réagir à la situation comme nous en aurions eu besoin » pour endiguer l’épidémie, affirme-t-il.

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Le porte-parole du Life Care Center, Tim Killian

Selon M. Killian, les tests de dépistage ont mis plus d’une dizaine de jours à arriver après confirmation du premier cas de COVID-19. Et « il a fallu encore une semaine de plus pour obtenir davantage de personnel soignant sur le site », ajoute le porte-parole.

Les mesures de quarantaine prises trop tardivement par la direction ? « Il nous a fallu un moment avant de comprendre que nous avions reçu les autorisations ad hoc du gouvernement » pour fermer l’établissement, répond-il.

Preuve en est selon lui qu’aucun policier ou représentant officiel ne surveille les accès du centre. À ce jour, seuls les infirmiers sont en contact avec les pensionnaires — dont 32 sont positifs à la COVID-19, à l’exception des familles se rendant au chevet d’un mourant.

Pour M. Connolly, la gestion de la crise par les autorités est tout simplement « risible ».

Mais les responsables locaux tiennent bel et bien la maison de retraite pour responsable. « Nous avons eu des difficultés avec Life Care et je commence à perdre patience », a lancé à la presse Dow Constantine, directeur du comté de King où est situé l’établissement.

Pour sa défense, M. Killian rappelle que le centre a été parmi les premiers touchés par le virus aux États-Unis et que ses infirmières « ne sont pas à l’origine de la contagion ».

« C’est le virus qui est la cause de l’épidémie, et notre personnel en a payé le prix », relève-t-il.

Près d’un tiers a en effet été contraint d’arrêter le travail après avoir été infecté.