Un membre de la Maison-Blanche compare la paralysie du gouvernement à des vacances payées pour certains travailleurs licenciés. La belle-fille du président Donald Trump croit que le « peu de souffrance » des employés en vaut la peine pour le bien du pays. Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, se demande pourquoi les fonctionnaires fédéraux à court de fonds ont recours aux banques alimentaires au lieu de contracter des emprunts.

Mis à jour le 25 janv. 2019
JONATHAN LEMIRE ASSOCIATED PRESS

Le président lui-même estime que les travailleurs doivent simplement « procéder à des ajustements ».

Alors que des centaines de milliers d'employés fédéraux se retrouvent sans salaire depuis un mois, M. Trump et son équipe, qui comprend le Cabinet le plus fortuné jamais formé, ont du mal à témoigner de leur empathie à ceux qui luttent pour survivre.

M. Ross a provoqué un tollé, jeudi, quand le réseau CNBC lui a rappelé que 800 000 travailleurs ne recevant actuellement pas de chèque de paie se rendent dans des refuges pour sans-abri pour obtenir de la nourriture.

« Eh bien, je sais qu'ils le font et je ne comprends pas vraiment pourquoi, a-t-il répondu. Les obligations qu'ils assumeraient, par exemple en empruntant auprès d'une banque ou d'une caisse populaire, sont en réalité garanties par le gouvernement fédéral. Ainsi, les 30 jours de salaire que certaines personnes vont perdre [...] il n'y a aucune raison réelle pour laquelle elles ne devraient pas être en mesure d'obtenir un prêt. »

Dans un entretien ultérieur avec Bloomberg, M. Ross a déclaré qu'il était « douloureusement conscient » que les travailleurs souffraient de difficultés. Il a ajouté que ses remarques précédentes visaient à informer les travailleurs que des prêts sont disponibles pour ceux qui « traversent des crises de liquidité » - des propos difficiles à avaler pour ceux qui vivent de chèque de paye à chèque de paye.

Tout cela a contribué à donner l'impression que l'administration Trump est déconnectée des travailleurs les plus touchés par la paralysie du gouvernement.

« Peut-être que [les employés] devraient demander de l'argent à leur père ? », a ironisé Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, en rappelant que M. Trump a fondé son empire à l'aide de fonds hérités de sa famille.

Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déclaré que les commentaires de M. Ross « témoignent de l'indifférence insensible de l'administration à l'égard des travailleurs fédéraux qu'elle traite comme des pions ». Il a ajouté : « Secrétaire Ross, ils ne peuvent pas appeler leur courtier en valeurs mobilières et lui demander de vendre certaines de leurs actions. »

Se disant « déçu » des contrôleurs aériens qui prennent des congés de maladie, M. Ross a rappelé que les travailleurs seront éventuellement payés et qu'il n'y a aucune raison pour qu'un prêt ne soit pas une option raisonnable pour les travailleurs qui ne voient qu'une ligne de zéros sur leurs relevés de salaire.

« C'est vrai, les gens devront peut-être payer un peu d'intérêt, mais le principe qu'on doive choisir entre un chèque de paie ou rien du tout n'est pas vraiment valable », a dit M. Ross, dont la fortune se chiffre à environ 700 millions  US.

Le président a déclaré qu'il n'avait pas vu les commentaires de M. Ross, mais il a ajouté : « Je comprends qu'il aurait peut-être dû le dire différemment ».

M. Trump a expliqué que le secrétaire au Commerce voulait rappeler que les épiceries, les banques et d'autres entités locales « collaborent » avec les employés fédéraux pour atténuer les effets de la paralysie. Il a ajouté que M. Ross avait « fait un excellent travail ».

D'autres responsables de l'administration Trump ont exprimé plus efficacement leur sympathie aux personnes touchées par la fermeture du gouvernement.

« Personne, y compris moi-même, n'aime les difficultés occasionnées par la [situation], a déclaré jeudi Larry Kudlow, le directeur du Conseil national de l'économie. J'ai des jeunes dans mon personnel, des jeunes dévoués. Vous savez, quand on a 28 ans, on ne fait pas beaucoup d'économies. Je comprends cela, et je pense que beaucoup de gens doivent passer à travers cela. »

M. Trump, pour sa part, a maintes fois affirmé, sans fournir de preuves, que les travailleurs fédéraux soutenaient la nécessité d'un mur le long de la frontière, même si cela signifiait de se passer d'un chèque de paie. Le président n'a pas mentionné les travailleurs licenciés lors d'une allocution récente à la Maison-Blanche et a déclaré que les fonctionnaires « procéderaient à des ajustements » pour s'en sortir.

Interrogé jeudi sur le message qu'il adressait aux travailleurs en congé forcé, M. Trump a répondu : « Je les aime. Je les respecte. J'apprécie vraiment le travail formidable qu'ils accomplissent ». Il a continué à insister sur le fait que « plusieurs personnes qui ne sont pas payées sont totalement en faveur de ce que nous faisons, car elles savent que l'avenir de ce pays dépend d'une frontière solide ».

Photo MANDEL NGAN, archives Agence France-Presse

Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross

Lara Trump, la belle-fille du président et une employée de sa campagne présidentielle, a déclaré cette semaine que, pour les travailleurs licenciés, « c'est un peu pénible, mais c'est pour l'avenir de notre pays ».

Jeudi, elle a tenté d'expliquer son commentaire en insistant auprès de Fox News : « Je suis incroyablement empathique envers quiconque est actuellement sans chèque de paie » et en reprochant aux médias grand public d'avoir mal interprété son message.

Photo Alex Brandon, archives Associated Press

Eric Trump et son épouse Lara