(NEW YORK) Le 12 août dernier, un lanceur d’alerte issu du renseignement américain a déposé une plainte formelle contre Donald Trump. Informé un mois plus tard de l’existence de ce signalement sans précédent, le Congrès tente en vain d’en connaître la teneur exacte. Or, à en croire certains médias, cette affaire mystérieuse concernerait plusieurs épisodes impliquant le président, dont une conversation téléphonique avec un dirigeant étranger. Explications.

RICHARD HÉTU RICHARD HÉTU
Collaboration spéciale

Le signalement

Le signalement a été effectué auprès de l’inspecteur général des services de renseignement américain, Michael Atkinson. Selon le Washington Post, le lanceur d’alerte a décidé de dénoncer le président après une conversation téléphonique concernant l’Ukraine au cours de laquelle Donald Trump aurait fait une « promesse » à un dirigeant étranger dont l’identité reste inconnue. Dans un article publié hier soir, le Post précise que le président américain s’est entretenu avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, deux semaines et demi avant le signalement du lanceur d’alerte. Aux yeux de l’inspecteur général des services de renseignement, ce signalement est crédible et constitue un « problème urgent ». D’où sa décision d’en révéler l’existence aux responsables des commissions du Renseignement de la Chambre des représentants et du Sénat, le 12 septembre dernier.

L’appel

Avant même le signalement du lanceur d’alerte, la Chambre des représentants à majorité démocrate avait déjà lancé une enquête sur l’appel entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky. Les démocrates cherchent à déterminer si le président et son avocat personnel, Rudolph Giuliani, ont tenté de manipuler le gouvernement ukrainien afin de favoriser la réélection du chef de la Maison-Blanche. Le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre a notamment évoqué la menace présumée du président Trump de retenir une aide militaire de 250 millions de dollars à l’Ukraine pour combattre les séparatistes pro-russes. Les démocrates soupçonnent la Maison-Blanche de vouloir forcer l’Ukraine à lancer une enquête sur les affaires de Hunter Biden, fils de Joe Biden, dans ce pays. Coïncidence ou non, l’aide militaire à l’Ukraine a été débloquée mercredi soir.

L’audition

Michael Atkinson, l’inspecteur général des services de renseignement, a participé hier matin à une audition à huis clos devant la commission du Renseignement de la Chambre. Il a refusé de fournir des détails sur le signalement du lanceur d’alerte ou de commenter les révélations ou allégations des médias sur le sujet. Il a tout au plus reconnu, selon le New York Times, que ce signalement portait sur une série d’actions, et non pas sur une seule conversation avec un dirigeant étranger. « C’est une affaire urgente et alarmante. Le Congrès doit recevoir toute l’information pertinente », a commenté Susan Hennessy, ex-conseillère juridique au sein des services de renseignement et rédactrice en chef du Lawfareblog, site d’information sur la sécurité nationale.

La loi

Selon la loi, l’inspecteur général des services de renseignement est autorisé à recevoir des signalements sur toute activité du renseignement qui pourrait violer « la loi, les règles ou les régulations » en vigueur. S’il décide d’ouvrir une enquête, le directeur du Renseignement national a sept jours pour en informer les commissions du Renseignement du Sénat et de la Chambre. Or, Joseph McGuire, directeur du Renseignement national par intérim, a refusé de le faire. Il a fait savoir au représentant démocrate de Californie Adam Schiff que cette affaire dépassait le champ de compétence de la commission qu’il préside, car elle n’implique pas un membre de la communauté du renseignement. Schiff a menacé hier de faire appel aux tribunaux pour obtenir l’information qu’il réclame. En attendant, Joseph McGuire doit participer la semaine prochaine à des auditions publiques devant les commissions du Renseignement de la Chambre et du Sénat.

Le contexte

Le signalement du lanceur d’alerte est survenu durant une période mouvementée à la tête du renseignement américain. Le 28 juillet, le directeur du Renseignement national, Dan Coats, a annoncé sa démission, qui devait entrer en vigueur le 15 août. Le 31 juillet, Donald Trump s’est entretenu au téléphone avec Vladimir Poutine. Sujet de la conversation, selon la Maison-Blanche : les incendies de forêt en Sibérie et le commerce entre les deux pays. Le Kremlin a affirmé de son côté que la conversation avait porté sur le « rétablissement complet » de la relation russo-américaine. Le 8 août, Susan Gordon, numéro deux du Renseignement national, a démissionné à son tour de façon abrupte. Le 12 août, un responsable du renseignement a fait un signalement auprès de l’inspecteur général des services de renseignement.

La réaction

Au milieu de la matinée, hier, Donald Trump a réagi aux révélations et allégations des médias concernant le signalement d’un lanceur d’alerte en criant aux « fausses nouvelles » et en dénonçant un « harcèlement présidentiel ». « Quasiment chaque fois que je parle au téléphone à un dirigeant étranger, je suis conscient qu’il y a de nombreuses personnes de différentes agences américaines qui peuvent être à l’écoute, sans mentionner celles de l’autre pays en question. Pas de souci ! », a-t-il tweeté. Et d’ajouter : « Sachant cela, peut-on être assez stupide pour croire que je dirais quelque chose de regrettable à un dirigeant étranger ? »