(New York) Pas de témoins. Pas de déclarations finales de la part des procureurs démocrates ou des avocats de Donald Trump. Pas de délibérations entre les sénateurs avant le verdict.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Commencé le 21 avril dernier, le troisième procès en destitution d’un président américain devrait prendre fin de façon abrupte dès vendredi soir. C’est du moins le souhait de l’état-major républicain du Sénat, qui veut offrir à Donald Trump un verdict d’acquittement avant son interview avec l’animateur de Fox News Sean Hannity, qui sera diffusée dimanche sur la chaîne Fox avant le match du Super Bowl, et son discours sur l’état de l’Union, prévu le 4 février.

Pour ce faire, le Sénat devra d’abord voter, plus tôt dans la journée de vendredi, contre la comparution de John Bolton, ancien conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale, ou de tout autre témoin. Ce scénario est devenu une quasi-certitude tard jeudi soir lorsque le sénateur républicain du Tennessee Lamar Alexander a annoncé son opposition à l’assignation de témoins.

« Il n’est pas nécessaire d’avoir plus de preuves pour prouver ce qui a déjà été prouvé et qui ne satisfait pas aux critères élevés de la Constitution des États-Unis pour une infraction justifiant la destitution », a déclaré l’élu modéré après la deuxième et dernière journée du procès consacrée aux questions des élus de la chambre haute aux procureurs démocrates et aux avocats de Donald Trump.

Le sénateur a néanmoins dénoncé le comportement du président dans l’affaire ukrainienne.

Un débat de quatre heures aura lieu vendredi à partir de 13 h sur la question de la présentation de nouveaux documents et l’assignation de témoins. La défection de quatre sénateurs républicains était nécessaire pour assurer les 51 voix requises à la comparution de témoins. Susan Collins a annoncé jeudi soir son intention de voter avec le groupe démocrate sur la question des témoins, alors que sa collègue Lisa Murkowksi a indiqué qu’elle poursuivrait sa réflexion jusqu’à vendredi matin. Mitt Romney, autre sénateur républicain susceptible de se joindre aux démocrates, n’avait pas fait de commentaires au moment d’écrire ces lignes.

La possibilité d’un vote se soldant par une égalité (50-50) pourrait forcer le juge en chef de la Cour suprême John Roberts, qui préside le procès, à intervenir sur la question des témoins. Mais plusieurs républicains estiment qu’il ne devrait pas s’en mêler.

« Le but est de finir ça demain soir », a déclaré le sénateur John Barrasso, numéro trois des républicains au Sénat, en début de journée.

« À devenir fou »

S’ils échouaient à obtenir la comparution de témoins, les démocrates devraient utiliser diverses manœuvres parlementaires pour ralentir la marche des républicains vers un verdict. Or, au bout du compte, l’acquittement de Donald Trump ne fait guère de doute. Sa condamnation nécessiterait une majorité des deux tiers du Sénat, ou 67 voix, un résultat virtuellement impossible.

Qu’à cela ne tienne : les procureurs démocrates ont utilisé la dernière journée du procès consacrée aux questions des sénateurs pour appeler ces derniers à réclamer la comparution de John Bolton et à rejeter l’un des arguments présentés la veille par Alan Dershowitz, l’un des avocats de Donald Trump.

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Adam Schiff, procureur en chef au procès en destitution

Ce que nous avons entendu au cours des deux derniers jours est une descente dans la folie constitutionnelle.

Adam Schiff, procureur en chef au procès en destitution

Il faisait notamment référence à la thèse du célèbre professeur de droit émérite de Harvard selon laquelle un président ne peut être destitué pour avoir fait « quelque chose qu’il estime utile pour l’aider à être réélu dans l’intérêt du public ».

Selon le procureur démocrate, cet argument rappelle la phrase prononcée par l’ancien président Richard Nixon lors d’une interview en 1977 : « Quand le président le fait, cela veut dire que ce n’est pas illégal. »

« C’est à devenir fou », a commenté Adam Schiff.

Eric Herschmann, l’un des avocats personnels de Donald Trump, a retenu l’attention en prononçant un véritable discours politique en réponse à une question de deux sénateurs républicains. Il a salué la remontée du président dans les sondages, le rendement de l’économie, la conclusion du nouvel accord de libre-échange nord-américain et la construction d’un bout du mur à la frontière sud, entre autres.

« Si tout cela est seulement, selon leurs dires, dans l’intérêt personnel et politique de Donald Trump et non pas dans l’intérêt supérieur du peuple américain, alors je dis : que Dieu le bénisse », a-t-il dit.

En cas d’égalité

Discret jusque-là, le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, a fait sentir son autorité jeudi après-midi en refusant de lire une question soumise par le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul. Celle-ci contenait le nom de la personne qui serait le lanceur d’alerte à l’origine de l’affaire ukrainienne.

Vendredi, le juge Roberts pourrait être appelé à jouer un rôle beaucoup plus important si le vote sur la comparution de témoins se solde par une égalité. En temps normal, il revient au vice-président de rompre les égalités au Sénat. Or, dans un procès en destitution, le président de la Cour suprême peut assumer cette responsabilité.

Jeudi matin, la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a appelé le juge Roberts à trancher si une égalité se présente. S’il ne le fait pas, la résolution mourra au feuilleton et le procès en destitution prendra fin quelques heures plus tard.

La dirigeante démocrate a ajouté que le verdict du Sénat ne comptera pas si aucun témoin n’est entendu par les élus de la chambre haute.

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Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

[Donald Trump] ne sera pas acquitté. Vous ne pouvez pas être acquitté si vous n’avez pas de procès ; et vous n’avez pas de procès sans témoins ou documents.

Nancy Pelosi

Le témoignage de John Bolton aiderait les démocrates à contredire l’un des arguments majeurs des avocats de Donald Trump. Dans un livre à paraître le 17 mars, l’ancien conseiller de Donald Trump affirme que le président lui a confié en août 2019 qu’il voulait maintenir le gel sur une aide militaire de 391 millions de dollars à l’Ukraine jusqu’à ce que le gouvernement de ce pays s’engage à enquêter sur des affaires impliquant des démocrates, dont Joe Biden.

Pour tenter de convaincre les républicains de donner le feu vert à la comparution de témoins, Adam Schiff a proposé de compléter les dépositions en une semaine.