(New York) Navire-hôpital militaire attendu à New York, ingénieurs de l’armée mobilisés, recours à une loi datant de la guerre de Corée : les États-Unis sont passés à une nouvelle étape jeudi face au nouveau coronavirus, et Donald Trump s’est présenté comme un président « en temps de guerre ».

Catherine TRIOMPHE
Agence France-Presse

La première puissance mondiale, qui a beaucoup tardé à lancer les tests à la COVID-19, compte désormais plus de 7700 cas confirmés, 118 morts. Deux premiers élus du Congrès ont annoncé être infectés.

Le président américain a annoncé une fermeture de la frontière avec le Canada, son deuxième partenaire économique, sauf pour les déplacements jugés essentiels et les marchandises. Il a espéré pouvoir la rouvrir dans 30 jours.

Donald Trump, qui avait initialement minimisé l’épidémie, adopte un ton de plus en plus grave au fil des points presse de la Maison-Blanche.  

« Toutes les générations d’Américains ont été appelées à faire des sacrifices pour le bien de la nation », a-t-il déclaré en rappelant la mobilisation des Américains pendant la Seconde Guerre mondiale.  

« Maintenant c’est notre tour. Nous devons nous sacrifier ensemble, car nous sommes tous ensemble là-dedans, et nous en sortirons ensemble », a-t-il ajouté.

Il s’est comparé à « un président en temps de guerre », face à un « ennemi invisible ».

« Dans la même tranchée »

Les mesures annoncées mercredi confirment ce ton nouveau : voté au Congrès, Donald Trump a dans la foulée promulgué un plan d’aide sociale de 100 milliards de dollars pour les travailleurs touchés par l’impact de l’épidémie.

Un navire-hôpital, le USNS Comfort, avec quelque 1000 chambres, doit aussi être envoyé dans le port de New York, a annoncé Andrew Cuomo, gouverneur de l’État, l’un des plus touchés.  

On ignore quand le navire arrivera dans la première métropole américaine.

M. Cuomo a salué une « mesure extraordinaire », qui doit contribuer à renforcer la capacité d’accueil des hôpitaux – premier sujet d’inquiétude à court terme.  

Il a indiqué que New York, l’un des États les plus touchés avec plus de 2300 cas et 20 morts, pourrait avoir besoin de 110 000 lits d’ici 45 jours-contre une capacité limitée à 53 000 actuellement.

Le gouverneur démocrate, très critique de la Maison-Blanche au début de la crise, s’est félicité d’avoir désormais « un très bon dialogue » avec Donald Trump sur ce dossier.

« Nous sommes en guerre, et nous sommes dans la même tranchée », a déclaré le gouverneur. « Je peux vous dire qu’il est pleinement engagé à essayer d’aider New York. Il est très créatif et énergique ».

Le Corps des ingénieurs de l’armée (US Army Corps of Engineers), qui dépend également du ministère de la Défense, va lui aussi entrer en action, comme le réclamait depuis quelques jours M. Cuomo.

Le président américain a par ailleurs indiqué qu’il allait invoquer le Defense Production Act, une loi qui date de la guerre de Corée et permet de mobiliser le secteur industriel privé pour les besoins de la sécurité du pays.

Cette loi « peut faire beaucoup de bonnes choses, si nous en avons besoin », « je vais signer ça dès la conférence de presse terminée », a déclaré M. Trump.

Alors que beaucoup de petites entreprises sont déjà à l’arrêt et de nombreux employés au chômage forcé, le pays s’inquiète de plus en plus des conséquences économiques de cette crise mondiale sans précédent.  

Les constructeurs automobiles américains General Motors, Ford et Fiat Chrysler ont annoncé suspendre leur production de voitures en Amérique du Nord, au moins jusqu’au 30 mars.

Mercredi, Donald Trump a toutefois estimé que l’hypothèse d’un taux de chômage de 20 % aux États-Unis, évoqué la veille par son secrétaire au Trésor devant le Congrès, était seulement « dans le pire des plus sombres scénarios ».

Un taux de 20 % serait le double de ce qu’ont connu les États-Unis en 2009, conséquence de la crise financière, et près de six fois plus que le taux actuel de 3,5 %.  

« Nous en sommes très loin », a assuré le président.

Pour réduire le choc, il a ordonné mercredi la « suspension » des expulsions et des saisies immobilières, une mesure déjà prise dans certains États comme New York ou la Californie.

Les États-Unis ont été touchés par l’épidémie après l’Asie et l’Europe, avec un décalage amplifié par le retard pris dans les opérations de tests.  

Malgré des progrès ces derniers jours, beaucoup de personnes aux États-Unis, bien que symptomatiques, ne peuvent toujours pas être testées, faute de tests en nombre suffisant.  

La Food and Drug administration, agence fédérale qui supervise les médicaments, a indiqué mercredi explorer la possibilité de tests auto-administrés par bâtonnets, qui pourraient être envoyés par la poste.  

Elle n’a cependant donné aucun calendrier.