(New York) Devant une synagogue du quartier de Brooklyn, la police et des civils bénévoles montent la garde lundi, alors que des juifs orthodoxes se rassemblent pour la fin de Hanouka. Les fidèles expriment un mélange de peur et de défiance, deux jours après une attaque antisémite ayant eu lieu à seulement quelques dizaines de kilomètres de là.  

Peter HUTCHISON
Agence France-Presse

Dans ce contexte de sécurité renforcée, ils se pressent à l’intérieur du siège mondial des juifs hassidiques Lubavitch.

«L’antisémitisme n’a jamais été aussi fort. C’est de plus en plus un problème. C’est fou», dit Chaim Kaplan, 23 ans, après avoir prié lundi matin.  

New York, qui compte la plus grande communauté juive en dehors d’Israël, a longtemps été un endroit où les juifs se sentaient en sécurité.

Mais après une attaque à l’arme blanche menée dans la résidence d’un rabbin samedi soir près de New York, qui a fait cinq blessés, et une fusillade dans une épicerie casher de Jersey City dans la banlieue de New York, qui a fait quatre morts début décembre, la communauté se demande si les choses ne sont pas en train de changer.  

AP

Des membres des «Anges gardiens» étaient postés lundi devant le siège mondial des juifs hassidiques Lubavitch

«Beaucoup de choses remontent à la surface. Les gens se sentent libres de faire ce qu’ils veulent», se lamente Menachem Shagalow, en tenant par la main son petit-fils alors qu’ils entrent dans la synagogue.  

D’un geste et d’un «Dieu vous bénisse», un fidèle remercie les membres des «Anges gardiens», une organisation de bénévoles, basée à New York, qui patrouillent dans les quartiers. «Nous nous assurons juste que tout le monde est en sécurité», dit l’un d’entre eux, Benjamin Garcia.  

«Nous avons peur»

«Nous avons toujours été persécutés, c’est comme ça. Nous devons combattre cela armés d’amour», estime Chaim Kaplan. «Cela n’a jamais été dans l’habitude des Juifs de reculer.»

Lundi, le maire de New York Bill de Blasio a dénoncé une «crise» et «un problème croissant d’antisémitisme» aux États-Unis.  

«Je dis à ma famille de continuer et de faire ce qu’ils ont à faire, aller à l’école et prier», explique Ron Fulop dans un autre quartier de New York, Williamsburg, où vivent également de nombreux juifs orthodoxes.  

AFP

Le quartier de Williamsburg, lundi.

«Se cacher n’aide pas. La chose la plus importante est que nous priions pour être en sécurité», dit le quadragénaire.  

Yitzchok Schwartz, 17 ans, dit lui vivre dans la peur d’autres attaques, même s’il se sent rassuré grâce au plus grand nombre d’officiers de police. «Nous avons peur», déclare-t-il. «On ne sait pas non plus quoi dire aux enfants pour qu’ils n’aient pas peur.»

Dans un rapport publié en avril, la Anti-Defamation League, organisation de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, avait décompté 1879 incidents à caractère antisémite en 2018 aux États-Unis, frôlant le record de 1986 de 2017.