La fermeture partielle des administrations fédérales aux États-Unis pèse sérieusement sur la situation financière de nombreux fonctionnaires et accentue la pression sur les responsables politiques pour trouver une issue au shutdown le plus long de l'histoire du pays.

Mis à jour le 16 janv. 2019
CYRIL JULIEN AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président Donald Trump réclame que soient inscrits dans le budget fédéral 5,7 milliards de dollars pour financer un mur à la frontière avec le Mexique pour lutter contre l'immigration illégale, ce que l'opposition démocrate refuse catégoriquement.

Cette impasse budgétaire contraint depuis plus de trois semaines quelque 800 000 employés fédéraux au chômage forcé, ou à travailler sans solde pour ceux dont les emplois sont jugés essentiels.

Le président et les démocrates ont continué mercredi à se rendre mutuellement responsables de la situation.

«Il est de plus en plus évident que les démocrates radicaux sont le parti des frontières ouvertes et de la criminalité. Ils ne veulent pas entendre parler de la crise humanitaire majeure à notre frontière sud», a tweeté le milliardaire républicain.

«Le président a dit qu'il ne rouvrirait pas le gouvernement, il garde sa position et ne changera pas d'avis», a rétorqué Chuck Schumer, chef des démocrates au Sénat.

Trump «s'attaque aux petits»

La présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a demandé à Donald Trump de repousser son discours sur l'état de l'Union, prévu le 29 janvier au Congrès pour présenter son programme annuel, «compte tenu des inquiétudes concernant la sécurité» alors que les agents du Secret Service - chargé aux États-Unis de la sécurité des personnalités comme le président - font partie des employés fédéraux réquisitionnés.

La secrétaire à la Sécurité intérieure Kirjsten Nielsen a assuré que son département et le Secret Service étaient «tout à fait préparés à soutenir et à assurer la sécurité» du discours présidentiel.

Mais les fonctionnaires affectés par le shutdown doivent continuer à payer leurs factures, à rembourser leurs prêts. Des initiatives solidaires se multiplient pour leur venir en aide.

Le célèbre chef américano-espagnol Jose Andres, très critique de M. Trump, a ouvert mercredi une «cuisine» non loin de la Maison-Blanche et du Congrès pour nourrir «tous les employés dans le besoin et leurs familles». Cette opération «ChefsForFeds» doit durer jusqu'à la réouverture des administrations.

L'initiative «est très généreuse et elle attire l'attention sur les gens qui sont laissés dans le besoin par de nombreux membres de l'administration et parlementaires égoïstes. Ils devraient se réveiller et voir combien leurs actes affectent les gens», a expliqué Lewis Schlitt, réquisitionné par son employeur, la Galerie d'arts nationale.

Les fonctionnaires se tournent aussi vers les banques alimentaires. «Environ une personne sur trois disait être un employé fédéral en congé» lors de la distribution organisée mardi par Bread for the City, a indiqué George Jones, son responsable. «Ce sont des gens qui ne viendraient pas normalement chez nous».

La situation est encore plus dramatique pour les employés de sociétés sous-traitantes des établissements publics qui, au contraire des employés fédéraux, ne recevront aucune compensation quand les administrations rouvriront.

«Je vais bientôt perdre ma voiture, car je suis en retard (sur les remboursements), je vais bientôt perdre mon assurance maladie, mon assurance auto et mon permis de conduire, car j'ai un échéancier avec le Département des véhicules à moteur (DMV) et si je manque un versement, je perds mon permis», a affirmé Yvette Hicks, 40 ans et qui travaille pour la grande institution Smithsonian.

Bonita Williams, 56 ans qui travaille à temps partiel au Département d'État, a dénoncé le président Trump qui «s'attaque aux petits, aux pauvres, ceux qui luttent chaque jour, qui ont des fins de mois difficiles, qui vivent grâce aux bons alimentaires».

Impact sur la croissance

Face aux dettes qui s'accumulent, les grandes banques ont mis en place des facilités de paiement sous la forme de prêts sans intérêt ou de crédits à la consommation aux intérêts très faibles. Les fournisseurs d'accès à internet et compagnies de téléphonie mobile ont également annoncé des facilités de paiement.

En Virginie et dans le Maryland, plusieurs foires à l'emploi sont organisées cette semaine pour ceux voulant un travail rémunéré pendant le shutdown.

Le shutdown a aussi un coût pour l'économie américaine. Selon le New York Times, le gouvernement a estimé qu'il ferait perdre en janvier 0,5 point de pourcentage de croissance trimestrielle, deux fois plus qu'une estimation précédente.

AP

Une longue file s'est formée dès l'ouverture devant le petit restaurant qui sert sandwiches, salades et soupes à consommer sur place ou à emporter.