(NEW YORK) Poursuivant sur sa lancée du « super mardi », Joe Biden a assommé Bernie Sanders et fait un pas décisif vers l’investiture démocrate lors des primaires tenues mardi dans six États, dont le Michigan, le champ de bataille le plus important de la journée. La question est maintenant de savoir si son rival pourra se relever et justifier son maintien dans une course où il accuse désormais un retard quasiment insurmontable dans le compte des délégués.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

L’ancien vice-président a remporté une victoire convaincante et cruciale au Michigan, État du Midwest qui avait permis au sénateur du Vermont de relancer sa campagne contre Hillary Clinton en mars 2016 et de démontrer sa popularité auprès des électeurs blancs issus de la classe ouvrière.

Mettant en jeu 125 délégués, le Michigan revêtait également une importance symbolique en raison de la défection de ces mêmes électeurs vers Donald Trump lors du scrutin présidentiel de novembre 2016. Joe Biden devrait y remporter environ 53 % des suffrages contre 38 % pour Bernie Sanders.

Le candidat de 77 ans a ajouté des triomphes encore plus éclatants au Missouri, un autre État du Midwest, et au Mississippi, un État du sud où il a remporté pas moins de 84 % de l’important électorat afro-américain, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes. Au moment d’écrire ces lignes, il menait par un cheveu dans l’État de Washington et plus confortablement en Idaho, alors que Bernie Sanders jouissait d’une avance dans un seul État, le Dakota du Nord.

Considéré comme moribond il y a deux semaines, Joe Biden est désormais le grand favori pour affronter Donald Trump en novembre prochain.

Ce soir, nous avons fait un pas de plus vers le retour de la décence, de la dignité et de l’honneur à la Maison-Blanche. C’est notre seul objectif.

Joe Biden, lors d’un discours à Philadelphie, siège de sa campagne

Se posant en rassembleur, l’ancien bras droit de Barack Obama a tendu la main à son rival et à ses ardents partisans.

« Je veux remercier Bernie Sanders et ses supporteurs pour leur énergie et leur passion infatigables. Nous partageons un objectif commun et ensemble nous déferons Donald Trump », a-t-il dit.

L’ancien vice-président a annoncé qu’il prononcerait au cours des prochains jours un discours sur l’épidémie de COVID-19.

Bernie Sanders avait joué son va-tout au Michigan ces derniers jours, annulant des rassemblements au Mississippi et au Missouri pour concentrer son temps et ses efforts dans cet État. Il avait reçu l’appui du pasteur noir Jesse Jackson dimanche et tenu le lendemain un grand rassemblement avec la représentante de New York Alexandria Ocasio-Cortez, la plus populaire de ses soutiens.

Mais le candidat socialiste démocrate n’aura pas réussi à convaincre les jeunes électeurs de se rendre aux urnes en grand nombre. Il aura été enseveli sous les votes des électeurs issus de la communauté afro-américaine et de la banlieue, et notamment des femmes.

La participation des électeurs démocrates a augmenté de façon importante mardi au Michigan par rapport à 2016. Mais elle a favorisé son adversaire.

Rassemblements annulés

Fait remarquable, Bernie Sanders n’a pas pris la parole après l’annonce des résultats. Lui et Joe Biden avaient prévu de tenir des rassemblements à Cleveland, dans l’Ohio, en soirée. Ils les ont annulés par précaution à cause du coronavirus.

« Nous respectons les avertissements des responsables de l’État de l’Ohio, qui ont fait part de leurs inquiétudes sur le fait d’organiser de grands événements dans des lieux fermés pendant l’épidémie de coronavirus », a indiqué Mike Casca, directeur des communications de Bernie Sanders.

Le candidat de 78 ans est retourné à Burlington, mais il n’est pas sorti de sa demeure.

« On ne peut nier la réalité, c’est une soirée difficile pour le mouvement », a tweeté Alexandria Ocasio-Cortez.

Bernie Sanders aura l’occasion d’effectuer un retour public dimanche à l’occasion d’un débat qui doit avoir lieu à Phoenix, en Arizona. Mais il devra répondre d’ici là à des questions sur la pertinence de sa campagne après deux mardis dévastateurs d’affilée.

D’autant que les prochaines primaires se dérouleront dans des États qui ne l’avantagent pas. Quatre scrutins auront lieu mardi prochain en Floride, en Ohio, en Illinois et en Arizona, où 577 délégués seront en jeu. Bernie Sanders a été défait dans chacun de ces États en 2016.

Une semaine plus tard, ce sera au tour de la Géorgie de tenir un scrutin. Comme tous les États du sud, le Peach State devrait se montrer intraitable envers le sénateur du Vermont.

Un candidat doit accumuler au moins 1991 délégués pour revendiquer l’investiture démocrate dès le premier tour de la convention du parti, qui se déroulera en juillet prochain à Milwaukee. En fin de soirée, Joe Biden avait amassé 812 délégués, contre 655 pour Bernie Sanders, selon un compte partiel du New York Times.

L’épidémie de coronavirus pourrait avoir un impact majeur sur le reste de la course démocrate. Elle a déjà occasionné un changement au prochain débat démocrate. Le premier duel entre Joe Biden et Bernie Sanders se déroulera sans spectateurs et sans centre de presse, a annoncé mardi soir CNN, le diffuseur, qui dit avoir pris la décision « à la demande des candidats et par excès de prudence ».

L’épidémie de COVID-19 forcera-t-elle Donald Trump à annuler les rassemblements dont il raffole ? Une décision devra être prise en ce qui concerne un événement électoral auquel le président doit participer le 19 mars à Milwaukee.