(Santa Monica) Il y a plus de vingt ans, en 1997, une femme déposait en Californie l’une des plus anciennes plaintes pour crimes sexuels portées contre Jeffrey Epstein : elle soutenait à l’époque que l’influent financier l’avait touchée de façon inappropriée pendant ce qui devait être une entrevue de mannequin pour le catalogue Victoria’s Secret.

Katie Campione et Jennifer Peltz
Associated Press

Alicia Arden soutient qu’elle n’a jamais eu de nouvelles des enquêteurs par la suite — et aucune accusation n’a jamais été portée non plus dans cette affaire. Aujourd’hui, elle estime que cela aurait pu empêcher Jeffrey Epstein d’agresser sexuellement des dizaines d’adolescentes et de jeunes femmes par la suite.

Un épais mystère plane toujours sur la vie des « amis » riches et célèbres qui ont gravité autour de Jeffrey Epstein, mais aussi sur ses contacts précoces avec la justice. Lorsque la plainte déposée par Mme Arden en 1997 auprès de la police de Santa Monica a été révélée pour la première fois il y a plusieurs années, le service policier en a peu parlé et les avocats de M. Epstein ont seulement plaidé que la police avait écarté les allégations.

PHOTO CHRIS PIZZELLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Alicia Arden, vue ici en 2012.

En réponse aux requêtes de l’Associated Press et à une demande d’accès à l’information, la police de Santa Monica a accepté la semaine dernière de résumer certaines parties des notes de l’enquêteur au dossier. Ce policier masculin a notamment écrit que Mme Arden ne voulait pas porter plainte contre M. Epstein : elle voulait seulement le mettre en garde sur son comportement — une affirmation qu’elle nie catégoriquement. Dans une déclaration ultérieure, la porte-parole de la police, la lieutenante Candice Cobarrubias, a refusé de fournir une preuve documentaire de cette affirmation.

Jointe cette semaine par l’AP, Mme Arden est catégorique : elle n’a en aucune manière indiqué à la police qu’elle ne voulait pas porter plainte. Elle était d’ailleurs outrée d’apprendre que la police soutenait le contraire.

« Le fait de ne rien faire et de me discréditer de la sorte, c’est comme un coup de poignard au cœur », a déclaré Mme Arden.

Une entrevue mannequin ?

Au moment de sa rencontre avec M. Epstein, le 12 mai 1997, Mme Arden avait 27 ans et menait déjà une carrière — notamment dans les téléséries Alerte à Malibu et Red Shoe Diaries. Elle dit avoir envoyé des photos de son portfolio au bureau de M. Epstein à New York après avoir entendu un ami commun lui dire qu’il pourrait l’aider à figurer dans le catalogue de lingerie fine Victoria’s Secret.

Jeffrey Epstein a ensuite demandé de la rencontrer, dans un hôtel en bord de mer, et il aurait aussitôt commencé à critiquer sa silhouette. Il lui aurait alors demandé de s’approcher de lui pour qu’il puisse l’évaluer, selon des récits qu’elle a donnés dans des entrevues à l’AP et dans sa plainte à la police.

Il lui a ensuite demandé de se déshabiller et il l’a aidée à retirer son haut et sa jupe, en disant : « Permettez-moi de vous malmener une seconde », alors qu’il commençait à lui prendre les fesses. Mme Arden soutient qu’elle a écarté ses mains et qu’elle est partie.

Détail qu’elle a raconté à l’AP et qui ne figurait pas dans sa plainte initiale : Jeffrey Epstein aurait spontanément tenté de lui donner 100 $, une offre qu’elle a d’abord refusée parce qu’elle avait l’impression qu’il la traitait comme une prostituée. Mais elle a finalement accepté l’argent parce qu’elle avait besoin d’acheter de l’essence.

Selon Mme Arden, l’enquêteur qui a pris sa plainte a noté au passage qu’elle s’était volontairement rendue dans la chambre de M. Epstein — bien qu’elle ait insisté sur le fait que son seul objectif était de travailler. Le policier lui aurait aussi suggéré de se demander si elle souhaitait vraiment porter plainte.

La porte-parole Cobarrubias soutient qu’il n’y a aucune trace de cela dans le rapport d’enquête.