(Clear Lake) Rares sont les candidats à la Maison-Blanche qui parviennent à aller loin en ne s’attaquant qu’à un sujet. Mais le gouverneur démocrate Jay Inslee est bien décidé à faire exception en exhortant à agir contre la « crise climatique » et « les dégâts environnementaux » causés par Donald Trump.  

Michael Mathes
Agence France-Presse

Plafonnant à moins de 1 % dans les sondages pour l’investiture démocrate, Jay Inslee, gouverneur progressiste de l’État de Washington, au nord-ouest des États-Unis, semble bien loin de pouvoir décrocher la nomination de son parti pour affronter le républicain et climatosceptique Donald Trump en novembre 2020.

Mais il est déjà parvenu à ancrer la lutte contre le changement climatique au cœur du débat démocrate face à un président qui a retiré les États-Unis de l’accord de Paris.  

« À moins que nous résolvions la crise climatique, tout ce que nous aurons accompli n’aura servi à rien », lançait-il récemment devant des électeurs lors de la grande foire régionale de l’Iowa.

Depuis son entrée dans la course à la Maison-Blanche en mars, Jay Inslee, 68 ans, sonne l’alarme écologique.  

Pour lui comme pour d’autres démocrates, il faut agir sans attendre si l’on veut éviter une catastrophe irréversible.

« Le changement climatique, c’est le gros morceau et nous devons tout faire pour lutter contre », a déclaré à l’AFP ce sexagénaire à la carrure de rugbyman en marge d’un dîner démocrate dans l’Iowa.  

Donald Trump, insiste-t-il, nie la réalité du changement climatique et a démantelé plusieurs régulations de protection de l’environnement mises en place par son prédécesseur démocrate, Barack Obama.  

« Je m’opposerai à lui en ciblant son point le plus faible : ses dégâts environnementaux », affirme M. Inslee, qui assure pouvoir battre le républicain « facilement ».  

Fait rare, le changement climatique a grimpé au sommet des préoccupations des électeurs de la primaire démocrate dans un sondage mené par CNN en avril, devançant le système de santé.  

Jay Inslee veut réduire à zéro les émissions de CO2 d’ici 25 ans, en passant à un parc de nouveaux véhicules – bus et automobiles – 100 % électrique d’ici 2030.  

Son programme implique un gigantesque investissement de 9000 milliards de dollars. Bien qu’il prévoit de créer ainsi huit millions d’emplois, il serait certainement farouchement combattu par le secteur des énergies fossiles et de nombreux élus républicains.  

Salué comme la « référence absolue » par l’influente élue progressiste du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez, son programme sur le climat a peut-être poussé les grands candidats démocrates à présenter leurs propres ambitieux projets.  

Pour Jay Inslee, la lutte contre le changement climatique est loin d’être un sujet isolé, car elle affecte la santé, la sécurité, et l’économie.

« Le secteur des énergies propres est le plus gros créateur d’emplois en ce moment », souligne-t-il.  

Climat et croissance économique

Le gouverneur n’hésite pas à aborder d’autres sujets, comme les difficultés rencontrées par les agriculteurs américains à cause, selon lui, de la guerre commerciale menée contre la Chine par Donald Trump, qu’il accuse en outre d’être un « partisan de la suprématie blanche » faisant tout pour diviser le pays.  

Il s’est aussi opposé au magnat de l’immobilier sur sa politique migratoire, dénonçant les séparations de familles de migrants à la frontière avec le Mexique l’an dernier comme le « moment le plus sombre » de sa présidence.  

Dans l’État de Washington, Jay Inslee cite fièrement son bilan résolument progressiste, avec la plus grosse augmentation du salaire des enseignants du pays, la prolongation des congés parentaux et la mise en place de la première assurance maladie publique des États-Unis, affirme-t-il.  

« Si on œuvre pour apporter plus de diversité, pour rassembler les gens au lieu de promouvoir l’intolérance, si on construit la classe moyenne au lieu de tout donner au 1 % les plus riches, si on s’occupe de maintenir la propreté de l’air et l’eau, alors on obtient la plus grosse croissance des États-Unis », veut-il croire.  

« C’est ce que nous avons accompli dans l’État de Washington. »