Bob Mokos est un propriétaire d’armes à feu passionné qui, à première vue, pourrait passer pour un fier membre de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby américain pro-armes.

Lisa Marie Pane
Associated Press

Ce pilote de ligne à la retraite pratique le tir depuis son enfance. Ancien combattant de la Guerre du Vietnam, il s’est intéressé sérieusement aux armes à feu à titre de citoyen à la suite du meurtre de sa sœur, abattue à Chicago par un agresseur qui voulait la voler. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, il a obtenu son permis de port d’arme en cabine de pilotage.

Toutefois, au fil des ans, Bob Mokos a été tellement déçu par le comportement de la NRA qu’il a préféré s’associer à une organisation rivale — le groupe en faveur du contrôle des armes à feu fondé par l’ancienne représentante démocrate au congrès Gabrielle Giffords.

« Plus je communiquais avec d’autres propriétaires d’armes à feu, plus je réalisais que l’on pensait tous la même chose : la NRA ne parle pas pour nous », a déclaré celui qui a également été l’un des fondateurs du groupe des Propriétaires d’armes à feu en faveur de la sécurité du Minnesota (« Minnesota Gun Owners for Safety »).

À l’approche de la campagne présidentielle de 2020, les groupes en faveur du contrôle des armes à feu profitent de la tourmente qui frappe la NRA ainsi que des récentes fusillades très médiatisées à Gilroy, en Californie, à El Paso, au Texas, à Dayton, en Ohio, et ce week-end, à Odessa et Midland, au Texas, pour tenter de convaincre plus de détenteurs d’armes qu’il existe des solutions bipartites à la violence armée qui ne violent pas leurs droits protégés par le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis.

Le groupe de Gabrielle Giffords a formé des coalitions avec des propriétaires d’armes à feu du Colorado, du Minnesota et du Texas. Selon son directeur général, Robin Lloyd, cela a été fait précisément pour démontrer que ce ne sont pas tous les propriétaires d’armes qui appuient la NRA.

« Le sophisme que perpétue la NRA depuis si longtemps, c’est que vous êtes soit pour le deuxième amendement, soit pour le retrait du port d’arme aux gens », a déclaré M. Lloyd à l’Associated Press.

Au même moment, plusieurs organisations pro-armes à feu qui agissent à l’échelle des États ont élevé la voix pour se positionner comme les véritables défenseurs du deuxième amendement. Un grand nombre de ces militants estiment que la NRA est trop obnubilée par la collecte de dons afin de nourrir une grande organisation déconnectée de la réalité des propriétaires d’armes américains.

« Je pense que personne, même parmi les plus virulents critiques, ne doute que la NRA soit le plus important lobby des armes et qu’il le sera encore dans un avenir prévisible, a déclaré Greg Pruett, président de l’Alliance de l’Idaho pour le second amendement. Mais je crois que plusieurs commencent à réaliser que l’on a cette grosse machine, mais qu’elle ne fait pas ce pour quoi on la paie. Alors, vers qui on se tourne en attendant qu’elle fasse son ménage ? Ou faut-il comprendre qu’elle a fait son temps et qu’on va subir les conséquences de leur mauvais leadership aux urnes ? »

Longtemps considérée comme le lobby pro-armes le plus puissant du monde, la NRA a dû faire face à des pressions internes et externes au sujet de sa gestion et de ses dépenses. Les autorités ont ouvert des enquêtes qui menacent son statut d’organisme à but non lucratif et des membres se sont levés pour remettre en question les finances et le leadership de l’association.

L’ancien président Oliver North et son principal lobbyiste de longue date ont quitté l’association.

Parmi les détails qui ont fait les manchettes, on note des allégations selon lesquelles le président et directeur général Wayne LaPierre aurait dépensé des centaines de milliers de dollars en vêtements auprès d’un tailleur hollywoodien ainsi que des milliers de dollars en transport par jet privé.

Les problèmes qui affectent la NRA ont fait craindre aux plus enthousiastes défenseurs des armes à feu que des organisations rivales en profitent pour saper sa mission de protéger les droits liés aux armes.

Les opposants ont cependant encore beaucoup de chemin à parcourir.

À la suite des massacres qui ont coûté la vie à 31 personnes au Texas et en Ohio, Wayne LaPierre a démontré son emprise sur le président Donald Trump et le Sénat des États-Unis contrôlé par le Parti républicain. Après avoir déclaré être en faveur d’une vérification obligatoire et universelle des antécédents de chaque propriétaire d’arme, le président Trump s’est rétracté à la suite d’une conversation téléphonique avec le patron de la NRA.

L’association a dépensé quelque 30 millions pour soutenir la campagne de Donald Trump en 2016 et elle exerce toujours une puissante force de pression sur les politiciens et autres représentants des gouvernements.