(Washington) Le mystère plane sur l’identité et les fonctions occupées par le lanceur d’alerte à l’origine de la procédure de destitution lancée contre Donald Trump après son entretien controversé avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky.

Cyril JULIEN
Agence France-Presse

Selon le New York Times, c’est un analyste de la CIA qui a un temps été affecté à la Maison-Blanche.

Son signalement, qui date du 12 août et dont le contenu a été révélé jeudi, suggère notamment qu’il est analyste de formation, qu’il connaît en détail la politique des États-Unis pour l’Europe, et qu’il a une « bonne compréhension » de la politique de l’Ukraine, ajoute le journal.

L’un des avocats du lanceur d’alerte, qui a refusé de confirmer qu’il appartenait à la CIA, a dénoncé la publication d’informations « dangereuses » pour son client.

Il a été qualifié de « héros » par les démocrates et de « traître » par les partisans du président américain, accusé d’avoir utilisé sa fonction « pour solliciter l’ingérence d’un pays étranger dans l’élection de 2020 aux États-Unis ».  

Le 25 juillet, lors d’un entretien téléphonique, il aurait demandé à M. Zelensky d’enquêter sur Joe Biden, ancien vice-président qui compte parmi les favoris de la primaire démocrate pour affronter le milliardaire républicain.  

La Maison-Blanche aurait également enregistré le compte-rendu de l’appel sur un serveur réservé aux contenus classifiés.

Le scandale a conduit les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, à ouvrir une enquête parlementaire en vue de destituer le président.

« Je ne sais pas qui est le lanceur d’alerte », a affirmé jeudi le directeur du renseignement national, Joseph Maguire, lors d’une audition au Congrès, assurant qu’il avait « tout fait pour protéger son identité ».

Son nom n’est connu pour l’instant que de ses avocats et de l’inspecteur général du Renseignement national, premier destinataire du signalement qu’il avait jugé assez « crédible » pour le transmettre au patron du renseignement.

« De bonne foi »

Mais M. Maguire avait bloqué la transmission de ce signalement au Congrès, estimant que la conversation entre les deux chefs d’État relevait du droit du président à ne pas divulguer d’informations.

Le lanceur d’alerte semble « de bonne foi », a-t-il dit devant la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, tout en affirmant ignorer si ces « allégations de seconde main » étaient « vraies ou exactes ».

M. Trump a lui fustigé « une nouvelle fausse information » et « une nouvelle chasse aux sorcières ».

Dans son signalement, le lanceur d’alerte affirme avoir été informé « par plus d’une demi-douzaine de membres du gouvernement » en l’espace de quatre mois dans le cadre des « relations régulières inter-agences ».

« Il est d’usage que les membres du gouvernement responsables d’une région ou ayant des fonctions particulières partagent leurs informations », explique-t-il.

Refusant de révéler le contenu de ses conversations avec le président, qui sont « confidentielles », le directeur du renseignement national a toutefois souligné que ni la Maison-Blanche ni le ministère de la Justice ne lui avaient demandé de trouver l’identité du lanceur d’alerte.

Le président de la commission du Renseignement, le démocrate Adam Schiff, a confirmé après l’audition qu’il souhaitait désormais entendre l’auteur du signalement.

« Il est évident que nous allons faire venir le lanceur d’alerte », a-t-il dit, se félicitant que M. Maguire se soit engagé à ce qu’il « n’y ait pas de surveillant de la Maison-Blanche, du ministère de la Justice ou de n’importe quelle autre (administration) qui lui dirait ce qu’il ou elle peut ou ne peut pas dire ».

Le collectif d’avocats spécialisés défendant l’auteur du signalement a assuré que ce dernier avait « suivi à la lettre le processus et les lois qui offrent les plus grandes protections juridiques contre des représailles ».

Plus de 60 000 dollars avaient été placés jeudi sur une plateforme de financement participatif en ligne pour couvrir ses frais de justice.