(Washington) Joe Biden sous le feu des critiques mais requinqué, la gauche du parti solide sur ses bases, une jeune garde de plus en plus ambitieuse dans un parti politiquement divisé : voici les principaux enseignements des débats démocrates pour la présidentielle de 2020.

Michael Mathes
Agence France-Presse

Toujours en tête des sondages malgré une performance largement jugée bancale fin juin, Joe Biden a été attaqué de toutes parts mercredi soir, mais s’est montré cette fois plus réactif et mieux préparé, rassurant ses partisans.

Sur l’assurance santé, sur son bilan en matière de justice pénale, sur l’immigration ou les droits des femmes : ses rivaux, notamment les sénateurs Kamala Harris et Cory Booker, lui ont lancé des piques acérées face auxquelles il a tenté de garder sa ligne centriste.

Joe Biden garde donc la première place et est sorti visiblement revigoré de cette deuxième joute.  

Mais pour combien de temps? «Certaines équipes de campagne rivales le considèrent toujours comme un tigre de papier, condamné à s’effondrer au final sous le poids de son long passé», selon le New York Times.

Une gauche solide avec Warren et Sanders

REUTERS

Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Alors qu’elle était considérée il n’y a pas si longtemps comme utopique et peu sérieuse, l’aile gauche du parti démocrate a assis sa crédibilité.

Les sénateurs Elizabeth Warren et Bernie Sanders ont clairement dominé le débat de mardi soir, s’épaulant sur plusieurs questions et s’affichant comme des alliés.

Mme Warren a notamment fourni des explications claires sur son programme et lancé des phrases marquantes. «Nous devons dénoncer le nationalisme blanc pour ce qu’il est : du terrorisme intérieur», a-t-elle ainsi dit.

M. Sanders a de son côté été fidèle à lui-même, passionné et sûr de lui.

Une jeune garde ambitieuse

Les plus jeunes parmi les candidats ont également réussi à se faire une place.

Calme, confiante, promettant un changement radical dans la politique étrangère de son pays, l’élue de Hawaii Tulsi Gabbard a attisé la curiosité de nombreux Américains, devenant la candidate la plus recherchée sur Google suite à sa performance.

AFP

Kamala Harris, Andrew Yang et Tulsi Gabbard.

C’est son attaque contre le passé de Kamala Harris en tant que procureure qui a le plus marqué les esprits – même si cette dernière a plus tard répliqué en accusant la jeune élue de soutenir Bachar al-Assad (Gabbard a visité le dirigeant syrien au lendemain d'une attaque chimique imputée à son régime, au printemps 2017, et doute de sa responsabilité quant à cette tuerie).

Mesuré, réfléchi, prenant soin de faire allusion à sa jeunesse et à son passé de militaire, le maire de South Bend dans l’Indiana, Pete Buttigieg, a conforté sa place.

Julian Castro, 44 ans, le seul candidat hispanique de la course, s’est de nouveau fait remarquer en montrant sa connaissance des questions liées à l’immigration.  

Cory Booker, 50 ans, s’est lui notamment fait remarquer pour ses attaques sur les questions migratoires et raciales contre un Joe Biden pris de court, à tel point que ce dernier l’a à un moment appelé «le futur président».

Des divisions marquées

Pendant les débats de cette semaine, en particulier mercredi, les démocrates – à l’exception de la paire Sanders-Warren – ont affiché leurs divisions, surtout sur les épineuses questions de l’assurance santé et de l’immigration.

AFP

John Delaney, ancien élu du Maryland, est l'un des candidats les moins connus du grand public.

Pendant qu’une partie, Sanders et Warren en tête, défendait la création d’une couverture maladie universelle financée par des fonds publics, sans aucun rôle pour les assurances privées, d’autres jugeaient cette proposition extrême.

Kamala Harris et Joe Biden se sont affrontés sur cette question, l’ancien vice-président dénonçant le coût selon lui exorbitant des propositions de la sénatrice – qui ne vont toutefois pas aussi loin que celles d’Elizabeth Warren.

Sur l’immigration, quand Bernie Sanders et Mme Warren par exemple se disaient la veille en faveur de l’abandon des poursuites pénales contre les migrants entrés illégalement aux États-Unis, Joe Biden s’y est opposé.

«Le fait est que […], si vous traversez illégalement la frontière, on devrait pouvoir vous renvoyer», a-t-il dit. «C’est un crime».

Enfin, à l’élu du Maryland John Delaney qui mettait en avant son centrisme, Mme Warren a sèchement répliqué : «Je ne comprends pas pourquoi s’embêter à être candidat à la présidence des États-Unis si c’est juste pour parler de ce qu’on ne peut pas faire».