Deux anciens employés de Twitter sont accusés aux États-Unis d’avoir aidé l’Arabie saoudite à accéder aux informations personnelles de dissidents saoudiens qui utilisaient le réseau social, notamment un universitaire réfugié au Québec.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« Ces agents saoudiens ont fouillé dans les systèmes internes de Twitter pour obtenir des informations personnelles sur des opposants au régime saoudien et des milliers d’autres utilisateurs », a déclaré dans un communiqué David Anderson, procureur fédéral en Californie.

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David Anderson

« Nous n’allons pas laisser des entreprises ou des technologies américaines devenir des outils de répression pour des régimes étrangers », a-t-il ajouté.

Étudiant à Sherbrooke

L’acte d’accusation déposé en cour à San Francisco vise trois personnes, soit les deux ex-employés de Twitter et un citoyen saoudien qui faisait le lien entre eux et des hommes de main du régime saoudien.

Le document précise qu’une des victimes dont les informations personnelles ont été compromises est un « critique influent et bien connu » du gouvernement de l’Arabie saoudite, réfugié au Canada.

Le quotidien Washington Post, qui a été le premier à dévoiler le dépôt des accusations, cite une source confidentielle proche du dossier qui a confirmé que ce critique est Omar Abdulaziz, un étudiant aux cycles supérieurs en sciences politiques de l’Université Bishop, à Sherbrooke.

Il poursuivait déjà Twitter

Arrivé au Québec en 2009 pour ses études, Omar Abdulaziz a commencé à critiquer le régime saoudien sur les réseaux sociaux, notamment en ce qui a trait au non-respect des droits de la personne dans la monarchie du golfe Persique.

Il a souvent raconté avoir été victime de harcèlement à la suite de ses prises de position et a obtenu le statut de réfugié au Canada en 2014.

C’est l’année suivante qu’un employé de Twitter corrompu aurait accédé à son compte pour copier ses informations personnelles et les transmettre aux autorités saoudiennes, selon le résumé de l’enquête du FBI déposé en cour.

« N’importe quel militant qui dit quelque chose contre l’Arabie saoudite peut se retrouver en danger », disait Omar Abdulaziz en entrevue à La Presse l’an dernier.

Omar Abdulaziz collaborait avec Jamal Khashoggi, le journaliste assassiné et découpé en morceaux dans l’ambassade de l’Arabie saoudite en Turquie en 2018. Il avait déposé une poursuite civile contre Twitter en octobre, après avoir été informé que ses informations personnelles pourraient avoir été compromises. Mercredi soir, il n’a pas répondu à une demande d’entrevue de La Presse, mais il a publié plusieurs gazouillis faisant référence aux accusations déposées en Californie.

AFP

Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.

- Avec Agence France-Presse