(New York) Le suicide dans sa cellule de prison new-yorkaise du financier et figure du jet set Jeffrey Epstein, accusé d’agressions sexuelles sur mineures, a causé la stupeur aux États-Unis et déclenché des enquêtes du FBI et du département de la Justice.

Catherine TRIOMPHE
Agence France-Presse

Vers 6h30 samedi, «Jeffrey Epstein a été retrouvé inanimé dans sa cellule». Il s’agit «apparemment d’un suicide», a confirmé l’administration pénitentiaire après que le New York Times, notamment, eut annoncé qu’il s’était pendu au Metropolitan Correctional Center, la prison fédérale de Manhattan.

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Le corps de Jeffrey Epstein a été transporté au NewYork-Presbyterian/Lower Manhattan Hospital.

«Le personnel a immédiatement tenté de le ranimer», avant de le faire transporter à l’hôpital où sa mort a été prononcée, a-t-elle ajouté, annonçant l’ouverture d’une enquête du FBI.

Le procureur général William Barr s’est dit «effaré» par la mort en détention du financier de 66 ans, qui «pose de graves questions». Il a dit que l’inspection générale de son département allait enquêter parallèlement au FBI.

Le 23 juillet, Epstein avait déjà été retrouvé allongé sur le sol de sa cellule, blessé, avec des marques sur le cou.

Certaines sources avaient alors assuré qu’il avait tenté de se suicider, mais ses blessures étaient sans gravité et il s’était présenté peu après à une audience.

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Le nom de Jeffrey Epstein avait déjà été inscrit au fichier des délinquants sexuels, en 2008.

Il avait ensuite fait l’objet d’une surveillance particulière anti-suicide, mais celle-ci avait pris fin le 29 juillet, selon le New York Times. Il était depuis simplement placé dans une unité de la prison à sécurité renforcée.

Si certains sur les réseaux sociaux n’hésitaient pas à s’interroger sur le fait de savoir à qui profiterait sa mort, beaucoup exprimaient simplement leur stupéfaction devant un tel dénouement, la prison fédérale de Manhattan étant considérée comme l’une des plus sûres des États-Unis.

«Il nous faut des réponses. Beaucoup», a réagi sur Twitter l’influente élue démocrate new-yorkaise du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez.

M. Epstein avait été arrêté le 6 juillet à son retour d’un voyage en France et inculpé à New York pour avoir organisé, de 2002 à 2005 au moins, un réseau constitué de dizaines de jeunes filles, certaines fréquentant le secondaire, sous son emprise. Il avait avec elles des rapports sexuels dans ses nombreuses propriétés, notamment à Manhattan et en Floride.

Un prédateur insatiable

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La cellule du Metropolitan Correctional Center où était détenu Jeffrey Epstein.

Les témoignages qui sont ressortis via des documents judiciaires brossent de ce brillant et riche homme d’affaires, un ex-professeur de mathématiques, l’image d’un prédateur insatiable de jeunes filles, qu’il faisait recruter par dizaines et aller dans ses somptueuses résidences.

Selon plusieurs témoignages, employées et recruteuses géraient au millimètre un sombre emploi du temps, avec prise de rendez-vous, transport, parfois même en jet privé, instructions et rétribution, souvent 200 à 300 dollars par visite, voire cadeaux.

Bien que son nom ait déjà été inscrit au fichier des délinquants sexuels après une première condamnation en 2008 pour avoir conduit des jeunes filles à se prostituer en Floride - il s’était alors vu infliger une peine minime de 13 mois après un accord contesté avec un procureur fédéral - une perquisition dans sa maison du quartier huppé de l’Upper East Side à Manhattan en juillet avait permis de mettre au jour une salle de massage où il aurait entraîné ses victimes présumées.  

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L'entrée de la résidence de Jeffrey Epstein à Manhattan.

Le quotidien Miami Herald avait enquêté sur cet accord fin 2018, relançant l’enquête. En juillet, après l’inculpation de Jeffrey Epstein à New York, l’ex-procureur de Floride, Alexander Acosta, devenu secrétaire au Travail de l’administration Trump, avait dû démissionner.

Des centaines de pages de documents judiciaires rendus publics vendredi avaient permis de confirmer qu’il avait longtemps été une figure incontournable des soirées mondaines new-yorkaises, proche de nombreuses personnalités.

«Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial», disait ainsi Donald Trump, alors lui-même membre éminent du jet set, dans un entretien en 2002. «On dit même qu’il aime les jolies femmes autant que moi, et beaucoup d'entre elles sont plutôt jeunes».

Samedi, le président républicain a retweeté un message complotiste alléguant, sans preuve, que l’ex-président démocrate Bill Clinton, autre ami d’Epstein, pourrait être lié à sa mort.

Victimes privées de procès

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Une victime présumée de Jeffrey Epstein, Courtney Wild (au centre), a assisté à son audience de libération sous caution, le 15 juillet

Ses anciens amis influents avaient affirmé après son inculpation ne pas avoir été au courant de ses délits présumés et avoir coupé tout lien avec lui.

Inculpé le 8 juillet d’exploitation sexuelle sur mineures et d’association de malfaiteurs en vue d’exploiter sexuellement des mineures, il était passible de 45 ans d’emprisonnement.  

Son procès devait s’ouvrir au plus tôt en juin 2020. Il s’était vu refuser une remise en liberté sous caution, les procureurs estimant qu’il risquait fort de fuir à l’étranger, vu sa fortune - évaluée à plus de 500 millions de dollars - et ses connexions.

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L'île privée de Jeffrey Epstein, dans les Îles Vierges américaines, était nommée Little Saint-James.

Pour les victimes présumées, sa mort les prive d’un procès qu’elles attendaient avec impatience, même si le procureur fédéral de Manhattan a promis de poursuivre l’enquête sur ses agissements et ses éventuels complices.

«Nous ne pourrons jamais tourner la page», a lâché une des victimes, dans un message rediffusé par son avocate Lisa Bloom. «Vous nous avez volé ce grand morceau de guérison dont nous avions besoin pour passer à autre chose».  

«Ce n’est pas la fin que quiconque attendait», a déclaré Brad Edwards, un avocat d’une autre victime présumée.