Le candidat conservateur de Donald Trump à la Cour suprême a affirmé mercredi respecter la jurisprudence permettant d'avorter aux États-Unis, sans toutefois parvenir à rassurer les sénateurs démocrates, qui craignent un retour en arrière s'il est confirmé à ce poste.

Mis à jour le 5 sept. 2018
Elodie CUZIN AGENCE FRANCE-PRESSE

Brett Kavanaugh, 53 ans, a également abordé la question critique de sa loyauté au président américain, en revendiquant son «indépendance» lors de son audition de confirmation devant la commission judiciaire du Sénat.

«Notre corps, notre choix!» a crié dans la salle une manifestante en faveur du droit à l'avortement, vêtue d'une coiffe blanche et d'une tunique rouge à la façon des personnages de la série The Handmaid's Tale.

Elle a rapidement été expulsée, mais la question du droit à l'interruption volontaire de grossesse est revenue à plusieurs reprises au deuxième jour de son audition.

«Mes croyances personnelles ne sont pas pertinentes dans la façon dont je juge les dossiers», a affirmé ce catholique pratiquant, choisi par Donald Trump sur une liste approuvée par des associations conservatrices.

Brett Kavanaugh s'est ensuite lancé dans un long argumentaire pour expliquer qu'il «respectait» profondément la valeur de la jurisprudence, notamment l'arrêt historique Roe v. Wade qui a légalisé l'avortement aux États-Unis en 1973.

Mais lorsque la sénatrice démocrate Dianne Feinstein lui a demandé directement s'il estimait qu'il ne fallait pas toucher à cette jurisprudence, il a évité le sujet.

«S'il est confirmé, ce serait une victoire pour les militants qui veulent mettre un terme au droit des femmes à prendre leur propre décision concernant leur santé», a tweeté pendant l'audition l'ex-candidate démocrate à la présidentielle, Hillary Clinton.

Donald Trump avait promis pendant sa campagne, en 2016, de nommer des juges anti-avortement, ce qui lui avait attiré les suffrages en masse des chrétiens évangélistes.

Les démocrates n'ont de cesse de rappeler cette promesse. D'autant qu'un juge nommé par Donald Trump en 2017, Neil Gorsuch, siège déjà à la Cour suprême et que l'arrivée de Brett Kavanaugh pourrait faire basculer du côté conservateur l'institution qui arbitre sur les questions de société les plus brûlantes.

Le juge Kavanaugh doit remplacer Anthony Kennedy, un magistrat qui a joué pendant trois décennies le rôle de pivot entre ses quatre collègues conservateurs et quatre progressistes.

«Personne au-dessus des lois» 

Alors que l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur des soupçons d'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016 se rapproche du cercle proche de Donald Trump, la question de l'indépendance de la justice face à un président en exercice a également été soulevée à plusieurs reprises.

Les démocrates rappellent à l'envi l'opinion exprimée en 2009 par le juge Kavanaugh, pour qui lancer des poursuites contre un président en exercice soulevait de «sérieuses questions constitutionnelles», car cela entraverait son travail.

«Personne n'est au-dessus des lois dans notre système constitutionnel», a affirmé Brett Kavanaugh, brandissant un exemplaire écorné de la Constitution américaine et revendiquant son «indépendance».

Puis il a cité parmi les «plus grands moments judiciaires américains» l'arrêt US v. Nixon, qui avait forcé le président républicain, en 1974, à obéir à la justice en livrant ses enregistrements. Et de souligner que le président de la Cour suprême avait à l'époque été nommé par... Richard Nixon.

Mais lorsqu'on lui a demandé si un président en exercice devrait être forcé d'obéir à l'injonction d'un juge, Brett Kavanaugh a refusé de répondre à «une question hypothétique».

«Un juge extraordinaire» 

C'est dans un chahut inédit que l'audition avait démarré mardi, les sénateurs démocrates exigeant son report dès les premières secondes pour protester contre l'arrivée tardive de dizaines de milliers de documents, alors que les cris des manifestants perçaient l'ambiance d'ordinaire feutrée du Sénat.

Les républicains disposent d'une courte majorité (51-49) au Sénat, qui a le dernier mot sur les nominations présidentielles, à vie, à la Cour suprême. Grâce à cette majorité, la Maison-Blanche s'attend à une confirmation rapide.

Mais une poignée de sénateurs pourrait déterminer l'issue du vote: deux républicaines défendant le droit à l'avortement et trois à cinq démocrates faisant face à une dure réélection dans des États pro-Trump.

«C'est un juge extraordinaire», a déclaré Donald Trump mercredi devant des journalistes à propos de Brett Kavanaugh. L'opposition démocrate «devrait vraiment l'accepter».

AP

Brett Kavanaugh