La police américaine a arrêté vendredi en Floride un sympathisant pro-Trump aux nombreux antécédents judiciaires, qu'elle accuse d'avoir envoyé 13 bombes artisanales à des personnalités démocrates, résultat d'une enquête menée tambour battant sur une affaire qui empoisonnait la campagne pour les législatives.

Michele Eve Sandberg et Catherine Triomphe AGENCE FRANCE-PRESSE

Le ministre de la Justice Jeff Sessions a confirmé que l'homme arrêté quelques heures plus tôt dans la région de Fort Lauderdale, en Floride, se nommait Cesar Sayoc et qu'il avait été inculpé de cinq chefs d'accusation fédéraux, y compris l'envoi illégal d'explosifs. Il risque jusqu'à 48 ans de prison, selon le ministère.  

Il a été identifié grâce à ses empreintes digitales et son ADN, retrouvés sur au moins un des paquets, a précisé le directeur du FBI Christopher Wray.   

Treize engins explosifs - composés de bouts de tuyaux en PVC, de fils électriques, de piles et d'un réveil - ont été au total envoyés à travers les États-Unis depuis lundi, visant 11 personnalités, a précisé M. Wray.   

« Il se pourrait qu'il y ait d'autres paquets », a-t-il ajouté. « Nous pensons tenir la bonne personne [...] mais beaucoup de questions sont encore sans réponse ».  

Les autorités n'ont cependant confirmé aucune des informations qui ont émergé ces dernières heures : à savoir que Cesar Sayoc, 56 ans, avait de nombreux antécédents judiciaires, et qu'il était un virulent supporter du président américain.  

Sa camionnette, saisie vendredi par les autorités, était recouverte d'autocollants pro-Trump, selon les images diffusées par les télévisions américaines. Enregistré comme républicain sur les listes électorales, il prenait régulièrement pour cible des personnalités démocrates sur les réseaux sociaux. 

PHOTO ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, AFP

Le patron du FBI Christopher Wray s'adresse aux médias aux côtés du procureur général des États-Unis Jeff Sessions.

« Je n'y suis pour rien »  

Alors que cette affaire a tendu le climat en pleine campagne pour les législatives américaines du 6 novembre, le président Trump a refusé d'envisager que ses discours souvent agressifs à l'égard des responsables démocrates pourraient avoir poussé à l'acte M. Sayoc.   

« Je n'ai pas vu ma photo sur sa camionnette », a-t-il déclaré avant de s'envoler pour la Caroline du Nord. « J'ai entendu qu'il me préférait à d'autres, mais je n'ai pas vu ça. Je n'y suis pour rien ».   

Le FBI a lui estimé qu'il était « trop tôt à ce stade pour discuter des motivations dans cette affaire ».  

En rassemblement de campagne en Caroline du Nord vendredi soir, le président américain a qualifié l'envoi de ces colis d'« actes terroristes », appelant à ce que ces actions soient « punies dans la mesure permise par la loi ».   

« La violence politique ne doit jamais être autorisée en Amérique », a-t-il ajouté, promettant de faire « tout ce qui est en (son) pouvoir pour l'arrêter ».     

Deux nouvelles cibles 

L'arrestation est survenue vendredi après la confirmation par la police de l'interception de deux colis suspects supplémentaires, en tous points similaires aux précédents retrouvés entre lundi et jeudi, contenant tous des engins qualifiés de potentiellement explosifs.  

Les paquets portaient tous la même adresse d'expédition : celle d'une élue démocrate de Floride, Debbie Wasserman Schultz, dont la circonscription inclut le lieu de résidence du suspect.  

L'un a été intercepté en Floride, destiné au sénateur démocrate Cory Booker, l'autre dans un bureau de poste de Manhattan, adressé à CNN à l'attention de l'ex-directeur des renseignements James Clapper.  

MM. Booker et Clapper s'ajoutaient à une liste de personnalités comportant déjà le financier George Soros, l'ex-président Barack Obama, son ex-vice président Joe Biden, l'ex-secrétaire d'État et rivale malheureuse de Donald Trump à la présidentielle de 2016 Hillary Clinton, l'acteur Robert De Niro, l'ex-ministre de la justice de Barack Obama Eric Holder et les élues démocrates californiennes Maxine Waters et Kamala Harris.  

« Mauvais pour la dynamique »  

Si M. Trump a appelé vendredi les Américains à l'unité, il n'a cessé depuis mercredi de souffler le chaud et le froid sur cette histoire.  

Avant l'arrestation, il avait déploré que cette série noire ait enrayé la « dynamique » dont bénéficiaient selon lui les républicains à l'approche des élections.  

Après l'arrestation, il a émis l'espoir que cette dynamique pourrait maintenant « repartir » et que les républicains allaient remporter « une grande victoire ».  

Jeudi, il n'avait pas hésité à blâmer les médias d'être à l'origine des vives tensions politiques qui caractérisent actuellement la société américaine.   

« Une grande partie de la colère que nous voyons aujourd'hui dans notre société est causée par le traitement intentionnellement inexact et imprécis des médias traditionnels, que j'appelle les "Fake News" », avait-il tweeté jeudi.  

De nombreux responsables démocrates l'ont accusé au contraire de « cautionner la violence » et d'attiser les divisions.  

« Je pense que le président n'a toujours pas mesuré l'importance de la présidence et l'importance de son poste », a affirmé vendredi sur CNN le gouverneur de New York Andrew Cuomo.   

L'acteur Robert De Niro a appelé les anti-Trump à se mobiliser pour les législatives.  

« Il y a quelque chose de plus puissant que les bombes, c'est votre bulletin de vote. Les gens DOIVENT voter », a-t-il indiqué vendredi dans un communiqué.

« Il y a quelque chose de plus puissant que les bombes, c'est votre bulletin de vote. Les gens DOIVENT voter », a-t-il indiqué vendredi dans un communiqué.

photo Eric BARADAT, Michele Eve Sandberg, AFP

La fourgonnette de Cesar Sayoc a été saisie par les autorités.

Ce qu'on sait sur le suspect

Se faisant également appeler Cesar Altieri, le suspect est né le 17 mars 1962. Il avait un casier judiciaire en Floride, où il habitait dans la ville d'Aventura, au nord de Miami.

Les premières images de son arrestation, dans la région de Fort Lauderdale, montrent un homme à la carrure musclée, en débardeur noir, les cheveux ras à l'exception d'une fine queue de cheval.  

« Il était très en colère contre le monde, les Noirs, les juifs, les gays », a déclaré Debra Gureghian, manager d'une pizzeria à Fort Lauderdale qui l'avait embauché pour conduire sa camionnette de livraison pendant plusieurs mois, jusqu'en janvier.  

« Il n'a jamais dit qu'il voulait les tuer, les assassiner ou leur lancer une bombe, il disait juste "si ça ne tenait qu'à moi, les gays, Noirs et juifs ne survivraient pas" », a-t-elle raconté au Washington Post, en ajoutant qu'il semblait « fou ».  

En 2002, Cesar Sayoc avait été inculpé pour une menace à la bombe contre un fournisseur d'électricité, selon les archives judiciaires du comté de Miami-Dade consultées par l'AFP. Il avait écopé d'une peine d'un an avec sursis. Auparavant, il avait déjà été accusé de vol et violences domestiques.  

Il s'était déclaré en faillite, en 2012, d'après ces documents.  

Casquette Trump

Cesar Sayoc portait une casquette rouge marquée du slogan de Donald Trump « Rendre à l'Amérique sa grandeur » (« Make America Great Again ») sur une photo qu'il avait publiée sur son compte Facebook.  

Dans des tweets souvent décousus et mal orthographiés, accompagnés de nombreux retweets de photomontages rudimentaires, Cesar Sayoc appelait ces derniers jours à voter républicain le 6 novembre, lors des élections parlementaires qui seront déterminantes pour la suite du mandat de Donald Trump.  

Dans ses derniers messages, il éreintait le candidat noir au poste de gouverneur en Floride, Andrew Gillum, en l'accusant sans aucune preuve d'être à la solde du financier et donateur démocrate George Soros.

Originaire de Hongrie, le milliardaire juif est la cible régulière des adeptes de théories du complot. Cesar Sayoc lui avait réservé de nombreux tweets.  

Le « meilleur » président

« Joyeux anniversaire meilleur commandant en chef perturbateur qui secoue Washington dans tous les sens », avait-il écrit pour l'anniversaire en juin de Donald Trump, qui est commandant en chef de l'armée américaine.

D'autres messages font référence à Debbie Wasserman Schultz, une élue démocrate dont l'adresse en Floride avait été notée sur les colis comme en étant l'expéditeur. Dans ses tweets, Cesar Sayoc avait d'ailleurs mal épelé son nom de famille en employant le même orthographe, « Shultz », que sur les colis piégés.

Cesar Sayoc semble avoir utilisé au moins deux comptes Twitter : @hardrock2016 et @hardrockintlent, où il écrivait respectivement sous les noms « Cesar Altieri » et « Julus Cesar Milan ».

Son dernier tweet, sur @hardrock2016, date de mercredi, le jour où la plupart des colis ont été découverts.  

Sur l'un de ses comptes Twitter, il se décrit comme un ancien joueur professionnel de football, pratiquant aussi un sport de combat en cage. Certains médias avancent qu'il avait eu une carrière de danseur de type Chippendales.  

Il dit avoir fait des études vétérinaires à l'université en Caroline du Nord.  

Cesar Sayoc avait fait également référence à de nombreuses reprises à la tribu amérindienne Séminole, tout en mentionnant des origines philippines.

Il y affirme également avoir travaillé pour l'hôtel et casino Hard Rock tenus par la tribu Séminole à Hollywood en Floride, mais ces derniers ont affirmé dans un communiqué n'avoir « aucune preuve » qu'il y ait vraiment travaillé ni qu'il appartienne à la tribu.

REUTERS

Prise le 18 octobre dernier, cette photo montre Cesar Sayoc au volant de sa fourgonnette tapissée d'autocollants pro-Trump.